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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le temps suspendu.

La corde au cou.

 

 

Ce qui adviendra en cet après d'un lendemain qui déchantera ne vous surprendra sans doute pas. Toutes les circonstances et les concordances seront favorables pour que survienne ce que je vais vous raconter. Prenez-donc la peine de me consacrer un peu de votre précieux temps.

Il sera un jour ou d'après la conjoncture le temps aura fait son temps, c'est du moins ce que penseront alors les maîtres du monde, ceux-là même qui seront convaincus de la nécessité de l'abolir pour poursuivre leurs noirs desseins. Comme de tous temps ces monstres ont détenu le pouvoir, ils feront appel à des juges toujours à leur botte pour condamner à mort le temps. La sentence acquise, se poseront naturellement les modalités de son exécution.

Les bourreaux ne traînent plus les rues, la profession s'est depuis longtemps reconvertie dans la séduction des cœurs à prendre. Il faudra former sur le tas des volontaires et sélectionner le meilleur d'entre eux. Ce sera un certain Gaétan qui sera retenu, expert incontestable dans l'art de prendre le sien dans un passé révolu et homme de tempérance.

Le pouvoir lui confiera le choix des armes. Une manière habile de se dédouaner de la chose en se lavant les mains au gel hydro alcoolique, l'exemple venant d'un certain Ponce Pilate. Gaétan, garçon fort consciencieux, examinera les différentes possibilités qui s'offriront à lui. Il songera tout naturellement au feu rédempteur. Brûler le temps par les deux bouts, voilà une bonne fin. Mais hélas, comme le temps étant, chacun le sait bien ici-bas, de l'argent, à ce feu satanique beaucoup risqueront de se brûler les doigts.

Le bourreau devra réviser sa copie ou prendre le risque d'une émeute. Il pensera alors judicieux de passer le temps par les armes. Un bon peloton d'exécution, une pierre à fusil philosophale pour attacher le supplicié et le tour sera joué. Mais que nenni mon bon Gaétan. Un quidam au fait de la chose ésotérique lui soufflera à l'oreille que le plomb peut se transformer en or par la magie alchimique. Il y aurait foule là encore pour se précipiter sur le corps encore chaud.

Nouvelle désillusion pour l'exécuteur des hautes-œuvres. Que faire ? Trancher la tête du temps qui n'est ni coupable ni fragmentable ? Le temps ne se coupe pas en tranches même sa dernière heure venue. Pas de doute possible, une seule solution raisonnable se présentera à lui : la pendaison.

Pendre le temps c'est en faire de lui, immédiatement un temps suspendu, une parenthèse temporelle qu'il conviendra de déterminer. La perpétuité fera l'affaire pour servir les intérêts des importants commanditaires. Une trappe sous les temps, une corde au cou, le temps plongera dans le vide temporel non sans une bienheureuse réaction intime laissant fleurir une mandragore à ses pieds.

Ne restera plus qu'à surveiller la potence afin que nul ne songe à décrocher le supplicié. Tout cela sera aisément réalisable même s'il conviendra encore de définir un mode opératoire. Le mode définitif n'ayant pas été prévu d'après monsieur Bescherelle, l'infinitif fera l'affaire si tout se conjugue bien. De nouveau surgira alors un problème d'importance, pour aider le bourreau dans sa tâche, il faudra lui adjoindre du petit personnel : des acolytes, des subalternes, des collaborateurs zélés pour interdire la fuite du temps.

L'infinitif se prive aisément de mauvais sujets et ce ne sera que vers ce genre d'individus borgnes et douteux qu'aurait pu se tourner le bourreau. La quête risque d'être fort compliquée. Le bourreau ne décrochera pas la timbale, il ne pourra jamais réunir toutes les conditions favorables à l'exécution de la sentence. Le temps mis au ban de la société s'opposera à ce qu'on le fasse passer de vie à trépas. Il résistera, provoquera des soubresauts, il déréglera le cours du temps et la marche du monde.

Le temps ainsi sauvera sa tête, sa pendaison étant sans objet. L'impondérable aura le dessus sur les caprices des puissants. Ceux-là d'ailleurs n'ont qu'à se mettre sur orbite ou bien aller au diable. Ils sont déjà responsables de notre fin prochaine, celle de l'humanité mais certainement pas du temps. Lui, il continuera sa route se passant aisément des humains qui n'ont cessé de lui chercher des noises. Le temps est révolu de remettre une nouvelle fois les pendules à l'heure pour ces incorrigibles rois de la tentation.

Fort heureusement tout ceci ne fut que spéculation oiseuse au cours d'une nuit d'insomnie. Contrairement à la maxime, il n'est pas certain que la nuit détend.

Temporellement vôtre.

 

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