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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La Grange aux Chats.

En quête de sens.

 

 

À Saint-Martin d'Auxigny le mystère plane sur un lieu qui sort de l'ordinaire : la Grange aux chats. Que de curieux souffleurs de vent y viennent faire vocalises et tirades n'explique nullement le nom de cet établissement culturel qui se plait à sortir des sentiers battus sous la baguette magique de deux sorciers du Berry : René-Serge et son compère Félix.

Tout naturellement, c'est vers ce second que se tourne inévitablement l'amateur de dessins animés. Félix le Chat, voilà bien une explication rationnelle pour qui aime à trouver dans le passé proche des motifs pour éclairer sa lanterne. Celle-ci cependant n'eut pas été opportune puisque cette œuvre cinématographique venue d'outre-Atlantique resta muette, ce qui en ce théâtre magnifique n'est pas adéquate.

Le chat dans la gorge, lui aussi doit être repoussé tant chacun vient ici avec la possibilité de s'exprimer loin de la voix de son maître des grandes salles aux programmations univoques. Le coup de griffe y est permanent, la culture s'y fait chafouine, mutine, coquine au gré des différents pelages de ceux à qui nos deux amis ouvrent leur scène. Le diable y prend sa part, que le chat soit noir ou bien de gouttière.

Les chats en question seraient-ils associés comme bien souvent aux Chartreux, ces bons moines qui avaient précisément à Saint-Martin d'Auxigny un prieuré à Bléron. Un charmant petit établissement monastique a accueilli une communauté de frères au Moyen Âge plus chattemites du reste que vieux matous. La culture et la foi y feraient-elles bon ménage ? La piste ne mène hélas nulle part !

Fouillant plus avant dans l'histoire, je découvre alors que la petite cité appartenait au domaine royal si bien que Louis VII y fit construire le château de la Salle-le-Roi. Sous l'impulsion de Philippe-Auguste puis de Louis XI l'endroit devint une résidence des rois de France jusqu'à ce que les guerres de religions ne viennent détruire la demeure chatoyante. Plus de chat tôt pour nos tréteaux, une fausse piste encore pour les rois de la scène.

L'histoire ne s'arrête pas aux rois de France en ce joli coin entre Sologne et Berry. Sur la fin de la Guerre de Cent Ans, des archers écossais sont venus faire flèches de tous bois dans le secteur pour venir en aide à Charles VII, le roi de Bourges. Ayant plus d'une corde à leur panoplie, ils défrichèrent la forêt et en échange, Jacques Stuart puis les siens reçurent la terre voisine d'Aubigny-sur-Nère. Seuls les châtaigniers restèrent debout ce qui peut supposer que notre grange, victime d'un bogue, serait alors celles des « chas » (châtaignes).

Tous ceux-ci ne sont que des chats mots de travers. La véritable explication réside sans aucun doute, parole de Bonimenteur, dans la présence tutélaire de Saint Martin qui n'a jamais été à une espièglerie près. Le corps de Saint Martin, ce grand voyageur aussi bien de son vivant qu'après sa mort, a fait escale à Auxigniacum. Ses cendres n'étant jamais en paix, le moine guerrier a dû encore faire des siennes.

Sa grande spécialité fut de bouter toute trace des anciens cultes celtes. Chaque fois que son nom apparaît dans un endroit, il faut chercher la fontaine, la source, le culte ou bien le caillou qu'il a retirés de ses sandales. Ici, pas de doute, il s'agit d'un menhir mégalithique dit de « La pierre à la femme ». Situé précisément à Saint-Georges-sur-Moulon, ce menhir haut de 1 mètre 60 laisse deviner une forme féminine.

Il y a gros à parier que notre cher Martin, loin d'être un âne, a repoussé avec effroi un culte de la fécondité. De celui-ci reste l'évocation d'un chat qui n'a rien d'un félin même s'il a trouvé refuge dans cette belle grange. Le Bonimenteur se fera donc un plaisir d'y raconter : « Le plus bel arbre du verger » pour honorer comme il se doit nos traditions celtes et ceux qui m'ont fait l'honneur de me convier en ce lieu magique.

 

Entre-chat.

 

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