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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La mort d'un chêne.

Un parmi tant d'autres.

 

 

 

Il était une fois un chêne qui avait élu domicile dans un paysage de rêve, c'est du moins comme cela qu'il voyait les choses de sa place d'arbre vénérable. Il avait tout pour être heureux dans son domaine, préservé des humains, à l'écart de leurs folies destructrices. À ses pieds coulait une petite rivière limpide venue de la Sologne voisine. Elle s'insinuait, s'offrait quelques méandres, s’étalait parfois pour finir par se dissoudre dans un grand étang.

Le chêne appréciait tout particulièrement ses voisins, les animaux qui avaient trouvé là un écrin merveilleux, un havre de paix dans un décor qui tenait à la fois de la mangrove, de la zone humide et des prémices des landes. Tous les ingrédients étaient réunis pour que chacun y trouve son bonheur, sa place et sa raison d'être. Une forme de petit paradis sur terre à deux pas d'une grande métropole qui ne cessait d'étendre son influence.

L'arbre, dans sa grande naïveté avait imaginé qu'il était toujours sacré dans ce territoire encore imprégné des légendes celtes, des croyances liées à la nature, des personnages imaginaires qui peuplent les contes de fées. Il avait eu le tort d'écouter un raconteur d'histoires qui aimait à se baguenauder dans le secteur.

Il avait cru à la puissance des mots qui chantaient l'harmonie entre les humains et la nature, qui donnaient la parole aux animaux tout comme aux végétaux, qui décrivaient une cohabitation sereine et apaisée. Le chêne se rêvait lui aussi d'entrer dans ce panthéon mirifique, de trouver un rôle à sa mesure dans un conte qui lui donnerait le beau rôle.

 

Il avait donné crédit à l'existence de Merlin capable d'établir la concorde entre tous les hôtes de ce domaine magnifique. Il s'imaginait accueillir dans son tronc un oiseau qui enseignerait la langue des oiseaux aux enfants, accompagnés de leurs enseignants, il se réjouissait de servir d'abri à quelques elfes et lutins espiègles capables de faire vilaines farces à ces rares individus qui ne respectaient pas la nature.

Il était fier de ses bouquets de gui qui le replaçait dans la grande tradition de la forêt des Carnutes, si proche et si présente dans les mémoires. C'était oublié que d'autres, des furieux, des avides, des êtres ayant un compte en banque à la place du cœur avaient déjà scellé son sort. Il sera abattu et ce petit éden laminé, rasé, dénaturé pour en faire une immense réserve d'habitations disgracieuses imaginées par des êtres retors pour y caser plus de 250 familles.

Bien sûr, la main sur leur carte de crédit ces promoteurs saccageurs se sont arrangés pour que tout soit dans les clous, que leur projet demeure inattaquable en dépit des menaces qui pèsent sur la Planète. Détruire en partie soixante-six hectares d'un espace naturel unique peut se faire quand on s'acoquine avec un élu qui avant de passer la main va border le projet pour que l'inéluctable advienne.

Le chêne n'en revient pas et de ses racines à ses feuilles, tout son être tremble d'une indignation qui le pousserait à se dresser contre cette abjection. Mais comment peut-il agir, lui qui est si bien ancré dans ce territoire qui bientôt sera balayé par les bulldozers de l'avidité et de la folie destructrice ?

 

Le Parc s'appelle encore Morchêne, du nom de ce merveilleux ruisseau qui sera bientôt condamné à disparaître dans des buses en béton. Ce nom aurait dû mettre la puce à la feuille de notre arbre. Les monstres qui ont décrété sa mort prochaine n'ont d'autre perspective que les bénéfices à court terme, la satisfaction d'élus plus soucieux de leur gloire que du bien commun et les jolis bénéfices qu'ils iront cachés dans les seuls espaces qu'ils préservent : les paradis fiscaux.

Dans un dernier recours, le chêne m'a demandé de prendre sa défense, d'évoquer sa détresse et son indignation. Mais que faire contre la loi du marché, contre les intérêts financiers, contre la feinte impuissance des élus, contre ces humains qui insultent l'avenir de leurs propres enfants et plus encore l'espoir ?

Le chêne a entendu que dans la grande ville voisine ce sont des tilleuls qui sont montrés du doigt sur la place Domrémy. Les mêmes décideurs, ceux-là même qui déclarent à longueur de temps leur attachement à la nature et qui en réalité font toujours tout le contraire, sont encore à l'œuvre pour couper, raser, détruire. Si tous les arbres du monde se donnaient la main pour changer le cours des choses, ils finiraient sans doute par déclencher des tempêtes pour abattre ces sinistres fossoyeurs de l'avenir. C'est du moins ce qu'espère de toute sa sève l'arbre en colère de Morchêne.

À contre-nature.

À lire : https://www.magcentre.fr/233787-un-grand-domaine-municipal-boise-est-menace/

 

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