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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Mettre les pouces.

La formule lapidaire de l'époque.

 

 

 

Jusqu'alors mettre les pouces signifiait cesser de résister, renoncer, s'avouer vaincu tout en restant beau joueur et en reconnaissant à son adversaire les mérites de sa victoire. Nous pouvions tout aussi bien évoquer le charmant conte de Tom Pouce afin que ce doigt qui démontre chaque jour son indépendance dans une main dont il sert de pince. Le pouce vivait sa vie tranquille, prenant parfois la clef des champs en tendant la perche à un automobiliste afin d'aller plus loin.

Puis est revenu le terrible souvenir du pouce pointé vers le bas tandis que les jeux du cirque refaisaient leur apparition dans une société qui perdait de vue les progrès qu'elle avait pu faire. Corolaire de celui-ci, le pouce en l'air eut le vent en poupe. Il marquait l'admiration sans emphase, joignant au geste un petit signe de la tête et pour en ajouter à la flatterie, un sourire, ce qui en ce temps-là encore, ne faisait de mal à personne.

Le pouce dans la bouche fut longtemps une marque de l'enfance avant que l'industrie ne souhaite lui substituer une tétine en matière plastique qui a l'immense avantage de s'égarer fréquemment ce qui n'arrive jamais à ce compagnon fidèle. L'importance accordé à cet ersatz de doigt pousse alors les parents dans des achats incessants. Il semble que les dentistes, toujours sur les dents, aient poussé à la mise au rencart de ce substitut maternel qui pourtant fit la fortune de bien des orthodontistes.

 

Le pouce s'accroche aux branches, c'est du reste ce qui fit la supériorité supposée de notre espèce et de nos cousins primates. C'est sans doute pourquoi, ayant baisser pavillon pour des motifs d'hygiène bucco-dentaire, il revint en force non pas par la petite porte mais, pour montrer son indépendance d'esprit, par la lucarne de l'écran.

Ce fut un triomphe au point même que nombre de mes collègues internautes se font un devoir de les comptabiliser chaque jour, preuve selon eux qu'ils sont aimés, admirés, adulés par des amis de passage. Ce pouce en l'air a même la curieuse capacité de faire pleuvoir des subsides à ceux qui les accumulent par pleine poignées.

Le pouce s'est ainsi taillé un joli succès, une formidable réputation pour tous ces gens, prompts à se satisfaire d'une communication réduite à sa plus simple expression. Si les mots leur manque, je leur conseillerais de prendre toute la main pour se mettre au langage des signes, forme plus élaborée que ce symbole réducteur et à mon goût des plus vulgaires.

J'ai envie de mettre les pouces au rencart, de prier chacun de prendre la peine de retrouver l'usage d'une langue qui semble ne plus satisfaire aux exigences d'une communication à coup de lance pierre (je renonce au terme lapidaire qui échappe à nombre de mes contemporains pouceurs). Un adjectif bien senti ferait tout aussi bien l'affaire et vous pousserait à enrichir votre vocabulaire avant qu'il ne se réduise aux seuls émoticônes.

Retrouvant le vieux réflexe de mes jeux d’enfant, je vous dis à tous « Pouce ! » pour que cesse provisoirement la partie, jouant ainsi du drapeau blanc, de la trêve afin que chacun comprenne désormais que ce maudit pouce bleu me sort par les yeux. J'avoue l'avoir échappé belle car ainsi dressé fièrement vers le ciel, tel une menace sournoise, il eut pu tout aussi bien se loger en un autre endroit plus malcommode.

Faites-moi donc plaisir, n'usez plus jamais de cette misérable facilité pour éventuellement marquer une adhésion à mes macérations textuelles quand ce n'est hélas que pour apprécier un cliché qui n'est là que pour illustrer mon propos. Écriveur compulsif, je suis en droit d'attendre de vous un mot, une phrase, un petit commentaire écrit en français mais de grâce, plus jamais ce signe hideux d'une pensée qui a passé la main.

À contre-main.

 

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