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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

L'école buissonnière.

Son nouveau protocole.

 

 

 

 

Nous qui sommes d'une autre génération, l'école buissonnière nous évoque bien des souvenirs. Il y avait toujours en arrière plan, une envie de prendre la clef des champs, d'aller courir le guilledou ou bien de commettre quelques âneries bien senties. L'expédition se préparait longtemps à l'avance, il fallait d'abord déjouer la surveillance de tous les adultes de notre petit pays pour se détourner du chemin de l'école puis trouver un lieu à l'abri des curieux.

L'école buissonnière n'était pas sans risque. Tout d'abord, comme son nom l'indique, buissons et taillis finissent par laisser des traces sur les genoux. Il était bien difficile d'échapper aux griffures. Mais d'autres meurtrissures menaçaient l'aventurier à commencer par les gendarmes qui se mettaient à la recherche du fugueur. On ne plaisantait pas avec la déscolarisation à l'époque.

Car, bien que l'immense réseau de surveillance numérique ne soit même pas dans les tuyaux, l'information circulait rapidement. Dès le midi, les parents étaient au courant de l'absence de leur rejeton qui aurait dû se trouver à l'école. Il y avait toujours un bon camarade pour venir prendre des nouvelles et ainsi déclencher l'alerte.

Le retour à l'école, la tête basse et la conscience lourde, s'annonçait fort délicat. Il n'y avait pas moyen d'échapper à la leçon de morale, aux rattrapages des cours et des exercices auxquels il fallait ajouter une belle punition : un verbe à tous les temps, tous les modes et toutes les personnes (heureusement en cette lointaine époque,le pronom EIL n'existait pas encore !). Parfois, la faute avait été si grave, que le fugueur se trouvait contraint de changer d'école afin d'aller goûter les joies de l'internat.

C'était une autre époque où toutes les écoles du notre douce France respectaient les mêmes horaires. Celui qui traînait dans les rues avait toutes les chances de se faire remarquer. Depuis, comme pour encourager la chose, il est bien compliqué de se retrouver dans un capharnaüm soigneusement organisé. C'est à croire que tout est prévu pour favoriser la mise au vert des élèves.

 

Notre nouvel adepte de l'école buissonnière peut s'émanciper de la scolarité obligatoire en fuguant avec un ordinateur muni d'une connexion. Il prétendra faire de l'enseignement à distance et si le cœur lui en dit, il pourra même pousser bien plus loin. L'exemple venant d'en haut, il a tout intérêt à se rendre à Ibiza, le paradis sur terre pour ceux qui échappent aux règles communes : footballeurs professionnels, fêtards sous psychotropes, exilés fiscaux et depuis peu ministre de l'éducation nationale.

Tout ce joli monde de la transgression des règles communes, du mépris et de l'argent qui dégouline constituera à coup sûr la meilleure école qui soit pour que notre écolier dissident s'intègre parfaitement dans la nouvelle société du monde d'après. Il découvrira que la transgression, la vie hors des règles communes, le mépris, l'indifférence à la plèbe sont les conditions pour faire son chemin dans l'existence.

Voici donc le nouveau protocole pour le candidat à l'école buissonnière. Il lui faut prendre le large, s'éloigner d'une nation placée sous le joug d'une surveillance permanente. Pour jouir de sa liberté d'aller à sa guise où bon lui semble, l'écolier buissonnier déploiera ses ailes pour trouver un petit paradis, un espace libéré des contraintes et des passes de toute nature.

Avant de choisir une destination, l'écolier attentif se devra de suivre les pérégrinations de ceux qui nous gouvernent ou bien jouissent sans honte d'une liberté qui désormais nous est refusée. La seule certitude pour lui est d'éviter soigneusement l'Australie, il ne resterait pas plus de trois secondes dans la raquette.

À contre-exemple.

 

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