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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Histoire de la jauge

Sur la réserve.

 

 

 

 

La panne sèche au bout du voyage fut longtemps une sourde angoisse pour celui qui naviguait à vue ou au jugé sans instrument de bord pour le renseigner sur l'état de ses liquidités ou de ses ressources en carburant. Certains jetaient alors un regard désespéré à leur nourrice, espérant sans doute qu'elle leur donnât encore le sein pour achever le périple. D'autres, ouvraient le bouchon du réservoir en plongeant un œil angoissé dans ce gouffre ténébreux. Rien alors ne donnait le moindre renseignement sur l'espérance de roulage dont nous disposions encore.

Nous avions alors recours à un déplacement frénétique, les fesses serrées et les mains agitant fébrilement le guidon pour que les dernières gouttes nous épargnent l'humiliation de finir à pied en poussant notre engin. Nous enviions alors secrètement les automobilistes qui quant à eux, disposaient d'une jauge, d'une baguette qui, plongée dans le réservoir, laissait percevoir une trace à sa remontée, pour juger des perspectives d’autonomie.

Bien sûr, il fallait disposer d'un chiffon pour au préalable, effacer les marques supérieures provoquées par les chaos, nids de poules et autres anfractuosités routières. Nos chemins d'alors n'étaient pas de longs rubans de bitume parfaitement plats, ils ne le sont d'ailleurs plus désormais faute de réserves financières pour entretenir nos voies vicinales. Il faut cracher au bassinet autoroutier pour disposer du droit à la platitude sans relief.

Puis, un écran est venu apporter les mirages de la technologie. Un demi-cercle étalonné ou bien une colonne multicolore pour avertir de la baisse progressive des ressources en dérivé pétrolier. Les étourdis oubliaient de jeter un œil sur ce témoin de la consommation qui avait tendance à agir par palier, se réveillant soudain pour descendre d'un étage ou d'un cran à la toute dernière limite. Le traître pouvait ainsi nous laisser en carafe un bidon à la main.

Les ingénieurs se penchant sur le problème trouvèrent la parade avec un signal d'alerte, un voyant lumineux sonnant le rappel : la fin est proche, il faut se vider les poches pour remplir l'outre à taxes pétrolières. Le coup de marteau sur la pompe vous fait un trou dans votre budget ce qui est moins grave que dans le réservoir. Pour parer tout risque de tomber en rade, désormais, votre ordinateur de bord joue les dames Irma de la voyance routière en calculant la distance encore permise par l'état de vos ressources.

Vous voyez ainsi que la jauge en l'espace de moins d'un siècle a fait des progrès considérables vous épargnant de jauger à vue d'œil ou le petit doigt en l'air. L'électronique s'est mêlée à l'affaire pour calculer à votre place, faire des plans sur la comète et même décider à votre place de l'itinéraire le plus favorable. Le calcul se fait automatiquement et personne ne viendra déjuger la jauge.

Ce qui est vrai dans le monde de la technologie ne peut s'appliquer dans les hautes sphères d'un pouvoir en fin de parcours, sur la réserve depuis la première crise et qui a pris l'habitude non de naviguer à vue, mais bien plus confier toutes les décisions au grand timonier qui lui s'entoure de comités ad-hoc pour au final ne tenir compte que de sa seule estimation au jugé.

C'est ainsi que la jauge est revenue au premier plan sans la moindre nuance ni le plus petit appareil de contrôle. Le grand patron seul fixe la limite à laquelle le petit voyant rouge s'allume avant d'user de la baguette non pas pour vérifier la mesure mais pour frapper aveuglement sur les têtes qui dépassent.

Par contre, la jauge au palais se veut fixe, les calculs savants ne sont pas accessibles au commun des mortels que nous sommes. Il convient de simplifier au maximum les injonctions qui nous sont imposées, nous en avons la démonstration très régulièrement avec les protocoles et les directives, tous clairs comme de l'eau de roche. Pour les stades et les grandes salles, un nombre tombé du ciel, sans risque de confusion est bien plus facile à comprendre qu'un pourcentage qui semble inaccessible à ces pauvres gens assommés de mesures contradictoires. Heureusement que quelques parlementaires ont usé pour une fois de leur droit à l'intelligence en rectifiant la mesure. Que c'est triste un Pouvoir qui manifestement se retrouve en panne sèche. Le voyant est au rouge, je crains qu'il faille changer de pilote. Il perd toute courtoisie au volant.

 

À contre-mesure.

 

Voilà une salle de spectacle qui s'émancipe de la jauge


 

et du Pass(e) sous toutes ses formes ...

 

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