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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La prophétie de l'aigle noir

Quand on insulte l'avenir.

 

 

 

Il advint qu'en ce royaume, un jeune homme arrogant tout autant qu'ambitieux désira s'emparer du pouvoir. N'ayant pas été élevé dans le sérail, l'intrigant se mit en demeure de jouer les flatteurs, d'user de salamalecs pour complaire au Prince sur le trône. Celui-ci, trop bonhomme pour la responsabilité qui était la sienne, déroula le tapis rouge à ce courtisan prometteur.

Le jeune Rastignac se mit en marche vers son grand dessein : bouter le pauvre monarque amorphe pour prendre sa place. Dans ce jeu du pouvoir, si tous les coups sont permis, le plus redoutable a toujours été la trahison. Le jeune loup aux dents longues le savait mieux que quiconque et usa à merveille de la rouerie, de la flatterie, des révérences pour endormir la vigilance de ce roi fainéant.

Point ne fut besoin de lui donner un coup de couteau dans le dos, Rastignac avait suffisamment bercé de belles paroles le Prince narcoleptique que celui-ci, de lui-même renonça à son trône pour y préférer un bon lit en charmante compagnie. Comment reprocher ce choix qui démontrait, un peu tard sans doute, que ce royaume avait à sa tête jusque-là un Prince se rêvant d'être tout ce qu'il y a de plus Normal !

Le Roi démissionnaire avait promis de renoncer à une énergie porteuse de lourdes menaces. Les temps n'étaient plus aux paris hypothétiques sur l'avenir afin de ne pas donner en héritage aux générations futures, un cadeau empoisonné pour des milliers d'années. Rastignac, un temps, garda cette ligne, histoire d'amadouer une opinion publique qui, progressivement, se rangeait à ce sage renoncement.

Une fois en place, le nouveau monarque, au nom de la plus hypocrite des raisons, le redoutable pragmatisme cher à nos gouvernants, évolua au gré des crises et des courants d'opinion. Ce qu'il avait promis lors de son intronisation n'engageait que les crédules et les idiots. Ne s'embarrassant d'aucun sentiment, le nouveau Prince fit marche arrière, pour redonner la part belle à cette énergie du diable.

Des voix s’élevèrent prétextant qu'il ne fallait pas insulter l'avenir, que nos enfants, petits-enfants et leurs enfants nous reprocheraient amèrement ce retour vers les terribles forces de l'Enfer. Rastignac haussa les épaules, lui qui n'avait pas d'héritier, se moqua éperdument d'un argument propre aux tenants de la lampe à huile et aux descendants des amérindiens. L'eau pressurisée allait remplacer l'eau lourde, qu'importe combien ça coûte, il fallait engager le pays dans l'aventure.

 

 

Rastignac, en véritable pile électrique regroupait autour de lui le noyau dur des lobbies nucléaristes. Il est vrai que le train de vie de son Palais, exigeait quelques piécettes. Refusant les jaunes par allergie à cette couleur, l'homme et son épouse avaient grand besoin d'oseille. Le billet vert ayant toujours provoqué une immense fascination chez lui.

Les dés en étaient jetés, le pays allait voir pousser le long de ses rivières, de nouveaux châteaux aux tours monstrueuses, des forteresses inexpugnables gardées par des vigiles pour le bien de la population. Le pacte avec le diable venait d'être à nouveau signé pour les temps futurs. Chacun pourra ainsi avoir son vélo, sa trottinette, ses appareils, sa voiture, son chauffage, ses loisirs électriques puisque tel est l'avenir de la Planète.

Un musicien, un artiste, une bouche inutile dans l'esprit du Monarque, un être superflu et non avenu se mit pourtant à jouer de son instrument au pied du palais. Rassurez-vous, à distance suffisante pour échapper aux escouades armées qui gardent légitimement les occupants d'une résidence à l'abri de l'infâme populace.

Petit à petit, les notes du joueur de harpe firent écho dans la foule qui ne cessait de se regrouper autour de lui. La douce mélodie de son instrument eut le bonheur de complaire aux humbles, aux gueux, aux miséreux ainsi qu'à tous les braves gens las de s'entendre souffler dans les oreilles des airs de pipeau. Un murmure puissant se mit en branle, la mélodie entêtante gagna une partie du royaume, toucha les êtres doués de raison.

Le Monarque, excédé par ce murmure fit envoyer le bras séculier pour confisquer le bel instrument, mettre aux fers le musicien et disperser la horde pacifique qui l'accompagnait. C'est alors que de la nue, surgit une nuée d'oiseaux noirs, oiseaux de mauvais augure avec à leur tête, un animal gigantesque doué de parole : un aigle noir...

Le puissant rapace s'adressa directement au Monarque, lui affirmant sans détour que s'il ne modifiait pas son projet, le malheur s'abattrait sur son peuple sept générations plus tard. Un immense éclat de rire provint du palais. Le monarque sur son trône répondit : « Peu me chaut de ce temps lointain. Je n'ai pas de descendant et n'ai que faire de ce qui adviendra après moi ! Soldats, chassez ces maudits oiseaux de malheur et tirez donc sur la foule de mes opposants !»

Le temps passa, les centrales poussèrent à nouveau le long de nos rivières comme des champignons atomiques. Les vieilles installations obsolètes et à bout de course, retrouvèrent un semblant de jeunesse. On les rafistola de briques et surtout de broc pour satisfaire à la demande toujours plus grande d'électricité.

 

Les premières générations connurent quelques satisfactions jusqu'à ce que les premières catastrophes d'envergure rappellent à tous que ce pays n'était pas à l'abri de ce qui c'était passé ailleurs. Il y eut des victimes par milliers, des malades par millions qui souffrirent longtemps dans leur corps avant que de succomber. On oublia la prophétie de l'aigle noir, le monarque plus encore. Un certain Rastignac reposait au Panthéon à côté d'une certaine Yvette Horner. Ce mausolée ne signifiait plus rien du reste.

Sept générations plus tard, dans un territoire dévasté par le dérèglement climatique, les tempêtes, les cyclones, la misère, la radiation, un musicien surgit d'on ne sait où. Il jouait de la harpe, une douce mélodie qui entraîna derrière lui quelques personnes. Mystérieusement, il y a parmi les survivants de ce territoire dévasté encore des gens capables, sans trop comprendre pourquoi, de suivre ce porteur de douceur. Une colonne se mit en branle à sa suite, une nouvelle croisade pacifique qui se mit en marche pour fuir le pays irradié.

Quand ceux-là furent loin, des nuées d'oiseaux surgirent de nulle part. À leur tête un aigle noir qui ne cessa de dire à tous ceux qui étaient restés ici : « L'heure est venue de la prophétie. L'heure est venue pour le châtiment ! ». La population avait bien d'autres tracas pour se préoccuper de cette menace qui ne faisait qu'ajouter à leurs innombrables difficultés quotidiennes. Personne ne se soucia de cet étrange phénomène.

Quand les oiseaux eurent survolé tous cette nation qui avait été autrefois le doux pays de France, le malheur s’abattit soudainement sur les descendants de tous ceux qui, il y a sept générations avait soutenu un certain Rastignac, Monarque sans descendant ni honneur. Il n’y eut aucun survivant parmi ceux qui, il faut bien l'avouer, n'étaient pour rien dans le stupide et mortifère aveuglement de leurs ancêtres.

À contre-temps.

Sujet à retrouver dans ce roman toujours disponible

 

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Commenter cet article
J
C'est Nabum en plus d'être un bonimenteur et aussi un exégète.<br /> Il interprète l'Apocalypse de Saint Jean:<br /> - la prostituée représente Emmanuel Macron<br /> - la bête est le nucléaire civil.
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C
Jean<br /> <br /> surtout, ne pas le répéter