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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La controverse des éléments

Un conciliabule à vous couper le souffle.

 

 

 

Il advint qu'un jour, dans l'aube des temps, les quatre éléments firent une réunion pour savoir lequel d'entre eux était le plus important pour l'existence de tous les hôtes de la planète. Comme bien souvent, chacun d'eux voulut tirer la couverture à soi. Il n'y a pas que les humains à agir de la sorte.

L'EAU prétendit qu'elle était indispensable à toute forme de vie, que sans elle, rien ne serait possible ici-bas. Elle affirma encore que les premières formes de vie étaient nées en son sein. Elle acheva son argumentaire en précisant qu'elle recouvre 72 % du globe terrestre. Les trois autres reconnurent le bien-fondé de cette affirmation, vérité qui est d'autant plus irréfutable depuis que des monstres cherchent à en priver l'humanité ou du moins à se l'accaparer à leur seul profit. L'eau ne devrait jamais être un bien commercialisable.

La TERRE prit la parole pour affirmer que sans elle, rien ne pousserait ici-bas. Elle était indispensable à tout ce qui voulait prendre racine. Elle se prétendit seule nourricière, ce qui n'était pas juste pour les océans et les rivières. Elle ajouta encore que c'est de ses entrailles que les humains extraient les matières premières même s'ils en abusaient lourdement. L'eau fit alors remarquer que sans les pluies ou bien l'arrosage, la terre devenait stérile. Il fallait bien admettre que l'un et l'autre avaient raison.

Le FEU voulut leur couper la parole d'une langue chargée de menace. Lui seul était capable de mettre tout le monde à sa merci, de détruire toute chose sur la planète. Des volcans aux orages, il était capable de réduire en cendres tout ce qui passait à sa portée. Ces rivaux lui rétorquèrent qu'en matière de destruction massive, ceux qui vont debout sur leurs jambes arrières ont fait bien mieux depuis. Ces propos eurent été l'étincelle qui déclencherait une querelle si l'eau n'avait apporté un peu de modération en prétendant qu'elle pouvait mettre le feu à la raison. La Terre prétendit aussi qu'elle pouvait l'étouffer également.

Le feu était mauvaise langue. Il échauffa les esprits en déclarant qu'il était le seul à pouvoir tomber du ciel. La remarque tourna court puisque l'eau évoqua la pluie pour lui couper la chique. La terre quant à elle ne dit rien à ce propos. Elle souhaitait que ce débat s’en tînt à des arguments plus terre à terre pour rester à la portée de tous.

L'AIR ne déclara rien sentant le vent tourner en sa défaveur. Plus sage, il ne voulait pas attiser les rivalités. À vrai dire, comme bien souvent, il ne savait pas quelle direction prendre. Mais le climat de tension entre ces trois-là le poussa à prendre position. L'air, prenant de la hauteur déclara que lui seul pouvait faire tomber la pluie, attiser le feu, assécher la terre, gonfler les voiles des bateaux qui vont sur l'eau, réveiller le feu sous la cendre, pousser les pollens pour ensemencer les cultures et apporter le souffle de la vie à toutes les créatures terrestres.

Tous reconnurent la pertinence de ses remarques. L'air par l'entremise du vent coupait court à toute querelle. La tempête avait été évitée de justesse. Pour se donner le meilleur rôle, l'air voulut couper l'herbe sous les pieds aux trois autres en déclarant qu'il était libre d'aller où bon lui semblait, de souffler selon son bon vouloir en tous points et à tout instant.

C'en était trop de cet orgueilleux qui ne manquait pas de lui-même. Le soleil, grand frère du feu vint lui couper la chique. Il se présenta comme le seul maître de cérémonie. C'est par son action sur la terre et sur l'eau que des grands courants d'air chaud entrent en opposition pour déplacer l'air et provoquer le vent qui lui-même transporte les nuages qui feront pleuvoir. La Terre avait envie de préciser que par son entremise, forêts et montagnes étaient en mesure de briser le vent, tandis que l'eau avait le désir d'ajouter que petite pluie abat grand vent.

Mais l'orage grondait, il y avait de l'électricité dans une atmosphère chargée de lourdes menaces… Il était grand temps d'aplanir ce différend aussi stupide que stérile. C'est alors que le TEMPS entra dans la ronde. Son heure était venue de calmer tout ce joli monde. Sans lui, pas de vie sur Terre, d'eau dans les rivières ou dans l'atmosphère, pas de récoltes sur terre, pas de feu. C'est de lui seul que naquit la vie et son indispensable corollaire : la mort.

C'est lui qui est à l'origine de toute création ici-bas. Avant lui, c'était la nuit, après lui, il n'y aura plus rien. Eau, Air, Feu et Terre se tinrent cois. Le débat prenait une toute autre dimension. Bientôt il serait question de philosophie tandis que le risque était grand de voir surgir une divinité pour s'attribuer tous les mérites de la création. Il convenait à ces joyeux débatteurs de mettre un peu d'eau dans leur vin !

Le temps ne faisait que passer, ravi d'avoir ramené tout le monde à la raison. C'est alors que son cousin taquin, le temps qu'il fait, vint précipitamment semer la pagaille. Il souffla le chaud et le froid, déclencha l'orage, la tempête et la grêle, mit l'eau à la raison en la transformant en glace, gela la terre pour la rendre stérile puis lui imposa tant de souffrance qu'elle se fit désert. Le temps était manifestement totalement déréglé, incapable d'agir comme il l'avait fait jusqu'alors avec modération et prévenance. Il était pris d'une folie que lui avaient insufflée les humains.

Il roulait des épaules prétendant que lui seul était imprévisible en dépit de l'odieuse prétention des météorologues. Il venait d'apporter son grain de sel. Le dérèglement climatique avait de quoi mettre le feu aux poudres. Devant tant de fureur, il était urgent que l'harmonie se fasse entre tous ces éléments. Une intercétrice pouvait seule remettre un peu d'ordre dans ce qui était devenu totalement incontrôlable.

Une femme, plus sage que tous les hommes réunis, volant sur son balai de bouleau pensa utile d'apporter un peu de calme et beaucoup de quiétude à ce différend, vieux comme le monde. Elle s'appelait Paulette, elle avait un drôle de coucou Suisse sur l'épaule. Elle se posa au centre de ce conciliabule qui tournait vinaigre lui suggérant de mesurer le temps qui passe et de prévoir le temps qu’il fait pour que eau, air, terre et feu se mettent au diapason.

Elle leur proposa de construire un bel objet pour repérer d'où vient le vent. Ainsi chacun pourra prévoir le temps qu'il fera, s'il apportera de l'eau ou du froid, du feu ou de la glace. Quant au temps qui passe, si le soleil et la lune n'y suffisent pas, il conviendra de remettre les pendules à l'heure dans la maison.

La première girouette venait de voir le jour. Elle fut installée sur le toit du Monde, ce qui à vrai dire, n'était pas plus utile que d'y planter un drapeau. Bien vite, reprenant ses esprits, Paulette en fit le couvre-chef de nos toitures et là chacun peut s'en réjouir. Cette invention calma la controverse : rien n'était plus utile que de savoir d'où vient le vent. Paulette ne savait pas à l'époque que parfois le vent était capable de retourner bien des vestes. Mais ceci est une autre histoire.

Nos vents : Galerne de l'ouest – Galarne du nord-ouest – Norois du nord - Bise du nord est – Soulaire de l'est - Suet du sud-est – Forain du sud - Suroît du sud-ouest la saluèrent bien bas. Paulette avait gagné tout les esprits et le vent pouvait être de la fête

Élémentairement sien.

 

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L
Magnifique billet que j'ai eu le plaisir de partager, merci.
Répondre
C
LH

Je compte dire ce texte aux élèves de Mardié lors de leur visite de l'exposition vendredi matin si la directrice le juge digne de ses élèves
Elle a souhaité recevoir ce que j'allais raconter. J'avoue ma surprise et même mon malaise devant un comportement qui échappe à ma conception de l'enseignement