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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le désert des toquards.

Un petit grain sable.

 

 

 

Les uns parleront de malédiction, d'autres d'une alchimie qui transforme étonnamment l'or en plomb dès qu'il s'agit de chausser des crampons, tous se gausseront d'une prétention qui achève toujours sa course, le nez dans le gazon. Il y a dans cette histoire de ballon rond une forme assez surprenante d'épopée morale qui ne peut que réjouir ceux qui ont encore, par naïveté sans doute, une certaine idée des valeurs du sport.

Quand une équipe d'un sport collectif bafoue à ce point les principes du jeu en équipe, de la stratégie et de l'organisation pour fonder ses victoires sur le seul talent des joueurs, quand la fonction d'entraîneur se résume à entériner les choix d'un Prince lointain qui n'a d'autre crédibilité que par l'argent qu'il déverse sans limite dans les caisses, quand les joueurs eux-mêmes, passent le plus clair de leur championnat domestique à mépriser leurs adversaires et à se moquer de l'esprit du jeu, la défaite finira toujours pas surgir au coin du bois, à l'improviste.

Car, chaque fois, en dépit des évidences, malgré les différences de talent, quand l'esprit vient à manquer, il y a toujours quelque chose qui vient enrayer une mécanique impersonnelle qui n'accepte ni l'adversité ni les principes d'un duel loyal. Un petit grain de sable et soudain le désert des toquards apparaît dans toute sa laideur.

Le bon Prince, à coup de dollars, pensait construire un château, une forteresse inexpugnable au lieu de quoi la construction en cartes bancaires s'effondre à chaque fois dans un retentissant fiasco, une banqueroute sportive qui ne peut que réjouir les véritables amoureux du sport. Que cela se passe en Espagne ou bien en Angleterre n'est d'ailleurs pas sans raison. Si le même modèle de l'argent roi y fonctionne à plein régime, les formations en question ont à l'esprit, le respect absolu de l'histoire du club, le respect des anciens et impose l'humilité à ceux qu'on se garde bien de prendre pour des dieux vivants.

La déculottée que les madrilènes ont infligé aux parisiens s'inscrit dans une logique propre à ce conglomérat de toutes les vanités de l'époque. Les joueurs élevés au rang d’icônes, le public constitué dans les loges de tout ce qui se fait de plus prétentieux et argenté, des hommes politiques qui se courbent pour être de la fête, des célébrités qui viennent redorer leur blason, des arrivistes voulant prendre un peu de lumière et des journalistes qui déroulent le tapis rouge à cette mascarade tout ce joli monde trouve pleinement sa place dans ce Parc des Princes de pacotille.

Si la défaite peut sembler injuste, imméritée, surprenante, elle n'en constitue pas moins la juste et légitime revanche d'un sport qui est avant tout une distraction, d'une nation qui voudrait enfin cesser d'être une monarchie honteuse et irrespectueuse, d'un public qui aimerait que le football redevienne un jeu d'enfant.

Deux jours avant la farce, le pied gauche du prodige parisien était devenu plus important que la guerre en Ukraine, le dérèglement climatique et les enjeux internationaux. C'était devenu une catastrophe nationale, prouvant à quel point nos médias marchent sur la tête. Jamais la volonté d'abrutir le peuple n'a été aussi forte et c'est fort opportunément en période électorale qu'il convient de l'anesthésier davantage.

Le pain est certes devenu de la viennoiserie de luxe mais les jeux n'ont jamais été tant exploités pour que perdure ce système vermoulu qui nous conduit dans le gouffre. Le réveil est brutal pour tous ceux qui s'extasient devant ce générique de pauvres pantins à l'ego inversement proportionnel à leur qualités humaines. Je plains sincèrement le prodige de Bondy, le seul à se distinguer quelque peu de ses collègues. Évoluer dans un tel contexte doit être un calvaire pour lui et je lui souhaite d'aller s'épanouir ailleurs.

À contre-pied.

 

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