Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Confidences d'une petite chienne indépendante.

L'adresse sage

 

 

 

Ne venez pas me dire que j'ai de la chance. Cette affirmation me renvoie à ma naissance. Je suis née d'une mère aimante qui ce jour-là, mit au monde douze autres bassets fauve de Bretagne, tout comme moi. Pour certains d'entre-nous, la roue de l'infortune s'arrêta de tourner dès les premiers instants. Notre mère n'ayant que dix mamelles, trois d'entre-nous durent être sacrifiés. Je me convainquis dès ce moment qu'il me faudrait profiter de chaque minute qu'offre l'existence. Depuis, je n'ai eu de cesse de m'appliquer à suivre une ligne de conduite que j'entends maintenir la tête haute et le museau au vent.

La destinée m'a mise sur le chemin d'un maître, qui, je dois bien l'admettre sort de l'ordinaire, ce qui n'est pas pour me déplaire. Il m'attendait comme une sorte de bouée de sauvetage. Il avait connu de gros ennuis de santé qui l'avaient poussé à se laisser aller, à manquer d'envie de prolonger son passage sur cette vallée de larmes. Je lui ai apporté l'envie de se reprendre en main par ma seule présence à ses côtés.

Pour moi, il a retrouvé le plaisir de la marche à pied, des sorties le long de la Loire, des fous rire et surtout d'avoir une responsabilité à assumer au quotidien. De mon côté, j'ai trouvé un maître attentif, bienveillant, affectueux et toujours soucieux de mon bien être. En moins de six mois, je lui ai redonné l'envie de se battre, de se soigner, de surveiller sa santé et son hygiène de vie.

Tout ceci aurait été formidable si de mon côté je n’en avais pas profité un peu en abusant de sa gentillesse pour n'en faire qu'à ma tête. J'avoue que j'ai usé à loisir de mon charme incomparable pour le faire tourner en bourrique, ne répondant pas toujours à ses appels, me faisant la belle dès que j'en avais l'occasion. Il est vrai que je savais qu'à mon retour, je n'aurai droit qu'à des caresses et des récompenses gourmandes, rien qui ne me fasse changer de comportement.

Mon maître n'avait de cesse d'allonger indéfiniment la longueur de ma laisse qu'elle fut à enrouleur ou bien longe. Puis, de crainte que je ne m'étrangle, il finissait par me lâcher la bride à la manière du premier ministre. Je partais alors pour une folle cavalcade, tournant autour de tous mes compagnons à quatre pattes ou traquant ces maudits greffiers que je ne peux pas voir en peinture. Je le laissais ainsi en plan, à se languir et à se faire du mauvais sang. Je profitais honteusement de mon charme incomparable, je vous l'accorde.

Mon maître envisagea une reprise en main, un dressage comme disent ceux qui vont debout sur leurs jambes postérieures. Élever la voix ou lever la main ne sont pas manières qui lui conviennent, il est bien trop gentil pour ça et un regard de teckel, droit dans les yeux, la tête penchée sur le côté avait toujours raison de sa détermination punitive. Je jouissais d'une immunité qui me laissait toute latitude.

De guerre lasse, il pensa confier ma rééducation idéologique à un professionnel de la reprise en main. Le hasard de nos promenades nous permit de rencontrer une dame qui justement fait métier d'éduquer les chiens, non par les coups et les menaces, mais grâce à une sensibilité qui me fit tomber immédiatement sous son charme. J'étais conquise tandis que mon cher maître n'arrivait pas à s'avouer qu'il en allait de même pour lui.

Pascaline, car telle est le prénom de cette femme extraordinaire, a compris immédiatement le fonctionnement de notre couple. Elle a trouvé les mots pour recadrer un peu mon maître et les exercices pour que je consente enfin à me préoccuper de son angoisse dés que je disparais. Nous avons fait des sorties véritablement pédagogiques afin de progresser, lui comme moi, dans cette relation unique qui unit une petite chienne adorable à son maître bienveillant.

Nous avons profité de séances individuelles, des sorties dans des lieux forts agréables, en forêt ou en bord de Loire, afin de mieux nous connaître et nous comprendre, toujours avec les observations judicieuses de notre amie l'éducatrice canin. Nous avions eu droit encore à des sorties collectives en compagnie de trois autres chiens et leurs maîtres. Pascaline limite volontairement le nombre pour maintenir la qualité du travail. Nous avons appris à suivre une piste, revenir à l'appel, venir au pied du maître, obéir en toutes circonstances

Avec mon éducatrice, je suis une excellente élève même si une fois loin d'elle, je m'accorde encore quelques libertés tout en ayant compris grâce à elle que je ne devais plus dépasser les bornes. Je suis devenue une chienne bien élevée comme aime à dire ceux attendent une obéissance aveugle. J'ouvre encore les yeux sur le monde en revendiquant une liberté que ne me refuse jamais mon cher maître, tout ceci grâce à cette merveilleuse éducatrice canin que je ne remercierai jamais assez.

À contre-vent.

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article