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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La vie en couleurs.

L'union des extrêmes

 

 

 

 

Un martin pêcheur, oiseau au plumage magnifique fut un jour frappé en plein vol par un soudain coup de foudre. Lui le pêcheur redoutable, le prédateur se trouva confronté à un curieux mirage. Dans les flots, il le vit tel un éclair : un poisson se parant des mêmes nuances, d’irisations colorées qui le distinguaient des autres locataires de la rivière.

Le martin dut interrompre son plongeon. Ce poisson-là ne pouvait tomber dans son bec. Sa robe méritait qu'il épargnât sa vie. Mais, l'épargner ne pouvait le satisfaire, il voulait beaucoup plus. L'envie soudaine de lier connaissance germa dans l'esprit de l'oiseau. Comme il n'avait nullement une tête de linotte, cela devint vite une obsession.

L'oiseau était confronté soudainement à la dure réalité de sa condition tout comme à l'incommunicabilité entre des espèces vivant dans des milieux différents. Lui l'aérien, comment devrait-il s'y prendre pour entrer en communication avec un habitant de la rivière ? Il avait beau tout particulièrement aimer siffler à longueur de journée la mélodie de la célèbre chanson de Max Rivière le bien nommé dont le succès fut assuré par Juliette Gréco, il ne saurait trouver parade pour briser ce fossé qui les séparait.

De son côté, le poisson aux couleurs subtiles n'avait pas été sans remarquer la chose. Voyant fondre le prédateur sur lui, il avait pensé sa dernière heure venue. Tout en regrettant amèrement de devoir ainsi satisfaire à la terrible loi de la nature, il s'était intérieurement réjoui de tomber sous le bec d'un oiseau si joli. Il aurait eu en travers de la gorge de finir dans l'estomac d'un horrible cormoran ou bien dans l'escarcelle d'un héron malhabile. Il eût à la rigueur accepté son sacrifice pour une gracile aigrette ou une espiègle sterne.

Un martin pêcheur constituait à n'en point douter le plus heureux trépas pour qui a le sens de l'esthétique comme lui. Puis, alors qu'il en était là de ses ultimes réflexions, il vit s'incurver la trajectoire de celui qui allait mettre un terme à son existence halieutique. Plus surprenant encore, l'oiseau se mit, comportement tout à fait inhabituel chez ses semblables, en vol stationnaire au-dessus de lui.

Le poisson crut même remarquer qu'au ras de l'eau, le joli voilier lui envoyait des messages par l’entremise de ses ailes à la manière des signaux, inventés par leurs amis les morses. À observer plus à même ce manège, le poisson pensa que l'oiseau, pour aussi surprenant que cela puisse paraître, lui faisait le cadeau d'une merveilleuse parade de séduction.

À son tour, le poisson voulut transmettre l'émotion qui soudainement le submergeait au point d'en perdre toute prudence. Pour lui, plus question de noyer le poisson, il lui fallait de toute urgence répondre à cette invitation qui comblait son cœur. À l'impossible nul n'est tenu prétendent les humains qui en matière de jugeote en manque singulièrement, la petite perche allait tendre toute son énergie pour contredire cette maxime.

Le martin de son côté et de son point de vue, n'avait pas besoin de prendre de la hauteur pour se réjouir de la naissance sous ses yeux, d'une passion commune. La perche répondait à son désir, elle avait même exprimé de manière explicite l'envie d'une rencontre immédiate, d'une fusion de leurs deux êtres. La question du comment demeurait d'une acuité incontournable. L'un et l'autre examinant tous les possibles qui leur venaient à l'esprit sans trouver la moindre solution satisfaisante.

La perche ne pouvait concevoir une rencontre fugace lors d'un plongeon. Elle espérait une liaison durable, certaine que ce n'était pas un simple coup de tête, une passade sans lendemain. Elle devinait tout ce qui pouvait les rapprocher. Entre eux deux, c'était du solide, c'était du sérieux comme l'aurait dit un ancien président de la République.

Le martin ne faisait pas l'âne pour manger du son. Il était amoureux, il n'y avait aucun doute là-dessus. Il aurait mis ses pattes au feu que ce merveilleux sentiment était partagé par la perche. Il songea un instant à enlever son amoureuse, à lui offrir un septième ciel qui aurait fait bien vite de ce paradis un enfer. Si l'un manquait d'air auprès de sa belle, l'autre serait privé d'eau dans leur nid d'amour.

Ils étaient tous deux à se désespérer, persuadés chacun de leur côté qu'ils se trouvaient confrontés à un problème sans solution quand il se passa un opportun phénomène céleste. Le soleil était bas sur l'horizon tandis qu'une petite pluie venait s'insinuer au milieu de ses rayons. Par le mariage de l'eau en suspension dans l'atmosphère et des rayons de l'astre solaire, un arc en ciel se forma au-dessus de nos deux tourtereaux.

La perche se hâta de s'insinuer dans cet anneau qui célébrait leur union et le martin lui emboîta le pas. Ils disparurent à tout jamais dans le ciel pour y vivre une passion éternelle. De ce mariage qui ne cesse de se célébrer de temps à autre, la perche hérita du nom d'arc en ciel tandis que le martin pêcheur ne cessa jamais de porter ses belles couleurs.

Quand deux êtres s'aiment d'un amour fou, rien ne pourra jamais entraver leur désir de rencontre. Cette histoire permet de le laisser croire, c'est du moins là, ce que j'ose espérer.

À contre-jour.

Tableaux d'Élise Pioger

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M
Bonjour Nabum
Quelle jolie histoire encore, ce matin !
Au milieu de ce monde de brutes et de menteurs que le peuple écoute et croit.
Un peu de fraîcheur fait du bien.
Belle journée à toi.
La fée du Forez sous la neige.
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C
Martine

c'est très gentil
je fais en sorte de garder la tête hors de l'eau
et ce n'est pas simple

Pourtant c'est vitale car autour de nous, ce monde va à sa perte
Seul le rêve peut le sauver