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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le peuple souverain ne vous salue point.

 

Déchirons l'étiquette…

 

 

 

Une belle brochette d'élus de la République est alignée devant un parterre de citoyens attentifs. Le moment est venu d'inaugurer officiellement une manifestation culturelle que je ne peux citer, pour ne froisser que le minimum de gens possible. Rien ne peut se faire sans discours pompeux, c'est ce qu'on désigne sans doute par la Pompe de l'État.

Le jeune maire de l'endroit se fend, en tant que puissance invitante et organisatrice, du premier discours, qu'il a l'élégance de faire bref. Une collègue, plus portée puisqu'elle n'en est pas à son premier mandat, représentante d'une institution de rang supérieur, le reprend aimablement de volée, lui signifiant en public qu'il n'a pas respecté l'étiquette.

La dame, en bonne pédagogue passe de la remarque à la leçon appliquée, saluant tour à tour et dans l'ordre protocolaire, les hauts dignitaires de la monarchie locale. Le petit peuple aura droit à la portion congrue, se trouvant repoussé tout au fond de la brillante liste. Quant à ce qu'elle a pu dire ensuite, j'avoue n'en avoir rien retenu.

Puis se succèdent ainsi dans l'ordre inverse de ladite étiquette, les prises de parole de tous ces importants personnages, auréolés d'un mandat qui les place au-dessus du commun. Les gueux arrivant toujours au terme de leurs propos liminaires et néanmoins inauguraux. Le dernier de la liste, un vieux loup qui semble promis à l'éternité élective s'accapare la parole. Il montre sa grande expérience et son importance en gratifiant ceux qui n'en peuvent déjà plus, d'une longue péroraison qui passe du coq à l'âne sans oublier d'évoquer son mandat et les raisons qui nous ont réunis en ce lieu. Il parle surtout de lui-même, un sujet qui a le bonheur de lui plaire.

La farce des vanités achevées, le maître de cérémonie prend brièvement la parole pour expliquer son désir de changer un peu les codes d'une manifestation par trop engluée dans un déroulé des plus convenus. Pour attester de sa volonté de casser le rituel immuable, il convie devant la palanquée de représentants électifs un bonimenteur. Les dignitaires sont pris au piège, le pot qui généralement sonne la fin du pensum sera différé.

L'autre arrive dégingandé comme à son habitude, pieds nus et béret vissé sur le crâne. Il ouvre le bal à sa manière saluant en premier lieu les gueux, les pauvres misères, les braves gens, les citoyens ordinaires qui se sont déplacés ici. Il leur rappelle alors qu'ils sont les représentants illustres du Peuple Souverain, celui-là même qui est toujours salué en dernier par les membres de cette monarchie élective, plus soucieuse de l'étiquette que du respect élémentaire qu'ils doivent d'abord à leurs concitoyens.

Derrière le palabreur, point de réaction. L'écoutent-ils au moins ou bien se sont-ils mis en pause, vielle habitude qu'ils adoptent en situation cérémonielle. Puis le bouffon entame son numéro, usant de la parabole et de la fable pour évoquer le sujet qui les a tous réunis ici. Jamais il ne se tourne vers ceux qui sont pris au piège et doivent attendre avant que de pouvoir s'éclipser.

Il en termine avec son premier numéro, la chute lui impose un temps d'arrêt que des applaudissements ponctuent car ce petit peuple que les élites jugent inculte tout autant qu'hermétique à la culture, a apprécié la prestation. Le saltimbanque entend reprendre la parole pour un nouveau récit quand un micro s'ouvre derrière lui pour sonner la fin de la récréation. Il se voit ainsi couper la chique sans autre forme de procès.

Le vieux lion s'empresse de quitter les parages. Il fera le tour de tous les exposants à l'exception du troubadour irrespectueux, en dépit même de son travail sur les thèmes même qu'évoque sans cesse ce dignitaire de notre monarchie institutionnelle ; le territoire, sa culture, son histoire, ses lettres. Le peuple souverain n'a pas à disposer d'un bouffon, seuls les rois donnent la parole à leurs fous officiels et télévisuels et encore convient-il pour eux de bien les choisir.

Irrespectueusement leur.

 

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