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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

À la fortune du pot.

Ça me reste sur l'estomac ...

 

 

 

 

En un temps dont bien peu ont conservé le souvenir, une marmite était pendue dans l'âtre, laissant mijoter une soupe ou un mironton. L'arrivée à l'improviste d'un visiteur s'accompagnait du traditionnel : « Finissez-donc de rentrer ! Vous allez partager notre modeste repas ! » Nous n'étions pas encore à l'ère des congélateurs capables d'un tour de main de réaliser le prodige de Cana. Il fallait se contenter de ce qui était en route, d'autant plus sûrement que les plaques à induction n'étaient pas même une éventualité envisageable.

La fortune du pot n'avait rien de la fortune de mer. Nul trésor à découvrir mais simplement ce qui restait dans cette marmite à laquelle on attachait tant d'importance. Le partage était la règle et chacun se satisfaisait de ce qu'il y avait sans aller se servir dans un placard, sous prétexte que le plat en question n'avait pas votre faveur.

Modestie, simplicité, tempérance, … la liste pourrait être longue des valeurs qui se développent alors de par la nécessité et les contraintes d'une époque qui ignorait tout du consumérisme triomphant. La bonne fortune du pot était sans nul doute cette capacité à se satisfaire de ce qu'on avait sans multiplier à l'infini les envies, les caprices, les gourmandises.

Le progrès est passé par là, le pot a lui aussi trouvé sa place au milieu des ronds-points pour se contenter d'accueillir des géraniums fort peu digestes. De son passé glorieux accroché à sa crémaillère il ne reste rien que cette envie de pendre cette dernière à la première occasion. Pour tenter de rester en phase avec l'origine de la chose, le pot change alors radicalement de sens, passant du roboratif à l'évanescence.

Les bulles de champagne ou de crémant symbolisent parfaitement cette envolée vers le futile, le léger, l'illusoire. Nous prenons un pot, nous nous accordons l'apéritif dînatoire, nous nous amusons un peu la gueule pour justifier de se bourrer de liquides aussi divers que variés. Nous avons franchi un pas décisif dans l'histoire de l'humanité : manger n'est plus une nécessité vitale mais un simple loisir.

Remarquez bien que cette fortune n'est pas partagée par tous sur cette planète. Il est bien des humains qui connaissent l'infortune de la ration alimentaire, le manque d'eau comme de nourriture. Ils n'ont pas le bol alimentaire qui leur permettrait de survivre tandis que nous nous plaisons à laisser dégueuler nos buffets et nos banquets.

 

Triste réalité à laquelle nous ne pouvons pas grand-chose si ce n'est en refusant le gaspillage, en cessant de passer tous les caprices des enfants et des plus grands, en retrouvant la table commune, le repas unique qui se prépare tranquillement dans la cuisine, autour de ce feu qui jadis, définissait la demeure et ses occupants.

Au lieu de quoi, d'autres infortunés, sac au dos, sur un vélo ou bien une trottinette nucléaire, viennent à votre domicile pour apporter ce que nous n'avons plus le courage ni le temps de mijoter. Vous profitez de votre bonne fortune pour exploiter ainsi les services de ces nouveaux esclaves de la modernité, des bêtes de somme payées à coup de lance pierre, pour que vous puissiez jouir de votre opulence honteuse.

Cette fortune du pot me débecte, m'insupporte, me donne la nausée, l'envie de pourfendre les nouveaux négriers qui se multiplient parmi nous. Pourtant, le nombre de ces coursiers de l'indignité ne cesse de croître, preuve que vous êtes de plus en plus nombreux à basculer dans l'immonde, l'insupportable et le honteux. Vous allez dire, le cœur sur la main, que vous créez des emplois. Allez donc prendre leur place pour voir si comme eux, vous feriez contre mauvaise fortune, bon cœur. Car du cœur il en faut pour vous livrer par tous les temps et à votre bon vouloir …

À contre-sens.

 

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K
Le pot aux roses est bien sûr le tarif horaire de ces sous-traitants sous-payés. Les livraisons sont assurées à toutes les heures. J'ai pu le constater étant donné que je travaille de nuit. Étudiants, immigrés, chômeurs, anciens détenus réinsérés, je préjuge que le nombre de profils en galère ne manque pas, pour la plus grande joie des consommateurs... Et des restaurateurs aussi. Cela revient moins cher que d'embaucher un employé en CDI ou CDD. <br /> Personnellement, je ne pense pas qu'il s'agisse d' un progrès, même si ceux qui vantent l'uberisation de la société s'en réclament.
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C
Kakashi<br /> <br /> Nous n'avons d'autre réponse possible que de traiter d'esclavagistes les salopards qui se font livrer<br /> <br /> Qu'ils aillent au diable ces maudits tenant d'une modernité poisseuse