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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Œil pour œil

L'histoire sur les dents.

 

 

 

Un lynx fit les yeux doux à un bœuf. La chose peut vous sembler extraordinaire et pour le moins disproportionnée et vous n'auriez pas tort de penser que je dois à la vérité de vous préciser que le bovin était borgne tout autant qu'émasculé. Il y a dans le monde animal des espèces qui semblent récolter bien des désagréments sur leur parcours et ce, bien souvent par la faute des hommes.

De son côté, le lynx n'était guère épargné non plus. Depuis que Pline l'ancien joua fort maladroitement de la confusion, l'homme qui passe pour l'incontournable référent « faune » de l’époque, évoque un loup-cervier « à la forme du loup et la robe du léopard ». Emboîtant son pas incertain, de nombreux observateurs adoptent le terme de « loup-cervier » pour décrire un vilain, indifféremment lynx ou loup et terrible prédateur n'hésitant pas à se faire les dents sur les humains.

Le bœuf savait la chose et regardait d'un mauvais œil les tentatives d'approche du félin. Il se demandait comment son soupirant parviendrait à pénétrer dans cette crèche qui lui servait de protection. Si l'entrée était ouverte à tous les vents, trois curieux personnages montaient la garde, l'œil directeur collé à la mire d'une arme. Le lynx ne s’aventurera pas de ce côté-là à moins de vouloir prendre du plomb dans la tête.

Hélas, manquant singulièrement de clarté près de la mangeoire, un menuisier qui avait été contraint de loger là son épouse sur le point d'accoucher, décida de percer une petite lucarne ronde dans la paroi. En manque d'imagination, le brave Joseph, jetant un regard circulaire autour de lui pour nommer la chose, jeta son dévolu sur l'unique œil valide du taureau castré.

L'âne se mit à braire quand il comprit que son compagnon entrerait dans la postérité par cette ouverture tandis que lui tiendrait toujours le mauvais rôle dans cette histoire de nativité. Il ne se trompa guère en effet et le malheureux passa toute sa vie à promener sur son dos des prélats qui se prélassent, papes ayant des mules aux pieds et moines au ventre gras. Mais ceci est une autre histoire, revenons à nos moutons.

Car, j'avais omis de signaler leur présence, dans la crèche, ce sont les ovins qui redoutaient le plus l'intrusion probable du terrible prédateur. Certains d'entre-eux du reste avaient si peur que leur pelage se mit à défriser. Curieux phénomène du reste qui contraria Joseph qui avait l'intention de couper la laine sur le dos des ovins pour faire une couche douillette pour l'enfant que sa femme Marie venait de mettre au monde.

Le chérubin justement, né sous une bonne étoile n'avait rien à craindre du fauve qui attendait son heure pour entrer en tapi-mini dans l'endroit. Ce fut justement au douzième coup de la minuit, alors que Marie donnait du Saint à son nouveau-né, que le lynx fit irruption dans la scène… L'âne tenta bien de lui envoyer un terrible coup de pied dont il a le secret mais il fut arrêté dans son mouvement par Joseph qui prônait déjà l'amour et la fraternité. Le bœuf allait jouer des cornes quand Marie, horrifiée s'exclama que c'était là pratique du Malin. Devant son petit Jésus à qui l'on donnerait le bon dieu sans circoncision, il ne fallait pas agir de la sorte !

Profitant de la confusion et de cette protection divine, le lynx s'approcha à pas de loup (d'où la confusion de Pline l'ancien) de la mangeoire où venait d'être le petit enfant. Pendant ce temps, les trois vigiles à l'entrée, exténués par un long voyage à dos de chameaux et enivrés des vapeurs d'encens, dormaient d'un sommeil de plomb.

Joseph s'agenouilla devant le lynx, le suppliant d'épargner le fruit des entrailles de son épouse. L'animal, indifférent à ses prières s'empara de l'enfant et repartit par le même chemin. L'aventure tourna court, tout le rituel était à reconsidérer. C'est sans doute grâce à ce terrible sacrilège que la vie sur Terre en fut plus apaisée. Seul le lynx ne tira pas son épingle du jeu.

Bien des années plus tard, en 1645, François Lemaire, l’ascendant lointain de Franck, un célèbre animateur de Radio Arc en Ciel, signala dans ses écrits la présence d’un « loup-cervier » qualifié de « lynx » dans la forêt d’Orléans. L'histoire de la bête d'Orléans allait naître pour ternir un peu plus encore la réputation du pauvre animal.

Seule la pierre de lynx, cette gemme aux propriétés supposées magiques, redore quelque peu son blason. C'est le philosophe grec Théophraste qui lança la légende du lyngurium, ce don de la nature né de l'urine pétrifiée du lynx qui avait dévoré le chérubin. On se perd en conjectures pour tirer le vrai du faux dans cette histoire.

À contre-sujet.

Pour en rire à pleines dents !

 

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