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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La grande bouderie du vent

On lui avait coupé la chique.

 

Il fut un temps durant lequel, rien de ce qui allait sur l'eau ne se mouvait sans sa douce influence. Le vent régnait en maître sur les rivières et les océans, poussant toujours plus loin les marins en quête d'aventure. Il se gonflait de son importance, soufflant sur la planète un esprit de découverte qui donna des ailes aux aventuriers.

Le temps de l'aventure révolu, le globe n'ayant plus de coins secrets, les marchands prirent la suite pour des épopées plus rentables. Le temps se mit de la partie, le vent ne suffisait plus à acheminer à l'heure, ce qui venait de loin. Les délais de livraison déchirèrent un coin de la voile, il fallait faire tourner la machine et c'est la vapeur qui prit le relais du zéphyr.

Dès l'aube, un panache de fumée indiquait que les marchandises et les passagers se mouvaient qu'il vente ou pas. Ce fut la première défaite d'Éole qui durant près de deux siècles dut avaler son orgueil. Les moyens de propulsion évoluèrent, la dette énergétique se fit toujours plus désastreuse tandis que l'eau avait à subir les outrages de ces monstres suant et puant qui parcouraient sa surface.

Faute de servir à autre chose qu'aux folles courses de voiliers qui n'avaient d'autre but que de faire spectacle et publicité, le vent se mit en tête de réduire son importance. Sans qu'on s'en rende vraiment compte, de décennies en décennies, il perdit de sa puissance. Plus on lui mettait d'obstacles sur son parcours, plus il faisait la tête, boudait dans son coin. Pétole devint son plus fidèle compagnon.

Puis, à force de jouer avec le feu, de souiller, de polluer, de dérégler la nature, les humains finirent par irriter monsieur le vent qui devint tempétueux. Il cessa de se faire discret pour déclencher des colères à vous mettre le cul par-dessus tête. Il souffla un vent de fronde dans l'esprit de ce brave élément, trop longtemps oublié.

La chose sauta aux yeux et surtout au porte-monnaie des plus cupides qui décidèrent de déployer leurs ailes, surtout dans les plus beaux paysages. Le vent allait devenir une source d'énergie tout en défigurant la Planète. Les moulins d'alors faisaient pale figure devant les monstres qui se dressaient, prêts à repousser les assauts désespérés de Don Quichotte.

Le vent se dit qu'on lui faisait injure. Il avait toujours soufflé sans mesurer sa peine afin que chacun bénéficie de son travail. Il aimait à donner un coup de main aux plantes, aux oiseaux, aux marins, aux meuniers, à tous ceux qui aimaient aller le nez vers lui. Il se voyait mis en demeure de faire tourner l'économie au profit d'un système qui ne considérait que son seul profit.

Le vent haussa le ton, balaya en de terribles cyclones ces monstres hideux, tueurs d'oiseaux, ses plus fidèles amis. La roue une fois encore allait tourner. Il n'entendait pas souffler pour quelques margoulins. C'est pour tous les humains qu'il répandait son précieux souffle. Il voulait que chacun puisse le connaître, le sentir, l'apprécier en levant les yeux vers lui.

Il conseilla à chacun de mettre une girouette sur la maison pour entrer en communion avec lui. Il pensa qu'ainsi, les gens allaient revenir à de plus sages manières de jouir de sa puissance. Le retour des moulins à vent, la présence de petites éoliennes domestiques, la renaissance de la marine à voiles sur les océans et les rivières. Il suffisait de peu de chose pour retrouver l'idée simple que le vent doit profiter à tout le monde et qu'il n'est pas une source de spéculation pour de sinistres individus qui se contentent de brasser de l'air et l'argent des autres.

Le vent nous souffle dans l'oreille une petite musique pour aller en chœur, reprendre en main notre destin. Tournent les girouettes pour nous montrer où vont nos intérêts. Le vent s'il est notre complice ne sera jamais au service d'une économie du profit. Tout comme l'eau, il ne peut être aliéné à des intérêts privés. Il appartient à tous et il convient désormais de ne plus l'oublier.

Venteusement vôtre.

 

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