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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Un mot plus haut que l'autre.

Digression.

 

 

 

Comment doit s'y prendre celui qui entend écrire ou dire un mot plus haut que l'autre ? La question taraude le quidam incapable de prendre de la hauteur, de gravir les échelons de la notoriété. À toujours rester bassement terre à terre, tenant des propos au ras des pâquerettes, le voilà confronté à un dilemme qui dépasse ses compétences.

Devra-t-il monter sur ses grands écriteaux ou se contenter de prendre de haut le lecteur de base pour parvenir à ses fins ? Le risque est grand alors d'être descendu en flèche, non par la critique qui ne se soucie de lui comme d'une guigne tombée à terre, mais plus certainement les quelques lecteurs qui lui font l’aumône d’un peu de considération.

Suffit-il d'élever le ton en public ou bien de recourir au caractère gras et majuscule pour sortir du rang, s'élever dans la hiérarchie, être élevé au pinacle de la littérature ? S'il n'y allait que de considération mécanique, la taille de la police suffirait à vous donner ce coup de pouce nécessaire. Hélas, le mot plus haut que l'autre ne doit se faire remarquer au premier abord.

Il se noie dans la masse de ses voisins, il joue l'anonymat, ne cherche nullement à attirer la lumière. Il s'impose autrement que par les artifices et les astuces. Il saute aux yeux, d'où sans nul doute, sa position initiale, qui lui permet ce plongeon dans l'inconnu. Il ne se jette pas dans le vide, il a besoin de ses paires pour conserver la ligne, s'accrocher à la phrase tout en s'en démarquant de manière explicite.

Le mot plus haut que tous les autres ouvre la voie de l'aphorisme, de la maxime, d'une expression qui ne demande qu'à entrer dans le langage courant. Il se dresse sur ses arpions, il prend de l'emphase, il déploie ses ailes pour voler au-dessus de la médiocrité habituelle. Ce mot devient un phare, un guide, une référence qui a besoin des autres pour prendre toute sa place.

Le mot plus haut que les autres a l'art de ne pas prendre de haut ses homologues. C'est à cette subtilité qu'on le reconnaît, qu'on lui accorde la place d'honneur, non par sa position dans la page, mais bien par le sentiment qu'il magnifie tous ses alter ego. Il est la quintessence et la nuance, le point d'orgue et le diapason, la clef de voute et le pilier de la phrase.

Ce mot est un miracle, une évidence, un trésor non de complexité, de pédanterie, de connaissance encyclopédique, mais tout au contraire de simplicité, d'universalité, de modestie. Il n'a pas besoin de sortir d'une longue recherche dans un dictionnaire ni même d'une quête dans les termes vernaculaires. Il appartient au langage de tous et parvient malgré sa modestie, à sortir du rang, à se hisser tout au sommet de la pensée.

Le mot plus haut que tous les autres vous donne l'ivresse de la compréhension immédiate, vous ouvre les portes de la pensée, vous prend par la main pour vous élever comme le faisait jadis votre maître d'école. Un mot qui rayonne, un mot qui ne se la joue pas, un mot qui ne vient jamais du langage technocratique ou de la novlangue de nos dirigeants.

Il a les pieds sur terre et le sens dans les étoiles, il est terrien et solaire, il puise ses racines dans la culture et laisse ses rameaux aller leur chemin, toujours plus haut. Il ne vient pas de nul part, il est de partout tant il porte tout l'héritage d'une culture.

Le mot plus haut que tous les autres nous donne accès à la parole. Il se perche sur l'esprit pour devenir parabole, non celle qui diffuse des images pour abaisser le niveau de conscience mais bien au contraire pour jouer de comparaison, d'images et de rapprochements afin d'incarner la pensée par le truchement des mots. Il est consubstantiel de la langue qu'il a devancée. Parole est le plus beau mot qui soit, le plus haut dans mon Panthéon.

À contre-plongée.

 

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