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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Histoires

Un pluriel qui ne passe pas.

 

 

Il m'a été donné plusieurs fois de croiser la route de ces admirables personnages qui épluchent les archives, fouillent à la loupe les traces du passé pour en exhumer un récit, écrire des ouvrages de référence, proposer des conférences savantes et éclairer ma lanterne et celles de nombre de béotiens. Souvent, ils regardent d'un air sourcilleux cet imposteur qui à leurs yeux, n'est qu'un vulgaire détrousseur, un naufrageur sans foi ni loi, récoltant sans honte le fruit de leur labeur.

J'entends les griefs, je veux bien supporter sur un dos que j'ai fort large, l'absence de curiosité de nos contemporains qui parfois, se trouvent pris de court par mes bonimenteries. S'ils ne vont pas vers leurs conférences et encore moins leurs ouvrages en tous points remarquables, ils ne se pressent pas non plus spontanément à mes prestations. La différence est que je vais à leur rencontre pour les surprendre ou pour les interpeler alors que ces doctes érudits restent dans leur tour d'ivoire.

J'ose croire que les fragments de vérité distillés dans un conte ou une fable donnent à certains la curiosité d'en savoir plus en remontant eux-aussi à la source de l'information. Le vulgarisateur n'est qu'un passeur tandis que le chercheur demeure l'incontournable référence. Nous ne marchons pas sur les mêmes plate bandes, il ne devrait y avoir nulle concurrence dans cette volonté d'éveiller à la connaissance.

Il m'a été reproché sur le pierré d'un pont vénérable de profiter du labeur des autres. Comment nier l'affirmation puisque le raconteur d'histoires ne fait jamais métier d'historien. C'est un vulgarisateur qui s'efforce de n'être jamais vulgaire, ce qui au demeurant le prive manifestement des projecteurs télévisuels. C'est encore un bateleur qui joue de l'humour ou de la facétie pour titiller l'envie d'en savoir plus. L'imaginaire ne devant pas apparaître comme un écran de fumée destiné à obturer le réel mais bien au contraire une porte d'entrée pour les moins téméraires.

L'Histoire singulière et majuscule est certes bien trop sérieuse pour être confiée à un troubadour, un pitre ou un romancier, elle a sa place dans les bibliothèques qu'on doit désormais qualifier de médiathèque pour attirer le chaland, mais il me semble que les histoires minuscules et plurielles sont un excellent ticket d'entrée pour se donner le droit d'accéder au savoir officiel.

Le débat n'aura pas lieu, l'amuseur ne peut prétendre à croiser le fer et les arguments avec ceux qui, de leur piédestal, le déconsidèrent avec dédain et une certaine forme de jalousie. S'ils acceptaient de descendre un peu au ras de mes pâquerettes, je leur proposerais d'agrémenter leurs savantes conférences de quelques facéties à ma sauce. Je suis certain qu'ainsi, la sauce rendrait le plat principal bien plus digeste.

Le débat du fond et de la forme retourne parfois le propos. C'est ainsi que pour un producteur d'évènements festifs, d'animations grand public, cette fois le conteur propose un pensum de nature à barber le public en goguette. Le professionnel des paillettes repousse l'idée de convier le beau parleur à sa programmation, préférant le chant et la musique à l'art ancestral de la parole. C'est à mon tour de passer pour un rébarbatif personnage qui aurait l'insupportable projet d'apporter un peu de réflexion à cette foule qui ne devrait avoir d'autre but que de se ruer sur les stands alimentaires avec un bruit de fond qui se passe d'écoute.

C'est ici faire injure à mes amis compositeurs et paroliers qui cherchent eux-aussi à apporter un éclairage sur une aventure oubliée. Toutes les manières de raconter sont bonnes, ce n'est hélas pas l'opinion du producteur du présent Festival qui repousse d'un revers de la main les propositions qui échappent à sa conception primaire de la festivité. Pour lui aussi je suis capable de faire des histoires mais celles-ci ne rentreront jamais dans la grande Histoire des autres oubliés de la fête.

Vulgarisateurement sien.

 

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