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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

L'heureux fondateur

De la truelle et du fil à plomb.

 

 

 

Celui qui se voulait en marche a changé radicalement de pratique, se vouant corps et âme à une Renaissance qui pour l'heure, est fort loin de nous promettre la vie de Château. Sentant que sa communication va toujours à rebours de la réalité, que ses éléments de langage tombent souvent à plat en se fracassant contre les aléas de l'actualité, notre cher Freluquet s'est retroussé les manches pour se lancer dans les grands travaux.

Abandonnant le coq et le bonnet phrygien, notre grand Monarque, voulant sans doute flatter son modèle Vladimir a choisi la truelle et le fil à plomb comme nouveaux emblèmes nationaux. Cette fois, ce n'est pas que du vent, le franc maçon de la refondation, va tenter de recoller les morceaux d'une nation fragmentée par de vilains coups de marteau et une faucille fauchant les miséreux et les gilets-jaunes.

Devant les fissures que certains experts du conseil de défense attribuent à la sécheresse du cœur, notre petit timonier a imaginé qu'un cautère au ciment prompt allait cacher la misère qui s'étend sur le peuple comme la vérole, jadis sur le bas clergé. Nous pouvons nous réjouir de ce changement radical qui vient à point nommé, effacer le déplorable épisode du garde du corps qui égaya le début de son premier mandat.

Passer d'une sombre affaire de fondement à la refondation est d'après les officines communicantes du palais une bonne manière de noyer le poisson et le poison. Seul souci de taille, un détail, une broutille comme lui aurait dit madame sa marquise, pour refonder il faudrait avoir au préalable fonder quelque chose. Il se peut que la dame pensait en son for intérieur à cette famille que notre joyeux drille n'a pas fondé avec sa belle.

Laissons là ces querelles de ménage pour examiner sur le fond, le problème délicat de la fondation. Il est bien entendu nécessaire au préalable de faire des forages afin de sonder la nature du sol. Pour un grand architecte hors sol, la chose semble déjà fort délicate. Puis, l'emplacement choisi en tenant compte des données géologiques, il est souhaitable d'établir un vide sanitaire.

Si la pratique du cordon sécuritaire est usuel dans les allées du pouvoir, le sanitaire a laissé un fort mauvais souvenir dans la population. Se profilent rapidement dans les mémoires les affres de la crise passée qui reviendra bien au premier plan en cas de difficultés ou d'impopularité du maître d'œuvre.

Devant ce problème majeur, un comité d'expert a suggéré que la fondation en question s'établisse sur le principe du pilotis afin de prendre un peu de hauteur, ce qui serait alors un changement radical dans la pratique du pouvoir. La suggestion eut l'heur de satisfaire pleinement le promoteur. Hélas, mille fois hélas, tous les chênes du pays ont été mobilisés pour couvrir Notre Dame. Il serait mal venu de placer la nouvelle construction sur des échasses en sapin des Landes, il parait que le pouvoir s'y brûlerait les doigts.

Le vide sanitaire malgré les risques de confusion langagière étant acté, le sable fut proposé par les chers fournisseurs du Qatar. Ce fut le « ola » dans les rangs des chefs de cabinet. Installé le nouveau mandat sur un lit de sable mouvant serait assez mal vu dans le pays. Autre souci de pierre de taille, le sable du désert dans l'état actuel de l'opinion devrait être livré en char à voile, ce qui ne permettrait pas d'agir dans l'urgence de l'heure.

Les gravats furent alors retenus, toutes ces ruines industrielles que notre homme a semé sur son passage serviront judicieusement pour constituer une sorte de mouchoir sur les plaies du passé. Un plus malin que les autres remarqua que depuis que les français se mouchaient du coude, ils avaient oublié l'usage du mouchoir. Le grand architecte ne retint pas cette réserve.

Pour monter les murs, la première idée du banquier, vous n'en serez pas surpris, fut d'empiler les briques issues des super-profits. On peut s'étonner que notre chef ne se soit pas encore débarrassé de ce réflexe corporatif. Il n'est pas aisé de se départir de sa nature profonde. Le parpaing fut alors suggéré par un entourage qui ne se tient pas informé des aléas du marché. Il fallut une nouvelle fois créer une commission ad-hoc pour trouver une solution acceptable dans l'air du temps.

La solution retenue provoqua alors un immense enthousiasme parmi les membres de la garde rapprochée du Grand Architecte. Bâtir des murs en paille comme les trois petits cochons, serait une manière de signifier une proximité avec le peuple que jamais notre Monarque n'avait réussi à établir. La solution fut adoptée à l'unanimité.

Alors que débutèrent les travaux, que la refondation battait son plein, quelqu'un remarqua que le pays était sur la paille au sens figuré tandis qu'au sens propre, cette dernière se trouvait essentiellement en Ukraine. Une fois encore, la belle idée de la refondation tombait à l'eau d'autant plus que les oppositions refusèrent de mettre la main à l'ouvrage.

L'idée avait fait long feu ce qui n'est malheureusement pas surprenant lorsqu'on choisit le fil à plomb comme emblème. La truelle servit alors de pelle à gâteaux pour les grandes réceptions qui continuèrent d'avoir lieu au Palais qui ne subit aucune refondation. C'est finalement le Président en personne qui conclut cet épisode peu glorieux en déclarant sentencieusement : « Contentons-nous du bâti existant. Ici ce n'est tout de même pas Versailles ! »

À contre-emploi.

 

 

 

 

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