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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Si bien dans ses charentaises …

Trois ne font pas la paire.

 

 

 

Il était une fois dans des temps si anciens que nul ne sait démêler le vrai du faux, il était un trappeur, un homme qui le long de la rivière Antenne, tendait des pièges (c’est d’ailleurs l’origine du nom de la rivière) pour attraper la loutre qui aime à vivre ici. Habitant Matha, il faisait commerce de ses peaux. Les temps étaient difficiles, chacun vivait comme il le pouvait. Même si aujourd’hui, ce métier nous semble terrible, il n’était alors que l’une des innombrables activités qui n’existent plus désormais. Ne jugeons pas et suivons les pas de celui qui s’appelait Mathurin

Mathurin était un bel homme, bien fait de sa personne. Aux proportions parfaites, à la mine rieuse et à la fréquentation des plus agréables. Il avait tout pour plaire ce qui ne manqua pas d’ailleurs de porter vers lui tous les regards des jeunes femmes en quête d’un bon mari. Il y avait non loin de là, au bord du Briou, un affluent de l’Antenne, une maison à l’écart, dans les marais, où vivait une famille de vanniers.

Ces braves gens avaient eu pour leur malheur, des triplettes, trois filles en tous points semblables. Ils les avaient élevées avec amour, leur apportant une affection sans faille. Cependant, le couple de vanniers n’ignorait pas qu’il lui serait impossible de réunir l’argent nécessaire pour payer trois dots si bien qu’ils gardèrent le secret de ce cadeau de la destinée. Pour les gens qu’ils croisaient quand ils allaient sur les marchés, vendre leurs paniers, ils n’avaient qu’une seule enfant.

À tour de rôle, l’une des trois filles, les accompagnaient tandis que les deux autres restaient dans le marais, là où nul ne songeait à venir traîner ses guêtres. Nolwenn, Delen et Morgane avaient pris l’habitude de ne jamais se montrer en public toutes trois. Une seule à la fois, c’était la règle qu’elles appliquaient scrupuleusement.

Un jour, non loin de leur repère, Mathurin vint tendre des pièges pour son travail. Il vit une jeune fille, belle comme un soleil qui coupait les repousses des saules afin d’en faire plus tard des brins d’osier. Mathurin tomba sous le charme de la belle qui dit s’appeler Morgane. Il ne fut pas surpris, une vraie fée, moins maléfique que Mélusine. Il tomba follement amoureux et lui promit de revenir le lendemain.

Morgane raconta sa rencontre à ses deux sœurs. La curiosité aidant, Nolwenn et Delen voulurent voir elles aussi ce garçon que leur sœur décrivait comme charmant et plaisant. Chaque jour, l’une des trois retrouvait le traqueur qui devint bien vite le traqué. Elles faisaient assaut de charme pour conquérir un cœur qui ne demandait qu’à l’être. Bien vite, Mathurin se jeta à l’eau, se rendit vers les parents et demanda la main de Morgane.

La requête troubla les parents. Leurs filles avaient fini par leur expliquer le petit jeu auquel elles s’étaient livré. Ils avaient comprit que toutes trois étaient amoureuses du garçon et que dire la vérité n’était pas possible. Puisque l’amour battait dans tous les cœurs, pourquoi ne pas faire d’une pierre trois coups ? Ainsi il n’y aurait qu’une dot à payer et les trois sœurs seraient heureuses.

Mathurin , fou de joie apprit que sa demande était acceptée à la condition que Morgane continue de travailler l’osier avec ses parents. Ainsi chaque fois qu’il en éprouverait le besoin, leur fille viendrait les retrouver pour les aider à l’ouvrage. Cette demande ne sembla pas extravagante, Mathurin l’accepta tout naturellement. Par contre, il fut très surpris de la seconde exigence : chaque dimanche, Morgane passerait la journée et la nuit chez ses parents sans que le mari ne puisse se joindre à eux.

Le pauvre garçon ne pouvait comprendre l’enjeu de cette requête étonnante. La semaine comporte 7 jours ce qui suppose évidement 7 nuits. Dans le plan machiavélique imaginée par les jeunes filles, elles avaient songé à passer chacune deux nuits par semaine avec leur mari pour ne pas faire de jalouse. De plus voulant se retrouver toutes trois, le dimanche serait ainsi, le temps des retrouvailles, loin de celui avec lequel, toutes trois partageraient un tiers de leur existence. L’affaire fut conclue en ces termes.

Le mariage eut lieu. Pour ce jour particulier, ce fut le tirage au sort qui désigna celle qui se rendrait à l’église. Pour la nuit de noce, il fut impossible hélas de départager les trois sœurs, elles voulaient toute leur part du gâteau. Il fallut donc trouver un lieu pour que durant la nuit, la substitution puisse se réaliser sans éveiller les soupçons du traqueur.

Il n’y eut plus belle nuit nuptiale que celle-ci. La vigueur du jeune marié fit des merveilles tant l’appétit de son épouse fut grand. Par six fois, oui par six fois l’homme dut satisfaire celle qui était devenue sa femme et qui curieusement, se leva par cinq fois pour quitter la chambre et aller prendre l’air quelques instants, prétextant un besoin naturel qu’elle ne voulait pas faire devant son mari. Mathurin au comble du bonheur se dit que si la pudeur de Morgane ne s’exprimait que dans cette petite exigence, il n’y voyait aucune objection

La vie prit son cours pour l’heureux époux des trois sœurs jumelles. Polygame sans le savoir, le brave trappeur comprit vite que le dimanche lui serait salutaire. Ce jour de repos lui permettrait en effet de reprendre des forces que sa diablesse de femme mettait bien à mal chaque nuit. Tout était bien dans le meilleur des mondes.

La nature fait formidablement bien les choses. Les trois sœurs tombèrent enceinte la même semaine. La tromperie pouvait se poursuivre sans que Mathurin n’eut la moindre interrogation. Cependant, le temps de la délivrance risquait de mettre à mal le stratagème qui jusque là fonctionnait à merveille. Il fallait éloigner le mari polygame le temps des naissances

C’est Nolwenn qui eut l’heureuse idée de lui suggérer d’aller vendre ses peaux de loutre à l’une des plus célèbres foires de l’époque. Ironie de l’histoire, c’était à Troyes en Champagne. Il y avait là deux foires annuelles, la Saint Jean dite foire chaude du 24 juin à la mi-juillet et la Saint Rémi, la foire froide de début novembre jusque la semaine avant la Noël. Cette dernière était parfaite, elle correspondait aux prévisions des dames pour leur délivrance.

Ainsi ce que femme veut et plus encore si elles sont trois à le vouloir ardemment, elle l’obtient et Mathurin fut envoyé promener loin de sa Saintonge pour vendre des peaux en champagne. À son retour, il eut le bonheur de découvrir qu’il avait eu un fils. Par bonheur, les filles, qui n’avaient jamais songé qu’il puisse en aller autrement avait toutes trois eut un garçon.

Ainsi la vie put reprendre ses droits, Mathurin chérissant son garçon sans savoir qu’il en avait trois, presque jumeaux eux-aussi. Le temps passa, heureux dans cette curieuse manière d’agir. De nouveau la nature reprit ses droits, les sœurs enfantèrent dans les mêmes conditions et cette fois la Saint Jean fit l’affaire. Une fois encore le destin leur fut favorable et trois filles naquirent.

Ce fut à la troisième fournée que le diable vint se mêler de l’affaire. Deux garçons et une fille naquirent dans la même semaine. Cette fois, plus moyen de tromper un Mathurin qui jusqu’alors avait été bien naïf. C’est du moins ce qu’il avait laissé croire. Bien vite, à quelques détails infimes que l’anatomie s’amuse à semer dans la loterie génétique, il avait remarqué d’infimes variations. Ayant poussé l’investigation jusqu’à se rendre un dimanche dans le marais, il savait qu’il avait été trompé pour son plus grand bonheur.

Il fit semblant de ne rien remarquer, il avait neuf enfants : cinq garçons et quatre filles. Il s’était rendu par trois fois à la foire de Troyes, c’est ce qui pouvait expliquer la chose. Il vécut heureux avec ses trois épouses, il a bien de la chance quand beaucoup d’autres n’y arrivent pas avec une seule. Mais il faut dire qu’elles étaient toutes trois charentaises et qu’on n’est jamais si bien que là.

Triplement sien.

 

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