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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Une croix blanche, rouge de honte.

La neutralité sans humanité.

 

 

Il est une nation arc-boutée sur sa neutralité comme le morpion sur un poil pubien ou la misère sur les pauvres gens. Nous ne pouvons comprendre de notre place de pays engagé jusqu'au cou dans l'Otan et l'Europe les conséquences qu'impliquent une telle posture somme tout respectable pour qui aime à se laver les mains à la manière de Ponce Pilate. Dans le passé, cet engagement a exigé bien des sacrifices pour tenir ce rang qui place cette charmante contrée au-dessus des contingences habituelles.

C'est ainsi que durant la dernière guerre mondiale, c'est en fermant les yeux que les banquiers, fer de lance d'une neutralité qui suppose bien des reniements, fermèrent les yeux sur la provenance des lingots d'Or et autres valeurs qui trouvèrent refuge dans les coffres. Si l'argent n'a pas d'odeur, il en émane parfois de terrifiants relents et nos amis helvètes surent faire taire leurs réticences pour ne pas sentir des émanations sulfureuses. Comme ils disent parfois, non sans humour : « On se saigne les veines même pour les petites coupures ! »

Essayez de vous mettre à leur place et mesurer ici la force de caractère pour ne pas chercher à savoir quels pouvaient être les propriétaires véritables de ces fortunes confisquées, déplacées, dérobées sous le joug d'une dictature odieuse. Il faut aimer l'argent au-dessus de toutes les morales communément admises pour passer outre et se dire que le secret bancaire implique parfois de douleurs cas de conscience. Nous devrions leur en savoir gré.

Puis, le pli pris, ils durent se résoudre, en dépit de réserves extrêmes, à accueillir l'argent qui échappait à l'impôt afin de se mettre au frais dans des coffres souterrains au pied des montagnes. Priver ainsi les citoyens des états voisins de ressources pour financer les biens collectifs, l'enseignement et d'autres mesures sociales exigea de repousser un sentiment de culpabilité qui a dû leur faire passer quelques nuits blanches. Ils maintinrent cependant le cap afin de ne pas déroger à l'absence totale de moralité qui sied à qui fait métier de l'usure.

Ils en sortirent grandis à chaque fois qu'ils donnaient ainsi la main à quelques crapules de haut vol, grosses fortunes désirant pour le bien des peuples lésés, ne pas les habituer à la facilité d'une vie d'assisté. Ils sacrifièrent ainsi leur tranquillité morale pour donner au miséreux le sens de l'effort tout en les privant des subsides de ceux qui avaient réussis. C'était là une neutralité exemplaire, un sens de l'équité libérale qui les honore.

Cette fois, le sacrifice est plus grand encore. Il est même sans commune mesure. Il ne s’agit plus d'argent clandestin entré en toute illégalité dans le pays mais de pauvres gens, blessés, meurtris, en souffrance qu'il importe de laisser crever chez eux en dépit de tous les remords et sentiments de honte qu'une telle nécessité impose pour ne pas trahir le sacro-saint principe de neutralité.

Nous devons louer cette posture qui doit faire saigner bien des cœurs dans cette nation fort sympathique. Laissez mourir des Ukrainiens qui auraient besoin de soin pour conserver intacte le fondement même d'une nation construite sur le refus de s'engager pour autre chose que des valeurs financières, est en tout point remarquable.

Savoir ainsi passer outre tous les sentiments d'humanité et d'empathie pour garder la ligne, ne pas vexer l'ami russe et surtout ne pas créer un précédent, mérite d'être ainsi mis en exergue. La Suisse s'honore de respecter son principe fondateur quitte à passer pour une nation sans cœur ni humanité. Cette tache rouge portée sur la croix blanche sur un drapeau éternellement en Berne afin de rester droit dans ses coffres, est en tout point admirable.

Vraiment bravo à vous chers voisins, même le couteau sous la gorge, vous resterez fidèle à votre dogme immuable. Oui vraiment, voilà qui va redorer le blason d'un pays injustement critiqué pour son goût immodéré pour l'argent. Vous nous démontrez que vous avez des valeurs qui excluent toute forme de sensiblerie afin de ne pas entacher votre réputation bancaire. C'est véritablement un exemple à suivre dans bien des paradis fiscaux. Vous êtes le phare d'un système qui sait mettre l'argent au-dessus de tout, et en cela, vous aspirez naturellement à servir de modèle à toutes ces grandes fortunes qui s'évertuent à ne plus jamais considérer la misère qui les entoure. La guerre des classes a trouvé son Eldorado.

À contre-sens.

 

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