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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le mystère d'une rivière.

Le mystère d'une rivière.

Elle se met en quatre pour cacher son secret.

 

 

 

L'histoire de ce Val est intimement liée – comment pourrait-il en être autrement – à la grande dame qui a façonné son territoire. Sans elle, il ne serait rien à moins qu'il ne se perde alors dans les sables et les noues de la Sologne toute proche. Pourtant, au-delà des apparences, la photographie d'aujourd'hui n'est sans doute pas le reflet d'hier et moins encore, les errements d'avant autrefois.

La Loire ne s'est jamais contentée de rester dans son lit. La diablesse a plus d'une fois joué les filles de l'eau, pour venir investir tout un domaine qu'elle a toujours pensé sien. Pour ne pas qu'il y ait la moindre ambiguïté à ce propos, elle a sapé le sous-sol, creusant à sa guise d'autres lits, qu'elle cacha aux yeux de tous.

Elle a aussi brouillé les cartes en passant d'un endroit à l'autre, changeant son itinéraire au gré de ses humeurs jusqu'à ce qu'on l'enferme, l'embastille dans des levées qui la prirent en otage. Condamnée à ne plus s'accorder quelques fugues, elle se contenta de terribles colères pour rappeler à tous que tout ce Val avait été jadis son domaine.

Histoire de ne pas se plier à la nouvelle foi qui l'a assignée au rôle de méchante, de terreur, la comparant si souvent à la bête diabolique qu'il fallait terrasser, elle n'a pas effacé les souvenirs de sa glorieuse période celte, en dépit des changements de nom, des baptêmes de force que l'église a voulu lui imposer.

Qu'on place sous le saint patronage d'un moine cénobite ou d'une sainte évanescente ses pierres magiques, ses fontaines guérisseuses et ses tracés anciens ne l'a nullement empêché de semer de ci et de là des petits cailloux pour rappeler à tous que l'histoire officielle ne sera jamais la sienne, dut-elle subir à son tour l'excommunication.

Les vestiges sont plus têtus que la réécriture des historiens, les falsifications des romains puis des francs. L'archéologie ne trompe pas celui qui sait regarder au-delà des apparences, la toponymie le renforce dans ses intuitions. Il cherche et trouve la petite bête qui atteste que le récit d'aujourd'hui n'est en rien celui qui a prévalu au temps jadis.

J'ai depuis longtemps une interrogation sourde à propos de ce petit ruisseau qui par quatre fois change son nom de baptême pour coller aux exigences d'une version centralisée de l'histoire. Son tracé plus encore, quand on prend la peine de s'y attarder, renseigne sur ce qu'a été il y a fort longtemps le cours de la dame quand les celtes lui faisaient la cour en l'honorant de bien des manières.

C'est à l'ouest de Sully, au lieu-dit Les Brosses que débute son petit périple de 34,2 km avant d'être absorbé par un nouveau-né aux ambitions plus grandes. Il se nomme alors la Bergeresse, sans doute pour honorer les moutons qui autrefois paissaient dans les herbes mortes. Puis, moins d'un kilomètre plus loin, à Bouteille, lieu emblématique s'il en est, il devient le Leu et pourrait même s'écrire avec deux L pour honorer le Dieu Lug.

À ce moment de son histoire, il s'approche si près de la Loire qu'on peut se demander pourquoi il ne s'y est pas jeté à corps perdu. C'est alors qu'on en vient à croire que ce n'est pas au contraire la grande rivière qui a bifurqué tout en perdant près d'un tiers de ses eaux qui disparaissent dans les entrailles du réseau karstique avant que d'écrire une nouvelle histoire 33 km plus loin.

Loire et Leu vivent ensuite un voyage similaire, une forme de voyage en couple mais à distance, redevenant la Bergeresse en s'approchant de Vienne en Val. Puis filant sur Saint Cyr, il deviendra le dhuy mot qui en vieux français équivaut à source ou canal tandis que le verbe duire induit l'action de conduire. C'est au sud d'Orléans que cette rivière sera investie par une résurgence qui imposera son nom et sa gloire en devenant Loiret : la petite Loire.

Paradoxe des dénominations qui fait disparaître celle qui fut certainement la Grande Loire dans le temps jadis. Car voyez-vous, sur son cours, elle a semé bien des trésors à commencer par le plus somptueux, celui de Neuvy-en-Sullias qui ne fait aucun doute sur la dimension sacrée de la dame Liger.

Lug avait déjà élu demeure officielle plus en amont à Lion-en-Sullias, nous allons trouver à Vienne-en-Val une fontaine Sainte Anne qui surgit de nulle part si ce n'est de la grande dévotion à la terre mère, à Dana ou Anna selon les versions. Pour se convaincre de ne pas faire fausse route, des vestiges archéologiques témoignent d'un culte à Jupiter, nouveau venu dans les bagages des romains pour dissimuler Taranis, le dieu du ciel et de l'orage.

L'effacement des cultes celtes n'a pas été que le seul fait des descendants de Clovis, les occupants romains avaient commencé l'opération de destruction des traces. Les catholiques accélérant le mouvement à plus grande échelle, baptisant à tout va ce qui pouvait permettre de gommer un passé qui n'était plus de mise.

Dana, Lug, Taranis, Cernunnos n'ont plus leur place dans notre panthéon. Pourtant, tous leurs attributs sont présents au musée archéologique d'Orléans. Il suffit de prendre la peine de ne pas rendre à Jupiter ce que Jules a voulu lui confier et de laisser la pauvre Anne tranquille, elle n'est jamais venue en bord de Loire.

Une fois encore, je vais être taxé d'hérésie. Il me faut bien accumuler les pièces à charge pour que le 28 décembre 2022, je sois aux premières loges pour célébrer le premier millénaire de l'hérésie d'Orléans, premier bûcher religieux de l'Histoire chrétienne en Europe. Mettre un peu d'eau sur les flammes ne fera pas de mal.

Iconoclastement vôtre.

 

Spectacle des Aquadiaux

Samedi 20 novembre à 20 h 30

Salle des fêtes des Vienne en Val

 

 

 

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