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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Tiré par les cheveux.

Farce capillaire

 

 

 

 

Tout avait commencé d'une étrange manière. Comme toutes les semaines, le rituel de la pause des bigoudis s'imposait à elle. Sa vieille tante conservait cette ultime coquetterie, certes quelque peu surannée mais à laquelle elle s'accrochait, en souvenir de son passé. Qui irait le lui reprocher ? Quand un petit plaisir est aussi facile à satisfaire, il n'y a aucune raison de le refuser.

La pose des rouleaux avait commencé. Nièce et tante devisaient tranquillement, abordant comme à chaque fois le vaste et inépuisable sujet de la pluie et du beau temps avec, il faut bien l'admettre, un angle d'approche assez particulier. La vieille dame qui, jadis tenait salon de coiffure, avait un dada, une fantaisie toute personnelle ; elle avait élaboré une théorie météorologique sur l'effet du temps sur la chevelure.

La nièce, tout au début, avait tenté vainement d'éluder ce qui relevait d'une pure discussion spéculative, largement tirée par les cheveux. Mais à quoi bon. La dame s'accrochait d'autant plus à sa lubie que ses cheveux se faisaient plus rares. Elles n'allaient tout de même pas se crêper le chignon ni même couper les cheveux en quatre.

C'est alors que survint le drame, l'anicroche qui allait déclencher une tempête qui échappait aux prévisions de la dame. Coincé dans un rouleau, un petit papier s'était entortillé là par la grâce du hasard ou plus sûrement d'une intention coupable. La coiffeuse en herbe par curiosité, déplia la feuille et y découvrit un message.

Une personne bien intentionnée l'avertissait sournoisement que son compagnon menait une existence particulièrement échevelée dès qu'elle avait le dos tourné. Elle ne donna pas crédit à cette méchanceté gratuite, se demandant cependant qui pouvait bien lui chercher son époux dans la tête. Elle poursuivit, imperturbable en apparence, son délicat jeu de patience quand une autre missive fit son apparition.

Cette fois, le message était plus explicite, il était question d'une certaine Marie Rose qui avait l'heur de séduire le brave homme. Le venin de la jalousie se fraya un chemin. La malheureuse eut envie de s'arracher les cheveux si elle avait eu le bonheur d'en avoir encore. Elle sortait tout juste d'une terrible maladie qui vous laisse un temps le crâne dégarni.

Est-ce là la raison du comportement de son cher et tendre ? Elle aurait aimé tirer les choses au clair dans l'instant. La tête retournée, elle se mit à dresser les rouleaux sur la tête de la pauvre femme qui n'y était pour rien. La tante, interloquée, cessa de disserter sur les conséquences de la neige sur la nature d'une chevelure. Elle alerta sa nièce que quelque chose ne tournait pas rond.

La pauvre de s'excuser, prétendant qu'elle n'avait plus toute sa tête ce qui quand on pose des bigoudis n'est pas recommandé. Elle tenta de retrouver ses esprits, repoussant ses idées parasites quand justement, son mari fit son entrée, la bouche en cœur et l'humeur guillerette. Ceci eut le don de semer le trouble plus encore.

Il venait justement prévenir qu'il avait une visite à faire en ville et qu'il ne fallait pas l'attendre pour le repas. Il semblait signer son forfait sans qu'il fût besoin de lui tirer les vers du nez. La moutarde monta au nez de celle qui se croyait trahie. Ce fut une jolie empoignade, une bataille de chiffonniers. Les bigoudis volaient en tous sens devant la vieille tante médusée.

Quand le calme fut revenu, les belligérants n'ayant plus un poil de sec, la tante hirsute se gratta la tête pour tenter de comprendre la scène qui venait d'avoir lieu sous ses yeux. Le mari quant à lui tombait des nues, son comportement ne prêtant à aucune critique. S'il y avait anguille sous roche ce n'était pas de son fait. Qui donc avait pu ainsi vouloir semer la zizanie dans cette maison ?

Puis le pot aux roses fut mis à jour. Les bigoudis, source de ce drame conjugal provenait d'un cadeau publicitaire. La tante, ancienne coiffeuse je vous l'ai déjà dit, continuait encore de recevoir des échantillons professionnels dans ces fameux rouleaux envoyés justement par le fabriquant de Marie-Rose l'expert antiparasitaire.

Les messages glissés dans les rouleaux étaient destinés à faire sourire tout en attirant l'attention sur ce vilain hôte indésirable des cheveux. La chose avait failli tourner mal, à un cheveu près c'eut été un nouveau drame de la jalousie. À la suite de cette sombre histoire, la tante se fit des cheveux blancs et renonça à jamais à ces précieux rouleaux tout comme à sa théorie météorologique. Il n'est pas certain que la science s'en porte mieux pour autant.

À contre-emploi.

 

 

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