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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La bouteille à l'encre.

On se perd en conjectures

 

 

 

Des travaux de terrassement en bord de Loire dans une ville que je ne nommerai pas afin de ne pas provoquer un afflux d'archéologues amateurs, pilleurs de trésors, ont mis à jour ce qui a été photographié pour vous. À première vue, la chose semble assez banale surtout au bord d'une rivière qui fut longtemps l'axe commercial du royaume. Pour poursuivre les travaux sans être importunés plus longtemps, les responsables du chantier ont décrété que ce n'était qu'une vulgaire ancre et qu'il n'y avait aucune raison d'arrêter en si bon chemin.

Si à première vue, il ne peut s’agir que de cet instrument de sécurité pour un fûtreau ou une toue, il n'est cependant pas prudent de jeter l'objet avec l'eau du bain sans l'avoir examiné d'un peu plus près. Une démarche scientifique suppose de sortir des idées reçues et des analyses préconçues sinon le découvreur prend aisément une vessie pour une lanterne.

La forme générale, la présence d'une chaine rouillée poussent à confirmer l'hypothèse communément admise. C'est pourtant là qu'il convient de se méfier des évidences trop criardes. À bien y regarder la tête de la prétendue ancre n'a rien de particulièrement catholique. Les esprits plus imaginatifs y verraient bien plus un casque d'une quelconque soldatesque en rade.

Prenons donc la peine de considérer sérieusement cette piste et d'analyser en conséquence ce cliché qui nous a été envoyé, non pas pour expertise, je ne fréquente pas les plateaux de télévision, mais pour affabulation et dérive imaginative. Je prends donc à cœur cette commande pour pousser le bouchon plus loin afin de voguer sur les flots d'une logorrhée tumultueuse.

Si la piste du casque est à prendre au sérieux, les autres éléments qui composent cette découverte sont à décrypter à l'aulne de cette hypothèse que nous tiendrons pour vraie. Les deux éléments métalliques qui semblent sortir de ce casque seraient de toute évidence les armes qui ont prévalu à la mort du porteur de cet élément guerrier dont il est fort délicat d'identifier la provenance tant l'armée en question semble avoir été écrasée par son homologue.

Les maillons attestent de la défaite cuisante de cette troupe, condamnée dans un premier temps à la captivité avant que d'être honteusement éliminée par des exécutions à la chaîne. Nous sommes ici devant un vestige d'un épisode peu glorieux qu'il était indispensable de ne pas mettre à jour. Jeter un voile pudique sur cette découverte devenant une nécessité absolue.

Un béotien en matière historique s'étonna alors de la présence d'une petite chaîne argentée qui manifestement ne daterait pas de la même époque. Comme cet élément vient jeter un trouble manifeste sur le postulat de départ, il appartient alors aux tenants de la thèse de jeter le discrédit sur cet élément parasite et celui qui en fait part.

Le mieux est d'évoquer un complot visant à dénaturer les premières allégations sérieuses par l'intrusion d'une pièce, ajoutée postérieurement pour jeter le trouble dans les esprits. La nature même d'une pièce manifestement moderne dans ce vestige ligérien corrobore l'idée que la découverte n'a aucune valeur historique. Si le coup est bien tenté, il n'en demeure pas moins qu'il a manqué sa cible. Il apparaît clairement que ceci est un élément totalement parasite, ajouté par des esprits retors et fort mal attentionnés.

Mais dans quel but ? Voilà bien le fond de la question à laquelle je ne suis pas en mesure d'apporter le moindre élément. Ce n'est d'ailleurs pas le seul sur ce dossier épineux puisque la principale interrogation demeure la motivation réelle du commanditaire de ce présent rapport fantaisiste. Pourquoi diantre m'avoir demandé d'écrire l'histoire de ce vestige somme toute assez banal ? J'ai sans doute une réponse. Mon incapacité à distinguer les deux homonymes : ancre et encre a poussé ce personnage à m'entraîner sur ce chemin incertain. Empruntant une voie imprévue, je jette la bouteille à l'encre et ce billet à l'eau.

À contre-emploi.

 

Un certain Éric L de T... m'a envoyé le cliché et cette quémande :

« Raconte-moi un joli texte sur cette ancre échouée mais superbe comme tu le sais si bien le faire tu trouveras les mots où une nouvelle fable mon ami. »

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