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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Une rivière de sable.

De la grève à la plage

 

 

 

Jadis elle coulait si fort, que dévalant depuis les volcans d'alors, elle roulait les cailloux, les malaxant, les concassant, les érodant sans pitié ni répit. Véritable rouleau compresseur, elle en fit de la poudre, de la poussière, des grains de sable. Ils se glissèrent dans son cours, se laissant porter par un courant tumultueux, allant leur petit bonhomme de chemin, de saut de puce en saut de puce, prenant ici ou là des plages de repos, s'accordant quelques pauses que d'aucun qualifièrent de grève.

Les petits grains de silice se plurent à jouer de vilains tours, montrant leurs fesses pour piéger l'enfant ou l'imprudent au cul de ces fameuses grèves qui laissèrent sur le carreau bien des imprudents tandis que les carnassiers y jouissaient d'un vivier conséquent. Un piège certes mais qu'il suffisait de connaître pour ne jamais s'y laisser prendre

Les grains pas si fous que ça s'amusèrent à alimenter la rumeur qui affirmait sans fondement que le sable s'y faisait mouvant sous prétexte que ces bancs ne restaient jamais en place. Une assertion qui permettait d'agiter une menace qui n'avait pas d'existence réelle chez notre dame Liger. Si le sable se dérobe sous nos pas, il n'engloutit personne.

C'est le sous-sol calcaire qui se charge de la besogne, entraînant dans l'abîme le malheureux qui se laisse prendre à ce piège redoutable, d'autant plus sournois qu'il est bien difficile à percevoir. Un tourbillon annonce sa présence et se remarque le plus souvent alors qu'il est déjà trop tard. Le pied dans le vide, la victime risque de ne jamais revoir la surface, s'enfonçant inexorablement dans un réseau sous-terrain inextricable.

Le sable n'est donc pas le plus pernicieux de l'endroit. Il offre tout au contraire merveilleux tapis pour qui aime à se prélasser au bord de l'eau, invite qui veut y plonger une tête ou simplement barboter. Il s'offre ainsi, innocemment à vos jeux d'enfants ou plus tard, à vos charmantes escapades amoureuses. Il feint d'ignorer toutes les interdictions que se plaisent à décréter ceux-là même qui le reste du temps méprisent et maltraitent la rivière. S'y tremper n'est pas un crime, la spolier, la bétonner, l'exploiter sont bien pires outrages.

Il vous faut cependant garder l'œil ouvert car bien des oiseaux viennent y déposer leurs œufs, fragiles et sans défense quand le promeneur s'aventure malencontreusement sur les îlots dénudés. Les panneaux ont beau mettre en garde les amateurs de canoë, bien peu respectent l'interdiction de ne point fouler ces espaces à préserver.

Il est vrai que le sable a conquis toute la rivière et qu'il est mal aisé pour le béotien de reconnaître une plage d'un banc qui affleure. L'eau se fait si rare qu'il est désormais possible de n'y voir goutte en mains endroits. La Loire ne se prélasse plus l'été, elle se volatilise, disparaît dans les gueules des monstres de béton qui en sont si gourmands. Elle n'est plus que sable et cailloux, laisse derrière elle le souvenir d'une grande dame qui jadis pouvait semer l'effroi et la terreur lors de crues dévastatrices.

Elle porte désormais les stigmates d'une société devenue folle, gaspillant à toute pompe les ressources en eau, bitumant la nature, usant sans retenue de ce bien si précieux. Les sources se tarissent, les affluents se font eau de chagrin, les pluies se laissent attendre et la Loire n'est plus que pierres, sable, et cailloux sans même avoir la force de les charrier plus loin.

Les mariniers de loisirs restent à quai, les pêcheurs font de même tandis que les poissons en viennent à manquer d'oxygène. Qu'importe puisque l'essentiel est ailleurs, dans une croissance qu'on nous promet verte en omettant de penser que s'il est n'est pas d'abord bleu, la vie sur terre ne sera plus possible. Certains battissent d'ailleurs des châteaux en Espagne, vastes projets pour produire toujours plus d'énergie en utilisant l'eau pour refroidir la fusion nucléaire. Puissent-ils ne pas jouer avec le feu, il n'y aura bientôt plus d'eau pour l'éteindre.

À contre-courant.

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