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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Cornichon

Si mal jugé.

 

 

Alors que les oiseaux de mauvais augures nous promettent la pénurie de ce merveilleux Cucurbitacée, je saisis cette occasion pour rétablir l'honneur de ce fruit, confit dans le vinaigre de nos propos acerbes. Ce merveilleux condiment fait la bouche fine et pare de mille saveurs une charcuterie pourvu que cette dernière soit privée de nitrites.

Enfant, je ne sais si je dois avouer ce travers, en rentrant de l'école, je plongeai dans le bocal à cornichon pour en extraire un afin de le glisser délicatement dans ma bouche. Je le laissais alors fondre délicatement ou plus exactement libérer lentement tout son vinaigre parfumé à l'estragon. Quand je n'avais plus rien à téter, ne me restait plus qu'à le croquer par petits tronçons pour que dure encore ce plaisir ineffable.

Je devine aisément l'usage que feront de cet aveu les adeptes de la psychanalyse ainsi que les traceurs de perversions secrètes. Qu'importe, je ne renie en rien mon penchant coupable pour ce fruit oblong que j'aime à me glisser dans le gosier. Pourtant, je dois à la vérité de reconnaître que ce plaisir manque désormais de saveur tant le cornichon industriel a totalement perdu tout intérêt gustatif, perdant en chemin subtilité et saveurs, finesse et douceur.

C'est ainsi qu'il est plus aisé de comprendre l'insulte qui qualifie de cornichon le premier corniaud venu sans égard pour ce condiment qui jadis enchantait nos palais. Les petits oignons blancs ont d'ailleurs suivi le même chemin de l'insipide tandis que les grains de coriandre sont souvent remplacés par un poivre grossier. Le condiment tournait vinaigre !

Longtemps je trouvais la parade grâce à un vieil homme qui sous le manteau, au marché, vendait les pots de cornichon amoureusement préparés par son épouse. Un délice incomparable, rien à voir avec ce qui se trouve dans le commerce traditionnel. Malheureusement, le brave vendeur a quitté cette vallée de larmes et je suis resté le bec dans l'eau.

Naturellement, je pourrais, je devrais préparer mes cornichons comme j'avais appris à le faire enfant. Je suis sans doute trop cossard pour brosser le fruit, le ranger soigneusement dans un bocal, y ajouter tout ce qu’il faut pour qu'il s'y sente aussi bien que possible avant de lui proposer un bain acide de la meilleure qualité possible. Tout en écrivant ces lignes, je me promets de ne plus me donner de fausses excuses pour repousser cette évidence.

Tout ceci pour revenir à l'essentiel et m'insurger sur ce propos acide qui veut qu'un brave imbécile puisse être un cornichon. Non pas que je puisse remettre en cause une comparaison sans fondement, mais bien plus parce que désormais, user de la forme de style que l'on nomme pompeusement la métaphore semble totalement irresponsable. Il y a toujours, désormais, un comité de défense de l'âne, du cornichon, du loup ou de la patate pour s'insurger contre l'injure faite à leur idole.

Reconnaissons-le-leur peu de pertinence en effet à vouloir comparer un humain, avec tous ces immenses défauts à un pauvre animal qui ne fait généralement de mal à personne ou pire encore à un végétal qui n'a rien fait pour hériter d'un tel parrainage. Le cornichon, plus que tout autre, mérite une solennelle réhabilitation pourvu que chacun renonce à ceux de la grande distribution.

Rendons ses lettres de noblesse à ce merveilleux condiment, injustement bouté de nos sandwichs par des sauces douteuses, grasses et souvent bien trop sucrées. Lui aime a croquer sous la dent, à surprendre par un petit jet acide tout en flattant le palais sans jamais songer à nous ridiculiser par une coulure qui fait tache. Le cornichon mérite de la patrie reconnaissante pourvu que l'on repousse à tout jamais ce maudit triangle d'un pain qui n'est jamais sorti d'un four de boulanger. Gloire au cornichon fait maison et honte à tous les autres condiments.

À contre-mie.

 

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