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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Une marmite culottée

On s'y attache

 

 

Une marmite, digne petite fille d'un chaudron qui en avait vu de toutes les couleurs, se plaignit un jour de l'origine de son nom. Si elle trouvait que ce mot sonnait bien aux oreilles et plus encore quand il permettait de mijoter un marmiton de bon aloi, elle s'étonnait qu'à l'origine son nom fut un adjectif peu glorieux qui signifiait Hypocrite.

Pour ceux qui aime donner leur langue au chat, l'occasion est fort belle de leur dire justement qu'ils ne seront ni chafouin ni chattemite en découvrant que l'animal en est la cause. Ce « mite » de l'ancien français n'était autre que notre greffier d'aujourd'hui flanqué d'une onomatopée de l'époque : « marm » des plus péjoratives. Elle donna par exemple marmonner, marmot, marmaille.

La marmite se trouva ainsi porteuse d'un mot peu flatteur sous le prétexte fallacieux de disposer d'un couvercle contrairement à la poêle qu'on tenait dans la main quand on n'est pas fainéant. Ce couvre feu cachant selon des lexicologues qui n'y connaissent rien en cuisine, le brouet qui mijotait loin des regards suspicieux.

La marmite pour se venger ne put leur botter les fesses. C'est là le drame des ustensiles qui ne reposent pas sur des pieds. Afin de parer le fondement qu'elle exposait aux flammes de la cheminée, elle se culotta, la belle, pour protéger ses aimables rondeurs. C'est ainsi que les esthètes s'attachèrent à elle et tournèrent le dos au chaudron qui était pendu à la crémaillère.

Le chaudron lui en tint rigueur. La tension entre eux mit en ébullition toute la cuisine. Plus la température montait, plus cela sentait le graillé. Qui a le cul noir n'a pas les fesses bien propres prétendent ceux qui n'ont rien compris à l'art culinaire quant aux autres, ils savent pertinemment que c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures confitures.

La querelle cessa à petit feu. La marmite investit la cuisine tandis que le chaudron alla se faire cuire bien plus qu'un œuf ailleurs. La répartition des rôles est essentielle dans une brigade en ordre de bataille, nos deux bretteurs en retinrent la leçon. La belle, trôna un temps sur une cuisinière à bois qui la régalait d'une chaleur parfaite. Hélas, le temps allait s’obscurcir pour cette pauvrette qui en fonte ou en cuivre ne pouvait rivaliser quand la cuisine se fit plus légère.

Les diététiciens, non seulement mirent le nez dans l'assiette en faisant la chasse au gras, au calorique et au goûteux mais plus encore, mirent les pieds dans le plat pour pourfendre tout ce qui pouvait être cancérigène, un épouvantail fort commode à agiter pour vendre de nouvelles cocottes. Ce fut un raz de marée dans les vaisseliers, l'inox et autres matières incertaines vinrent bouter notre marmite à l'entretien si délicat.

Elle rongea son frein, se bouchant les oreilles quand une prétentieuse pressée venait lui siffler aux poignées. Elle pensait son dernier repas arrivé, redoutant de finir en pot de fleur pour géraniums neurasthéniques quand elle eut un sursaut d’orgueil. Elle n'allait pas baisser pavillon, abandonner la partie devant cette cuisson minute. La vapeur n'attend que de la condamner, elle ne se laissera pas faire.

La marmite sonna la révolte. Elle convoqua le moulin à café, le presse purée, la bouillotte, la cafetière italienne pour se lancer dans une rébellion sans quartier. Mais l'ennemi n'entendait pas baisser la garde, une machine de guerre fit son apparition, un engin capable de tout faire et même de commander sur la toile les ingrédients. Un robot, un vulgaire supplétif des humains capable d'agir et de penser à leur place. La marmite n'acceptait pas que les ustensiles ne restent pas à la place qui était la leur : des collaborateurs zélés des maîtres queux. Elle se lança à court bouillon dans la bataille, brisant la prise de l'intrus qui le raccordait au courant dominant.

Le thermomix rendit non point l'âme, il en était dépourvu, mais les armes : larmes tranchantes, coupantes, broyantes et désolantes. L'électricité ayant disjoncté à tout jamais, revint le feu de bois en dépit des interdits gouvernementaux. La marmite se reculotta, elle venait de retrouver sa dignité.

À contre-courant

 

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