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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Les Chiens et les pastoureaux.

 

Encore une légende venue d'Amiens.

 

 

 

 

Amiens et Orléans ont eu dans l'histoire une curieuse relation, un lien évanescent inauguré en 850 par la faute d'une curieuse odeur de sainteté. La légende de la maille d'Or laissa durablement des traces entre la cité voisine de Beaugency et la ville de Picardie. Longtemps, le 13 janvier, les étudiants venus du nord allaient réclamer leur dû en bord de Loire tandis qu'un orléanais présent dans la belle cathédrale picarde, se voyait affublé d'une paire de gants blancs. L'histoire vous ayant déjà été contée, il faut passer les étapes pour une nouvelle aventure picaresque.

Cette fois, nous sommes en 1251, notre Bon Saint Louis, neuvième de la série des Louis se morfond, prisonnier qu'il est des infidèles. Un mouvement populaire d'une rare virulence va partir d'Amiens à l'initiative d'un vieil homme : Jacques de Hongrie. Un physique qui impressionne, un charisme de prophète, une parole qui porte et séduit les plus humbles, il n'en faut pas plus pour qu'il regroupe autour de lui une armée hétéroclite de bergers et de paysans. La croisade des pastoureaux se met en branle et son cortège d'exactions, de crimes antisémites et de vilaines actions. En notre époque, il se serait lancé dans l'épopée de la campagne présidentielle. Autre temps, autres mœurs, il se dit qu'une croisade le fera entrer dans l'histoire.

Fort d'environ cinquante mille fidèles, Jacques de Hongrie se dirige en une vaste procession pédestre vers la Capitale où Blanche de Castille le reçoit fort aimablement. La régente est favorablement impressionnée par celui qui promet la libération du roi. La troupe, encouragée par le soutien royal, prend le chemin du sud, celui qui devrait logiquement les amener sur les rives de la Méditerranée. Orléans ne sera qu'une première étape qui laissera malgré tout plaies et drames derrière elle, une sorte de mise en jambe en somme.

Jacques en bon berger qu'il prétend être s'en prend vertement aux mauvais collègues, ceux qui sous prétexte de mener le troupeau des fidèles usent et abusent de leur pouvoir. Il dénonce la corruption d'une église qui se met plus volontiers au service des puissants que des braves gens. Le mouvement des pastoureaux est à l'inverse, la révolte des humbles, des gueux, des manants.

Curieusement, dans la cité, sur la place des quatre-coins, Jacques le hongrois fait grande harangue, discours véhément devant les bourgeois de la ville. Il tance, il montre du doigt les clercs de l'université et ces étudiants qui se croient tout permis. Ses propos ne donnent pas dans la nuance, ils échauffent les esprits tant et si bien que l'enthousiasme vire à l'émeute.

Les coups pleuvent, les armes sortent des fourreaux et laissent vingt-cinq clercs sur le carreau. Le sang appelle le sang, un « escolier » qui a eu l'outrecuidance de traiter le meneur d’hérétique, sera réduit au silence d'un coup de hache sur le crâne. Il rejoint là les cadavres de ses pairs qui ne sont pas comptabilisés par la chronique de l'époque.

L'épisode laissera bien des plaies et des dissensions dans la ville. Les écoliers et leurs maîtres vont pointer du doigt la complicité des bourgeois de la ville, assez heureux semble-t-il, de cette révolte qui en rabaisse un peu de la morgue des lettrés et du clergé. Dans une chronique, pour la première fois, sous la plume de Nicolas Paris, sont évoqués Les Chiens d'Orléans. La formule aura beaucoup de succès, trouvant sans doute une part de vérité qui lui assure une postérité jamais démentie. Plus tard, on essaya bien de noyer le poisson en affirmant que ce Chien était un canon qui défendait la ville lorsqu'elle fut protestante. Un épisode vite oublié.

La réputation quant à elle fut soigneusement peaufinée au fil des époques. Les guêpins s'en chargèrent pour piquer les maudits chiens. La rue des Pastoureaux demeure, elle a effacé les traces de sang sur le pavé. D'autres crimes émaillèrent la vie d'une cité qui accumula les épisodes scabreux. Le bûcher des hérésies le 28 décembre 1022 avait ouvert le bal d'un millénaire qui sera particulièrement agité, sanguinolent et trouble. Les orléanais ne donnant jamais leur part aux chiens pour le meilleur et parfois le pire.

À contre-pied.

 

 

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