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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Ma poule au pot

Impossible d'y échapper.

 

 

 

 

Natif d'un village ligérien qui donna son nom à l'un des plus grands ministres du Royaume, j'ai grandi avec en tête cette déclaration prêtée à son ami et roi notre bon Henri IV : « Si Dieu me donne encore de la vie, je ferai qu’il n’y aura point de laboureur en mon Royaume qui n’ait moyen d’avoir une poule au pot le dimanche. »

La poule au pot, curieusement resta longtemps dans mon imaginaire. Les plats dominicaux boudèrent la recette d'autant plus aisément que nous n'avions pas de poulailler. C'est le lundi que le marché aux volailles offrait la possibilité de mettre une poule dans le pot. Le roi de Navarre devait pardonner cette petite entorse au calendrier.

Quant à nos parents laboureurs, si jamais nous leur rendions visite le dimanche, justement, c'était le plus souvent pour célébrer le cochon sous toutes ses formes. La volaille attentait sa dernière heure, après l'inévitable partie de Manille, pour rendre l'âme afin de quitter sa Beauce natale pour aller honorer une table en bord de Loire.

Dans ce contexte, longtemps, très longtemps, j'ai oublié d'honorer la recommandation du Vert Galant. Puis les années passant, le grand-père que je suis devenu a retrouvé l'esprit de l'enfance pour mettre les petits plats dans les grands. La Poule au Pot depuis mérite les majuscules, elle s'est faite plat de fête et de réception.

Naturellement, je ne pouvais me satisfaire des suggestions de Marmiton tout autant que des autres guides numériques de la cuisine en vidéo. J'avais bien l'intention d'apporter ma touche personnelle à ce plat qui suppose qu'on y consacre une matinée entière et une grande partie des ustensiles de cuisine.

Le robot prohibé pour rester au cœur de la tradition, il me fallait apporter une touche personnelle pour en sortir quelque peu. Il en va toujours ainsi, un pied dedans, un pied dehors, c'est ainsi qu'on fait son propre chemin. Je vais donc vous imposer par le menu ma poule au pot rôtie, car voyez-vous, c'est ainsi que je mélange les plaisirs.

Au chant du coq, allez dans votre cuisine tandis que la maisonnée dort encore. Un dimanche de Poule au Pot vous contraindra à faire le sacrifice des viennoiseries. Nous n'aurez pas le temps de satisfaire à ce rituel qui s'avérera totalement superflu. En ce dimanche, nul risque d’hypoglycémie pour les vôtres.

Plongez votre poule dans un récipient de belle taille. Elle doit s'y sentir à son aise, c'est essentiel. Mouillez-la de la totalité d'une bouteille de vin blanc que vous sacrifiez à l'autel du détail essentiel. Complétez le bain de la dame d'eau froide afin qu'elle soit entièrement recouverte. Vous pouvez débuter la cuisson à feu modéré. Il est huit heures.

Il vous appartient ensuite de déposer des légumes de saison dans le pot qui n'est pas encore en ébullition. C'est à vous de viser juste car il s'agit de ne pas interférer sur les petits déjeuners en décalé qui ne vont pas manquer de défiler dans la cuisine. Les premières effluves auront cependant un caractère dissuasif qui empêcheront vos visiteurs de s'éterniser.

 

Oignons, carottes, navets, poireaux, céleris, panais, bulbes de cerfeuil viendront rejoindre la poule dans ses ablutions. Je vous laisse juge de l'ordre d'entrée en scène des participants à la fête gourmande. Pour les épices, chacun voit midi à sa porte. Je ne veux pas inférer des aventures que vous jugerez par trop exotiques.

Deux heures plus tard, le premier pot est prêt. Laissez donc refroidir un peu durant un quart d'heure et tentez de trouver un créneau dans la salle de bain. La suite ne vous laissera pas le temps de faire un brin de toilette.

Un peu plus présentable, vous allez sortir la volaille de son bain. Placez la dans un réceptacle puis sortez les légumes que vous déposez dans un volumineux plat à four. Filtrez le brouillon de cuisson pour différents usages. Le premier constituera à faire un fond de cuisson pour la phase suivante : la cuisson au four. Libre à vous de choisir votre roux.

Les légumes mouillés de cette sauce recevront la poule pour être enfournés à une température de cent cinquante degrés. Vous n’omettrez pas de tourner la bête de temps à autre puis de relever la température au moment de l'apéritif. La poule à ce moment-là se parera d'une couleur mordorée qui en fera son charme.

Réservez une partie du bouillon pour y cuire plus tard le riz. Il aura le temps de refroidir d'ici là. Vous avez désormais du temps devant vous afin de préparer à votre convenance entrées et amuse bouches. Plus personne ne vient vous importuner dans la cuisine, vous pouvez être tranquille. Les derniers levés se passeront de petit déjeuner.

À l'approche du repas, le bouillon désormais froid, il faut préparer la sauce qui enchantera papilles et gourmets. Il convient de ne pas lésiner sur le beurre qui va fondre délicatement dans une cocotte (par respect pour la poule). Vous êtes libres de vos épices une fois de plus. Puis jetez la farine afin qu'elle se mêle intimement avec le beurre. Faites un roux avec le bouillon froid et battez-le énergétiquement au fouet. Une cuisson douce durant 20 minutes est recommandée.

Laissez refroidir avec l'incorporation d'une crème fraîche, battue elle aussi au fouet pour ne pas faire de jaloux. Puis au tout dernier moment, alors que le riz cuit tranquillement, incorporez un jaune d'œuf dans cette sauce pour soigner sa présentation.

La poule sera découpée et présentée sur un plat à part. Légumes, riz, sauce et poule encombreront largement la table. Il est conseillé de jouer de la rallonge pour que tous les plats trouvent leur place tout en garantissant une distance acceptable entre les convives. La poule au pot suppose de pouvoir déployer ses ailes pour manger à son aise et boire un vin rouge de qualité.

Si vous ne vous sentez pas le courage de réaliser ce plat merveilleux, je veux bien m'installer dans votre cuisine dès mâtine. Par contre, je vous laisserai la vaisselle. Bon appétit à tous !

À contre-emploi.

Vous pouvez me convier chez vous

Je fais la cuisine

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