Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Les Chalets de Joseph

 

Le miracle de la Noël

 

 

 

Il est des écrins qui transforment le plomb en or. C'est ce qu'on appelle sans doute, la merveilleuse magie de Noël. L'art et la manière de remplir le grand-œuvre alchimiste est désormais à la portée du premier gougnafier venu. Il suffit d'un joli tour de main, du sens de l'illusion et de la complicité des pouvoirs locaux pour que sa bonne fortune soit faite. Bien sûr, il demeure des impondérables, le mystère de la matière première et parfois la sagacité des gogos viennent mettre des bâtons à ski dans le traîneau de l'homme à la pelisse. Mais reprenons tout depuis le début…

Il est une fête qui sacralise le renouveau d'une nature qui s'enfonçait dans une profonde nuit. Le jour le plus court de l'année était aussi le point de départ du retour en lumière. Pour accompagner cette lente résurrection naturelle, les humains d'alors, le nez dans les étoiles, imaginèrent des célébrations autour du feu, du houx, de la naissance.

Un petit Jésus qui n'était pas encore en culotte de velours servit d'étoile naissante dans un environnement médiatique qui n'était pas aussi prompt à brûler ses idoles. Le succès de la parabole fut d'autant plus spectaculaire que tous les ingrédients avaient été réunis pour toucher les cœurs et l'imaginaire : la grotte, l'âne et le bœuf, la paille et la nuit étoilée pour ne citer que les plus connus.

Puis, les siècles passant, il fallut trouver un rôle clef à ce brave Joseph qui jusqu'alors, il faut bien le reconnaître, s'était contenté de tenir la chandelle. Comme il aimait son métier de charpentier, l'âne lui souffla à l'oreille qu'au lieu de cette grotte humide et mal isolée, une petite cabane en bois ferait bien mieux l'affaire.

Joseph se mit aussitôt à l'ouvrage, enthousiasmé par cette suggestion. Maniant la varlope et l'égoïne, la gouge et le saint Trusquin, il réalisa des prodiges. Ainsi, ce fut l'immaculée construction d'un petit chalet en bois, tout de blanc décoré. Les animaux de l'étable émirent malgré tout des réserves, le charpentier avait négligé de leur prévoir un accès assez large. Autre souci, les normes environnementales n'en garantissaient pas l'autonomie énergétique ce à quoi, Joseph répliqua que Dieu dans sa grande mansuétude y pourvoira par la grâce de la fée électricité.

Qu'importe ces petites anicroches, le chalet remplit d'aise les marchands du temple qui se dirent qu'il y avait là l'occasion de se refaire la cerise. Ils s'approprièrent la chose, laissant le couple et l'enfant sur la paille pour asseoir leur bonne fortune. Un aménagement fut même réalisé par Joseph, bonne pâte s'il en est, qui pensa à un grand volet rabattant sur la façade afin de faire de chaque chalet, une merveilleuse petite boutique.

Dans l'euphorie de cette transformation, les chalets se parèrent d'étoiles, de guirlandes, de tout ce qui peut évoquer la grande symbolique de la renaissance. Tapissées de soieries ou de papiers brillants, les petites cabanes devinrent des écrins étincelants qui attirèrent les gogos. Se posait encore le contenu, ce qu'il convenait d'y proposer à la vente pour provoquer un réflexe pavlovien d'achat inconsidéré.

Joseph se désintéressa de cet aspect de la question. Il avait apporté sa pierre, ce qui, pour un charpentier, est considérable, c'était donc aux marchands de faire preuve d'imagination. Le miracle se déroula à Cana, non pas le jour des noces mais lors de la célébration moins connue du divorce des fameux époux. Les premiers chalets de Joseph avaient été dressés sur la place pour y accueillir les nombreux invités.

Judas en personne, soucieux de tirer un peu la couverture biblique à lui, multiplia les marchandises afin d'agrémenter les différents chalets. Le premier marché de Noël voyait le jour dans l'euphorie générale. La liste des produits ainsi proposés à la voracité des présents laisse pantois les gens raisonnables. Le clinquant, le toc, l'inutile, le futile, l'incongru, l'insipide, l'indigeste et l'inesthétique se disputèrent le premier rôle. Le succès fut tel que par la suite, chacun s'évertua à ne vendre que des babioles. Le miracle des chalets de Joseph fonctionne encore, paraît-il !

À contre-emploi !

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article