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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Sous la douche …

Instants aqueux.

 

 

 

 

Bien-sûr, il ne faut jamais oublier que ceci est un privilège rare, que nombre de nos semblables à travers le monde ne dispose pas d'un confort que nous jugeons élémentaire alors qu'il est si nouveau au regard de l'histoire de l'humanité. L'eau courante nous semble bien hâtivement comme désormais allant de soi, un confort évident que jamais rien ne viendra mettre en cause.

Détrompez-vous avec que de vous tremper une fois de plus, dans l'insouciance d'une civilisation incapable de mesurer et de préserver les immenses privilèges que nos devanciers ont acquis de haute lutte. Le réseau d'eau courante est de ceux-là tandis que sourdent des menaces qui nous laissent penser qu'il n'est pas dans les tuyaux pour toujours.

Mais revenons à notre poire qui nous arrose de son jet bienfaisant. Elle s'étonne parfois la belle, des effluves qui accompagnent son jet bienfaisant. Depuis peu, c'est la course effrénée aux produits de synthèse, aux multiples lotions capillaires, corporelles, reconstituantes, réparatrices, parfumées, décapantes, odoriférantes pour que vous ayez l'air d'être résolument moderne.

Votre corps est devenu si précieux qu'il entend sacrifier la planète pour s'enduire du pire de l'industrie cosmétique tic-tac. Allez-y franchement, vous avez là de quoi souiller nos rivières, nos océans, appauvrir les ressources et surtout vous préparer de forts agréables mycoses, de délicieuses allergies, de surprenantes éruptions cutanées. Frottez bien fort pour enfoncer le mal afin que les saletés s'en aillent.

Avez-vous donc tant d'argent pour jeter au caniveau des sommes folles, alimenter le flux infernal d'un commerce de la futilité et d'un paraître factice ? D'autant plus que lorsque vous sortirez de là, ne faisant sans doute pas confiance aux poisons liquides, visqueux, gélatineux dont vous vous êtes enduits tout le corps tandis que la poire continuait de couler (il ne faut pas prendre froid et face à la dilution une seule solution : la surdose), vous allez compléter le grand œuvre chimique en vous aspergeant de spray, de vapeurs toxiques et détestables à qui ont encore un peu de nez.

La poire pleure en comprenant que son travail est anéanti par ce supplément au programme, cette dose supplémentaire de produits qui apportent eux aussi leur pierre à la grande catastrophe environnementale. Bien sûr, vous vous en moquez puisque vous imitez Pilates chaque matin en vous en lavant les mains et même d'autres zones que je m'interdis de nommer ici.

Au-delà de la dépense faramineuse que représente votre arsenal contre nature, vous apportez de l'eau au moulin de la grande lessive des eaux vannes. Vous eussiez tout aussi bien adopté le savon de Marseille pour vous éviter bien des tracas, gagner de la place dans votre douche et vous dispenser de sortir la carte bleue pour une dépense qui se fait aisément en liquide.

Mais il n'est plus rien à vous dire. Rien ne peut effacer les couches de communication de la grande distribution. Avec vos produits miracles, vous allez devenir explorateurs, voyageurs au long cours, aventurier des tropiques, cosmonautes des cosmétiques. Ce qui se passera sous terre, ne vous regarde en rien. Tant que ça mousse, vous êtes heureux et après vous, le déluge pour noyer vos immondices.

La poire se fiche de votre prétention sans limite. Elle rit sous cape et derrière le rideau de douche de votre folie. Elle envoie des signaux en morse à sa copine la bonde de la baignoire qui a le privilège de recevoir des plus dispendieux encore. Ils ajouteront des sels, des poudres, des algues, des bulles à leur toilette mortelle et useront de tant d'eau que les populations qui meurent de soif leur en seront éternellement reconnaissantes.

De toute manière, il n'est plus rien à dire à cette civilisation de l'absurde à moins de leur conseiller de se sécher les cheveux sans sortir de la douche ou de la baignoire.

À contre-emploi.

 

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