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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La bouteille d'Or se fracasse sur le quai

Langue et gueule de bois en pleine canicule…

 

 

 

Un bouffon fait l'âne, perché sur une chaise, lors d'une animation autour des vieux gréements. Cela ne se passe pas au bord de la Loire mais du chenal qui conduit dans la baie de La Baule. Un soleil de plomb n'a pas rassemblé les foules, chacun cherchant l'ombre ou la fraîcheur là où il le peut. Certains, sans doute pour mieux s'hydrater fréquentent assidûment les terrasses de café, nombreuses en cet endroit.

L'histoire qui n'ira pas à son terme, reprend la caricature habituelle de l'homme de l'eau qui abuse quelque peu du bouchon. Nombre des chants de marins évoquent avec le sourire ce petit aspect des choses sans que Mac Orlan, Michel Tonnerre et d'autres n'aient été inquiétés par des irascibles du goulot. Le folklore impose de forcer le trait…

L'humoriste de pacotille commence son histoire. Il est un remarquable toutier sur un bateau de Loire qui a la déplorable assuétude de boire plus que son saoul quand l'escale arrive. Rien de mal à cela, bien d'autres ont usé de cette image d'Épinal. Hélas, derrière un de ses verres, un chaud du bonnet ne sait pas où se trouve cette ville en bord de Meuse. L'eau douce lui eut sans doute, rafraîchi les idées.

Soudain, au milieu d'une tirade, le marin pêcheur arrive en chaloupant, la démarche godillante et le regard furieux. Il agrippe le comique marinier et lui intime l'ordre de se taire s'il ne veut pas recevoir un coup qui ne sera pas de tabac. Le propos est aussi ferme que le regard vitreux. L'homme n'accepte pas qu'on salisse ainsi l'honneur de la marine dont il s'estime, à juste titre d'ailleurs, être un digne représentant.

Devant cet abordage sans sommation, le pauvre Bonimenteur ne sait que faire. La bataille navale sur un quai devant le stand des Sauveteurs en Mer ne semble pas être opportune même s'il disposerait alors des secours immédiats. Le mieux est de satisfaire cet importun, marin de quai et de terrasse et de le laisser s'en retourner vider une bouteille.

Le public, étonné, ne réagit pas. La charge a été fulgurante, son départ tout autant, la soif le tenaillant de s'être ainsi aventuré en plein soleil. Le conteur interrompt son histoire qu'il reprendra sans microphone pour ceux qui se trouvèrent privés de cette farce. La langue et la gueule de bois ne font apparemment pas bon ménage tandis que le sens de l'humour n'est pas un point cardinal chez ce personnage.

L'expérience est déroutante. La dérision, la farce, l'ironie peuvent donc subir les horions d'un soulasson qui n'entend pas qu'on se moque de son comportement. La force et le propos frappant doivent clouer le bec à ces farceurs qui usent du verbe pour donner à sourire. Le temps est revenu de la loi du plus fort avec ce flibustier de la canette, capitaine ad-hoc du degré zéro.

L'homme méritait son heure de gloire au-delà de ce vilain grain qui accompagna son coup de tonnerre. Le récit que voilà lui rendra l'hommage qu'il mérite en espérant qu'il prenne le temps de le lire si des amis bien intentionnés lui en font part. Usant seulement du second degré, le malheureux qui est resté ainsi le bec dans l'eau, se doute qu'il faudrait augmenter les niveaux pour complaire à son interlocuteur outragé.

C'est promis, il fera mieux la prochaine fois en passant par Saumur, le pays de la triple distillation. Mais que diable venait-il de dire, voilà une nouvelle allusion qui va déplaire à ce triste individu qui verra dans cette remarque innocente double allusion. N'est-il pas là question de ce merveilleux vin pétillant qui viendra éclater dans son esprit de Sot mur ? Voilà nouveau prétexte pour remettre sa tournée…

À contre-soif.

Votre conte du dimanche
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