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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

L'âne et le chien.

Au pays des menteries

 

 

 

 

Un âne qui livrait du bon grain croisa sur son chemin un chien qui dans l'instant aboya après lui. Le brave animal qui se contentait de porter son fardeau sans rien demander à quiconque, fut surpris de la réaction de cet autre qui lui montrait les dents et lui faisait mauvais accueil. Le portefaix ralentit son allure, se demandant s'il n'allait pas faire demi-tour, d'autant plus qu'ainsi, si ce maudit canin venait à lui filer le train, il avait arguments frappants derrière ses sabots …

Le chien voyant ainsi la croupe de l'équidé en vint soudain à réfléchir. Son comportement non seulement lui valait qu'on lui tournât le dos mais plus encore qu'on le privât de ravitaillement. Il lui fallait présentement mettre un peu d'eau dans son vin où il se retrouverait le museau dans la Loire.

L'âne sentit une inflexion notable de l'agressivité du mauvais coucheur. Son tourmenteur quelques instants plutôt se faisait soudain bienveillant, semblant faire la fête à qui, juste auparavant, il montrait des dents. Pareil changement de comportement surprenait grandement un animal réputé pour rester longtemps sur ses positions. Il fallait qu'il découvre le pourquoi de la chose avant que de prendre une décision.

L'âne fit une nouvelle fois face à cet animal belliqueux, le regardant droit dans les yeux en dépit des œillères que le muletier lui avait imposées. Le molosse de perdre contenance, il y avait dans ce regard toute la mansuétude du monde, la douceur d'une bête qui ne songe jamais à mal. Lui qui tout au contraire, avait été dressé pour semer la peur et la crainte autour de lui se trouvait totalement désarçonné. Il eut la maladresse de l'avouer à son compère.

L'âne de rire aux éclats devant pareille confession qui inversait les rôles et manquait de crédibilité. L'animal bâté expliqua tout de go au cabot qu'habituellement c'est lui qui porte humain sur son dos quand ce n'est un fardeau quoiqu'à bien y regarder, la nuance est difficile à établir entre ces deux charges. Si l'un d'eux deux avait à se désarçonner, ce ne pouvait être que lui.

Le chien jugea la remarque pertinente ce qui de la part d'un âne le laissait circonspect. Fidèle compagnon des humains, il ne pouvait que comprendre le monde par le truchement des truismes que lui avaient enseignés ses maîtres. Qu'un âne puisse penser de la sorte le laissa pantois jusqu'à se croire permis de lui retourner saillie bien sentie.

Le chien se posa sur son arrière-train, singeant ainsi les humains pour donner de l'importance à sa réplique. Levant une patte antérieure pour enfoncer le clou, il s'adressa sentencieusement à ce bourricot qui devait en rabattre (il ne faisait ainsi qu'imiter en tous points ceux dont il partageait l'existence). Puis s'étant assuré que nul humain n'était à proximité, il s'adressa à son interlocuteur.

« Mon brave ami, vous faites-là aussi lourde erreur que peut l'être votre livraison. Je suis moi aussi bête de somme, animal domestique certes mais tout autant pour flatter mes maîtres que pour leur rendre service tout comme vous. Il est dans cette région, tradition de voitures à chien. Mes semblables et moi-même sont souvent mandés pour tirer une carriole pour menues livraisons et parfois, nous nous chargeons de transporter nos chers compagnons qui n'aiment guère marcher sur leurs membres postérieurs ! »

L'âne n'en croyait pas ses oreilles qu'il dressa plus encore vers le ciel. Cet animal qui tout d'abord le reçut comme un chien, s'adressait à lui de la plus fort hypocrite manière. Il y avait certainement un piège derrière cette façade mielleuse. Levant les yeux, il découvrit que l'une des portes de la cité fortifiée était parée du blason de la place : une guêpe y trônait en son centre.

Ceci le poussa à la plus extrême prudence. Les guêpes piquent mais ne font pas de miel. Il devait donc ne pas tenir compte du revirement spectaculaire de ce maudit chien. À la moindre occasion, il s'en prendrait à lui pour peu qu'il cesse de s'en méfier. Ne voyant pas d'autre solution que l'indifférence et la prudence, l'âne se retira de l'endroit en reculant prudemment tout en gardant à l'œil ce méchant cerbère.

C'est ainsi qu'il retourna chez son meunier de maître, pour lui rapporter l’accueil reçu en cette cité où les habitants se mourraient de faim. L'homme n'en fut nullement surpris. Même s'il perdait là l'occasion de rendre service à son prochain, il s'évitait bien des tracas pour parvenir à recevoir le juste paiement de son labeur. Que son âne lui apporte ainsi de l'eau à son moulin à parole en confirmant la déplorable réputation de la cité voisine, ne faisait que renforcer son plaisir de demeurer en bord des Mauves.

La vie continua ainsi paisiblement pour le meunier et son âne. Quant au chien, il finit par se mordre les doigts quand il offrit même réception à une bergère apportant ravitaillement en cette place qui décidément avait souvent des soucis d'approvisionnement. Cette fois, on le fit taire avant qu'il ne provoque la même catastrophe. Il fut cloué au pilori pour s'être montré digne de son maître. La chose pour injuste qu'elle soit n'en serait pas moins salutaire si celui-ci avait retenu la leçon et fit à l'avenir bon accueil aux visiteurs, sans se soucier de l'état de leur bourse. Mais ceci est une autre histoire …

À contre-temps.

 

Fable de La Fontaine

 

L'ÂNE ET LE CHIEN

 

Il se faut entraider, c'est la loi de nature :
L'Âne un jour pourtant s'en moqua :
 Et ne sais comme il y manqua ;
Car il est bonne créature.
Il allait par pays accompagné du Chien,
 Gravement, sans songer à rien,
Tous deux suivis d'un commun maître.
Ce maître s'endormit : l'Âne se mit à paître :
 Il était alors dans un pré,
Dont l'herbe était fort à son gré.
Point de chardons pourtant ; il s'en passa pour l'heure :
Il ne faut pas toujours être si délicat ;
Et faute de servir ce plat
Rarement un festin demeure.
Notre Baudet s'en sut enfin
Passer pour cette fois. Le Chien mourant de faim
Lui dit : Cher compagnon, baisse-toi, je te prie ;
Je prendrai mon dîné dans le panier au pain.
Point de réponse, mot ; le Roussin d'Arcadie
Craignit qu'en perdant un moment,
  Il ne perdît un coup de dent.
             Il fit longtemps la sourde oreille :
Enfin il répondit : Ami, je te conseille
D'attendre que ton maître ait fini son sommeil ;
Car il te donnera sans faute à son réveil,
Ta portion accoutumée.
Il ne saurait tarder beaucoup.
Sur ces entrefaites un Loup
Sort du bois, et s'en vient ; autre bête affamée.
L'Âne appelle aussitôt le Chien à son secours.
Le Chien ne bouge, et dit : Ami, je te conseille
De fuir, en attendant que ton maître s'éveille ;
Il ne saurait tarder ; détale vite, et cours.
Que si ce Loup t'atteint, casse-lui la mâchoire.
On t'a ferré de neuf ; et si tu me veux croire,
Tu l'étendras tout plat. Pendant ce beau discours
Seigneur Loup étrangla le Baudet sans remède.
Je conclus qu'il faut qu'on s'entraide.

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