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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Un vieil homme pleure.

https://www.youtube.com/watch?v=fQFdR3YkhyEUn cadeau magnifique.

 

 

 

Il est des moments rares pour qui s'essaie, maladroitement le plus souvent, à écrire ce qu'il pense être des chansons. La rime, la métrique ne font pas nécessairement une rengaine d'autant plus que celui qui se livre à cet exercice n'est absolument pas musicien. L'alchimie qui permet de transformer le plomb des lettres en l'or d'une mélodie qui touche au cœur, recèle tant de mystère que je n'en comprendrai jamais le mécanisme comme me le fait souvent remarquer le Jacques !

Qu'importe. Qui ne persiste pas, ne peut pas connaître parfois la réussite après tant d'échecs. Ce fut le cas ce soir-là au Pouliguen où des Fous de Bassan me firent la plus belle offrande qui soit pour un parolier incertain. Depuis longtemps du reste, ce texte avait été envoyé comme une bouteille à la mer, cherchant désespérant quelques voies d'eau pour lui donner une âme.

Le miracle, car s'en est un se matérialisa par le truchement bienveillant d'un facteur à cheval sur les notes qui trouva que ce texte rentrait possiblement dans ses cordes. Il en fit une première version afin de convaincre la chef de chœur qu'il y avait là matière à des arrangements plus subtils pour toucher le cœur de la chorale.

Le résultat obtenu fut à la hauteur des espérances mis dans cette balade nostalgique qui au demeurant sortait largement du cadre des chants de marin. La nostalgie n'a pas forcément sa place quand le public ne souhaite que taper dans ses mains en reprenant des succès, aujourd'hui incontournables, dans ce répertoire. La validation du président s'imposait pour que Mon Cimetière des bateaux sorte de son petit coin de terre mouillé de bien peu d'eau.

Il me fallut attendre pour entendre le résultat que mes pas de conteur me mènent à nouveau sur les quais du Pouliguen. La Loire ne mène pas tout à fait là. C'est par le truchement et l'entremise de Ondes Bleues la radio que se fit cette rencontre un soir de juillet. Pour ajouter à l'émotion, plus de mille spectateurs furent les témoins auditifs de ce cadeau. Le risque était grand de me retrouver le bec dans l'eau !

Dès les premières notes, l'ambiance que j'avais imaginée était parfaitement restituée. Le cimetière s'imposait à nous, se matérialisait grâce à une mélodie qui brossait parfaitement le décor. Les voix harmonieuses ajoutant au tableau, l'émotion m'étreignait sans que cette impression puisse suffire. Je n'étais en effet pas le meilleur juge.

Mes voisines se taisaient et elles n'étaient pas les seules. L'absence de conversations périphériques pouvait constituer un indice favorable à moins que ce ne fut une marque de politesse. Il y avait pourtant une intensité palpable dans cette écoute collective qui me poussait à croire que la magie avait opéré. J'en avais la gorge serrée.

Les applaudissements arrivèrent. Ils n'étaient naturellement pas de la même intensité qu'après un succès reconnu. Ils me semblaient pourtant empreints de cette sincérité qui marque l’émotion. Les quelques réflexions entendues autour de moi me confortaient dans cette idée quand, dans la foule, on murmura qu'un vieil homme pleurait …

Avait-il laissé son bateau dans l'un de ces endroits où s'achève le parcours ? Avait-il ressenti une émotion qui le submergeait au point de laisser couler des larmes en public ? Il conservera son mystère tout en m'offrant ce cadeau somptueux. Les Fous de Bassan avaient réalisé un miracle.

Je me souvenais alors que pareille réaction avait accompagné la première de La Venelle à quatre sous. Une femme avait versé des larmes à l'écoute de cette chanson. Puis, les autres spectateurs partis, elle était venue raconter son histoire avant de demander à l'entendre à nouveau, rien que pour elle. Cette fois, le vieux monsieur s'en alla sur la pointe des pieds sans se manifester. Il n'avait pas besoin du reste, il nous avait tant donné.

À contre-mode.

 

Version chantée

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