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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

À fleuret moucheté.

Les bas-fonds de la forme.

 

 

 

Les bretteurs jadis avaient de l'entregent, une forme de courtoisie mêlée d'une bonne dose de maîtrise tant au niveau du langage que de leurs réactions qui ne devaient jamais être épidermiques. Pour se faire, ils posaient alors une protection à l'extrémité de la lame de leur fleuret qu'on nommait « mouche » afin que nul ne soit blessé durant la joute verbale.

Depuis, les duels ont pris une toute autre tournure. Il y a forcément une mystérieuse main qui a pris la mouche pour que ces dernières volent bas durant ce qui ne doit pas être un débat mais un combat pour les bienfaits de l'audimat. Le dialogue n'ayant jamais été le fort de notre classe politique, la joute prend des allures d’algarade, de pancrace ou chacun doit mettre à terre un adversaire qui ne peut être, en aucun cas, son protagoniste.

C'est la loi du genre, le point d'orgue d'une campagne qui au final se résume exclusivement à ce moment que les naïfs, les crédules, les militants et les supporters attendaient avec foi et espérance. Pour les autres, si les noms d'oiseaux volent bas, si les coups se tiennent en dessous de la ceinture, il y aura une certaine jubilation à voir ainsi le débat démocratique renvoyé dans les bas-fonds.

Vous avez été encore quelques millions à croire à l'avènement du Messie ou bien au miracle de la Pentecôte. Les langues de feu sont bien présentes mais nul esprit saint au programme, bien au contraire. Vous n'avez rien appris que vous ne sachiez déjà et je n'ai nul besoin de perdre mon temps à regarder ce spectacle pitoyable pour savoir que rien de bon ne peut sortir d'un panier de crabes même quand il n'en reste plus que deux.

Voilà donc le niveau de notre Démocratie qui accepte que le débat politique soit confisqué au profit d'un spectacle qui ne demande que la participation des seules et sempiternelles deux têtes d'affiche. Que la distribution ne soit pas changée ne semble indisposer personne, l'espoir étant que la bataille de chiffonniers reprenne toute son actualité.

Vous en avez été pour vos frais. L'une a mis de l'eau dans son venin, l'autre du miel sur les plaies de son bilan. Ils ont montré visage souriant et sourire de façade pour répondre aux conseils des conseillers en communication et marketing politique qui sont en fait, les véritables dialoguistes de la chose. Vous étiez conviés à admirer des artistes qui ne défendent même pas leurs convictions mais qui sont là pour dérouler un programme élaboré par des spécialistes.

Ils ont aussi la tâche de sortir au bon moment l'attaque sournoise élaborée par un cabinet conseil, rémunéré à grand frais, pour que la lame touche là où ça fait mal. C'est du bel ouvrage, de la jolie saillie bien vacharde, qui hélas, n'enfante nul dessein, nulle perspective. La publicité a phagocyté les pratiques politiques, le débat laisse la place aux slogans.

C'est donc ce grand moment de télévision qui fera pencher la balance. On peut craindre que rien de bon ne sortira de cette parodie qui a évacué les vrais sujets, a obéré les urgences et les drames de l'époque, a effacé les ardoises des deux sélectionnés, a éliminé toute réflexion au profit d'une simple bataille navrante.

Remarquez, en refusant le véritable débat de société, les dés étaient pipés. La pièce avait eu tant de succès il y a cinq ans, que chacun voulait assister à une nouvelle représentation. Tout ça pour ça. Il y a de quoi se désespérer d'une République qui n'a nulle envie de mettre les sujets sur la table, préférant de très loin, mettre en scène le duel du bien et du mal, de la raison et de la haine, de la démocratie et de la tyrannie, du bon sens et de l'aventure, qu'on nous propose en guise d’anesthésiant. C'est si commode de simplifier, caricaturer, enjoliver ou noircir ceux qui du reste, ne changeront jamais rien à notre fuite collective en avant vers le chaos absolu.

À contre-jour.

 

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