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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le bruit et les odeurs.

Des urbains fort peu patelins

 

 

L'exode rural fut la plaie qui vida nos campagnes durant le vingtième siècle, laissant sur place les derniers représentants d'une nation qui jusqu'alors était essentiellement constituée de campagnards, de culs terreux, de bouseux, de ploucs selon les diverses appellations qu'aimaient à leur accoler les gens des villes.

Ceux-là, pour l'essentiel, avaient certainement oublié leurs origines, la provenance de leurs ancêtres. Ils s'émancipaient dans le brouhaha des grandes cités qui ne cessaient du reste de grossir jusqu'à en devenir obèses. Mais qu'importe la promiscuité, elle comportait tellement d'avantages qu'il faisait bon y être.

Dans le même temps, dans ce qui soudain se pare du délicat patronyme de Territoire, les équipements viennent à disparaître pour enfoncer un peu plus le clou, démontrer que vivre dans ces vastes étendues presque désertiques c'est relever de la lampe à huile et de l'arriération mentale. Comment en effet ces braves gens peuvent-ils vivre sans cinéma, théâtre, hyper-marché et embouteillages ? Il y avait là quelque chose qui échappait à tous ces urbains si peu patelins.

Le temps vint de la confrontation. Les ploucs firent bloc et traitèrent de parigots tous ces individus qui venus d'une grande métropole, trouvaient agréable de passer leurs fins de semaine dans de charmantes résidences secondaires, à l'écart des bourgs, bien engoncées derrière des clôtures protectrices. Ces deux mondes ne se comprenaient pas

Les premiers étaient fiers de leur provenance. Ils affichaient sans honte leur numéro minéralogique quand ils se déplaçaient à travers le pays, abordaient aimablement un compatriote pour parler de leurs régions respectives. Les seconds portaient comme le rouge aux joues, les numéros d’infamie qui attestaient qu'ils venaient ici en territoire envahi. Les parlementaires, toujours prompts à satisfaire le plus grand nombre, supprimèrent sans vergogne ces numéros de département qui faisaient tache. Les racines n'avaient plus à sortir de terre.

Puis survinrent les confinements. Les urbains argentés découvrirent les affres de la claustrophobie. Ils manquaient d'air dans leurs villes surpeuplées. Le retour à la campagne devint une évidence d'autant plus réaliste que le télétravail avait pointé le bout de son nez. Travailler chez soi permettait de déplacer ce chez soi de l'un des grands centres urbains, c'était l'occasion à saisir au bond pour aller respirer l'air de nos provinces.

Mais quelle horreur, cet air continue d'empester le lisier, la fumure tout en se chargeant de pollens et de diverses poussières. Pire encore, au bruit de la circulation, il fallait substituer des nuisances sonores qui n'ont rien d'humaines et ne sont pas toutes mécaniques : les grenouilles croassent, les coqs chantent, les vaches meuglent, les pigeons roucoulent, les cloches sonnent, les. tracteurs pétaradent, le vent souffle.

Il y avait tromperie sur la marchandise. La paix avait des bruits et des odeurs totalement insupportables pour qui a été bercé au son du marteau piqueur et des embarras de la circulation. Le choc pour brutal qu'il puisse être n'en était pourtant pas totalement définitif. Ces gens, habitués à jouer de la procédure, les tribunaux sont les instances rêvées pour la chicane sans autre objet que de s'enrichir aux dépens des plus faibles, allaient porter plainte qui contre une vache, qui contre un coq ou bien une mare. Le ridicule ne tue pas ces gens qui trouvent oreilles bienveillantes chez les gens de robe.

Mettre la ville à la campagne, voilà le grand rêve de ces nouveaux venus. Ils vont tout aseptiser avec la complicité d'un parlement de plus en plus coupé de ses racines. Méfiez-vous au moment de glisser un bulletin dans l'urne de ceux qui n'ont que les territoires à la bouche mais usent de leur entregent et de leur pouvoir pour interdire une bergerie à proximité de leur belle résidence champêtre. Ceux-là sont des usurpateurs.

À contre-sens.

 

Coq

 

 

Perché sur le toit d'une église, se morfondait

D'autant plus que l'animal a le vertige

Pourquoi diantre le vent sans cesse le tourmentait

Tout en lui imposant effroyable voltige

 

Il y a forcément quelque chose qui cloche

Songea celui qui tenait lieu de girouette

Il suffirait d'ôter son doigt de sa poche

Pour repérer une petite brise discrète

 

Le malheureux coq s'empâte tout là-haut

Découvrant qu'en ce curieux jour de Pâques

Ses chères poules dispersent leurs œufs en cadeau

Voilà attitude vraiment démoniaque

 

Il lui faudrait descendre de son promontoire

Pour rappeler à la raison ses compagnes

Mais il est condamné à ce maudit perchoir

Afin de garder la ville et sa campagne

 

Le coq aimerait bien voler dans les plumes

À ce maître qui lui enseigna le latin

Une Confusion provoqua son amertume

Tout en lui imposant cet étrange destin

 

Il voudrait chanter sur un tas de fumier

Réveiller au matin tout le voisinage

Quand il découvrit que même les fermiers

Ne supportent plus son matinal tapage

 

Le coq passant pour un vulgaire contrevenant

De colère les priva tous de son coquerique

Qu'il fut l'emblème de ce ramassis d'indigents

Avait de quoi le faire tourner en bourrique

 

Si cette civilisation marche sur des œufs

Les individus n'entendent pas être enchantés

Par le bruit du coq, de la grenouille et des bœufs

Leur puissant vacarme suffit à les contenter

 

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