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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Remettre le couvert.

À mots couverts…

 

 

 

 

 

C'est à mots couverts que cette chose est curieusement dite. Il y a de la pudeur à mettre sur la table ce qui ne s'y passe que très rarement, quand l'appétit ne peut attendre de trouver un endroit plus confortable à moins qu'une envie particulière ne s'exprime ici par quelques fruits défendus. N'insistez pas, je ne vais pas mettre les pieds dans le plat pour vous dévoiler le sens profond d'une expression qui ne court pas les rues.

Je garde en bouche les délices de la chose, m'en pourlèche d'une langue gourmande. Ce couvert-là n'apporte aucun nuage sur un ciel totalement dégagé, dans l'espoir d'aller décrocher la lune ou bien une septième étoile. Le maître queux est en grande forme, la toque bien dressée sur l'occiput, il entend régaler encore les convives qui en redemandent.

Attardons-nous au préalable sur les préliminaires de ce repas particulier. La maîtresse de maison, enfin d'une autre maison, a soigné le décor. Elle a choisi sa plus belle vaisselle, n'hésitant pas à couvrir sa belle nappe en coton de frou-frous affriolants et d'un chemin de table du plus bel effet sur lequel elle a glissé quelques fruits défendus en guise de décoration.

Les verres ne pouvaient être qu'à pied, d'un cristal qui autorise à toutes les vocalises possibles et d'une transparence qui ne laissera rien à l'abri des regards. Le vin aura de la cuisse et -condition indispensable au projet initial- du retour. On peut envisager une longueur en bouche et un bouquet qui vous damne. Le rouge n'est pas recommandé, je n'ose comprendre pourquoi. Les bulles sont permises, pourvu qu'elles se glissent insidieusement dans d'autres réceptacles.

Les couverts, les véritables ustensiles de l'art de bien recevoir n'ont guère leur place en ce lieu en dépit de l'expression. Gardons-nous de nous piquer autre chose que le cœur, ni de trancher dans le vif. La douceur est de mise tandis qu'il est recommandé de se servir à pleines mains. Les bonnes manières sont oubliées, la braise est à point et la cocotte en ébullition, il est grand temps de se délecter.

Le choix du réceptacle peut s'avérer prépondérant. Il convient d'avoir des assiettes larges et profondes pour jouir pleinement de l'harmonie des couleurs et des saveurs. La porcelaine fine ou la faïence délicate vous laisseront dans des beaux draps. Il est permis, si le couvert est propice à la chose, de choisir la terre et ses incomparables libertés

Le premier service a donné ample satisfaction quoiqu'il ait laissé un goût de trop peu. Le service s'est-il montré trop chiche à moins que le plat, tout juste tiède a été avalé trop vite ? Si c’est le cas, le risque est grand d'avoir déçu tout comme probablement sera le refus d'une seconde fournée. On ne remet le couvert que lorsque la satisfaction des papilles a enchanté les partenaires.

Remettre dans pareil cas le couvert exige d'avoir prévu en conséquence ou de disposer de solides réserves. Ce n'est hélas pas toujours le cas, l'âge aidant, les portions deviennent congrues. Il faut, dans pareil cas, éviter de picorer ailleurs avant que de passer à table. Les mises en bouche cependant conservent leur intérêt, elles sont même de nature à suppléer quelques défaillances au niveau de l’arrière-cuisine.

Toujours est-il que ceci ne nous regarde pas. Chacun fait comme bon lui semble ou comme sa nature le lui permet. Qu'il ou qu'elle évite au demeurant d'user dans pareille circonstance d'une telle expression pour glisser à l'oreille ce qui n'y a guère sa place. Les délices de cette table n'ont nul besoin de s'afficher sur une carte, que vous soyez menus ou replets. Le régime peut attendre, l'heure est à l’hédonisme... Vous en reprendrez bien un peu ?

À contre-sens

 

 

Merci à Magritte

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