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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Comme chat blanc et chien noir

Chercher sa voie.

 

 

Un chat blanc, fort élégant au demeurant, sur un pont croisa la route d'un chien noir, qui avait perdu son chemin. Tout Labrador qu'il était, le cabot n'y voyait goutte, flanqué qu'il était d'une muselière qui lui obstruait les yeux. Le brave animal comptait se fier à son odorat pour franchir l'obstacle afin de se retrouver sur l'autre rive. Sur la terre ferme, ses repères olfactifs seraient à nouveau efficaces tandis que sur ce maudit ouvrage suspendu, il était incapable de flairer la bonne piste.

Le matou de remarquer cet animal qui allait de hue et de dia sans vraiment tailler sa route de manière cohérente. Pour le greffier, le plus court chemin a toujours été la ligne droite, le chat en la matière a bien plus de raison que l'ivrogne au sortir d'une taverne. Le chien qui se présentait à lui semblait aussi noir que son pelage tant son allure était incertaine, son trajet hésitant et chaloupant.

Leurs deux trajets finirent par se croiser tout bonnement parce que le chat y mit du sien, s'arrêtant pour que le pauvre animal finisse par se trouver nez à nez avec lui. Tout chat qu'il était, notre ami qui se nommait Neige : les humains manquent souvent d'imagination, interpela celui qui se heurta à lui sans paraître le voir : « Mon brave ami, que vous arrive-t-il donc pour avancer en dépit du bon sens ? »

Le labrador, quelque peu interloqué par cette remarque voulut sauver la face en tenant des raisonnements à son interlocuteur. « Qui vous permet d'être juge du bon sens ? Il en existerait donc un sur ce pont qui fut mauvais tandis que l'autre serait son contraire ? » Voyant dans l'instant qu'il avait à faire à un raisonneur de la pire espèce, un ergoteur de petit calibre en dépit de sa taille et son poids, le matou adoucit son propos, se faisant présentement beaucoup plus prévenant.

« Puis-je vous indiquer le chemin par lequel retrouver vos esprits et la rive vers laquelle vous aimeriez vous rendre ! » En dépit de sa bonne disposition, le chat avait toujours dans la gorge des traits d'esprit qui parsemaient tous ses propos. Sa mère avait eu beau le chapitrer à ce propos, il ne se départait jamais de ce travers.

Le molosse de grogner un peu. Il aurait aimé montrer les dents mais vous savez bien qu'il en était incapable par la faute de ce qui, justement, provoquait son désarroi et sa honte. Il fit effort considérable sur lui pour garder son calme et tenir propos à la hauteur de ce discoureur discourtois. « De l'esprit, je ne peux en avoir autant qu'un chat sur le pont de Jargeau. Le diable ne me pardonnerait pas de détrôner son plus sûr allié. Quant à mon chemin, il devrait logiquement me mener à Saint-Denis-de-l'Hôtel si mes yeux me permettaient d'y voir. Un coup de main me serait fort utile, fut-il accordé par un greffier de la pire espèce. »

Le chat ne prit pas au mot ce malotru qui non seulement manquait de courtoisie mais qui plus est, jouait les pédants en remettant sur le tablier, une histoire aussi vieille qui avait d'ailleurs circulé dans le pays en de nombreux autres endroits. Quant à lui donner un coup de main, la chose ne lui semblait guère pertinente tant l'envie du coup de griffe le titillait fortement. Il convenait d'arriver à un compromis afin que les deux ne perdent pas la face.

C'est alors que levant les yeux au ciel, un geste qui lui était naturel quand il réfléchissait, le chat vit un vol de canes par-dessus le pont. Il eut dans l'instant une révélation ne se doutant guère qu'il commettrait là une faute d'orthographe inhabituelle dans la corporation des greffiers. Il tendit sa queue toute blanche au chien souffrant provisoirement de cécité pour lui demander de le suivre.

C'est ainsi que sur le pont de Jargeau pourtant fort encombré comme à son habitude, on vit un chat blanc montrant la voie à un chien noir qui marchait à l'aveugle, la queue du premier montrant chat blanc et pitié pour l'état supposé du chien noir. Cette histoire eut naturellement l'honneur de la presse locale qui pour une fois n'eut pas besoin de forcer le trait pour émouvoir le lecteur.

À contre-sens.

 

Autre pont

Autre histoire

 

 

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