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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le hérisson et la tapissière.

Une histoire que je monte en épingle.

 

 

Un hérisson en goguette se prit de l'envie de découvrir mon pays d'en-France. Craignant par-dessus tout les aléas de la circulation, l'animal prudent se réfugia dans l'atelier d'une tapissière afin de couler des jours tranquilles entre les plumes d'oie et le crin animal. Il lui avait semblé qu'en cet endroit, rien de grave ne pouvait lui arriver.

Le hérisson fut surpris de découvrir que chaque jour, une dame remettait son ouvrage sur le métier, parcourant très lentement un long chemin semé d'épingles. C'est au fil d'une aiguille qu'elle se mouvait ainsi, ourlant inlassablement un duvet, un édredon ou bien un couvre pied. De ce voyage presque immobile, le hérisson comprit qu'il avait trouvé là, en dépit des apparences, une personne qui pouvait le comprendre.

Plus encore, il en eut la certitude quand il surprit la couturière avec à son poignet, une grosse boule rouge parsemée d'épingles. Il lui trouva un air de parenté, s'enquit de comprendre ce qu'était cette excroissance avec laquelle, sans cesse, elle revenait pour planter ou s'emparer d’une épingle. Il le découvrit quand sa nouvelle amie, un matin, se demanda à haute voix où elle avait pu ranger son bracelet porte-épingles.

Dans la confusion mentale où il se trouvait, le pauvre animal crut bien naïvement, qu'il avait sous les yeux une mère porteuse, une femme ayant fait profession de pratiquer la gestation pour autrui. Il est cependant utile de préciser que notre hérisson n'arriva pas immédiatement à cette conclusion erronée. Devant l'atelier de la dame se déroulait une fois par mois, une foire aux cochons.

Le Hérisson c'est bien connu ne brille pas par ses connaissances orthographiques, il avait certes entendu parler de GPA sur le poste de radio qui à longueur de journée accompagnait le travail de la piqueuse, mais faisant un rapprochement douteux entre ce qu'il avait entendu et ce qu'il avait vu, il se demanda ce que les truies venaient faire dans ce propos.

C'est de fil en aiguille, lors de conversations de commères qui se retrouvaient parfois autour du métier de la tapissière, qu'il comprit son erreur. Le hérisson c'est bien connu, ne dispose que d'une petite tête d'épingle, il a besoin de temps pour comprendre mais alors, il peut se figer une idée fixe et ne plus en démordre. C'est ce qui se passa dans cette boutique.

Le hérisson énamouré, se prit d'affection pour celle qui vouait son existence à la préservation de son espèce. Il est vrai que l'accroissement spectaculaire de la circulation automobile avait fait des ravages dans les rangs de ceux de son espèce, une véritable saignée, un zoocide absolument effroyable.

Cette femme avait sans doute perçu le drame des siens et généreusement, s'était offerte à porter artificiellement de futurs petits hérissons. L'animal lui voua une reconnaissance infinie si bien qu'il se jura de lui venir en aide, de lui apporter, aussi modeste puisse-t-elle être, une contribution à sa tâche. Il avait remarqué que parfois, la dame laissait tomber sans s'en rendre compte une épingle ou bien une aiguille. Il se mit en demeure, la nuit venue, quand l'atelier était déserté, de les ramasser.

Se posa pour lui l'épineuse question de la procédure. Comment allait-il s'y prendre pour remplir sa mission. Il réfléchit longtemps, expérimenta bien des stratégies qui toutes, les unes après les autres, échouaient lamentablement. Il passait des nuits blanches à essayer de trouver réponse à cette situation. Il finit par s'énerver, doutant de sa capacité à se rendre utile à la cause de ses semblables. Il monta cette histoire en épingle tant et si bien qu'il se mit les nerfs en pelote.

C'est alors que la lumière jaillit dans son esprit. Le hérisson se mit en boule et roulant sur lui-même, fichait dans ses poils durs les aiguilles oubliées. Pauvre de lui, il avait trouvé la réponse à son problème juste avant la Noël tandis qu'un sapin était venu décorer l'atelier.

Bien des gens ne comprendront pas ce qu'il advint ensuite à ce malheureux tant s'est généralisé l'usage du sapin artificiel dans nos maisons. En cette époque lointaine où se déroula cet épisode longtemps gardé secret, l'épicéa venait d'une forêt et perdait ses aiguilles au fil des temps. C'est ce qui explique que rapidement ce hérisson, pourtant demeuré clandestin dans ce magasin, finit par ne plus passer inaperçu.

L'animal tout vert et hirsute comme jamais parmi ceux de son espèce, ne put échapper aux regards. Sur les ondes radios, Antoine chantait ses élucubrations tandis que la tapissière prit l'animal pour un dangereux hippie. Elle manda son époux pour qu'il débarrasse son atelier de ce monstre ce que le matelassier fit sans ménagement.

L'enfant que j'étais alors fut fortement influencé par cette scène. De là à prétendre que mes histoires ne sont que des élucubrations sans queue ni tête, ce serait fort mal connaître la morphologie de ce petit animal.

Hérissonnement sien.

 

 

 

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