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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Des esthètes à la bouche pleine

 

Sous le vernis, la gourmandise

 

 

Le vernissage d'une exposition donne droit assez souvent à un spectacle aussi incongru que désagréable qui peut rester en travers de la gorge pour ceux qui ont investi temps et talent pour se mettre à nu devant le public. Exposer c'est s'exposer plus encore, s'offrir sans fard ni pudeur. La scénographie a été soigneusement pensée, le choix des œuvres fut parfois un supplice, le moment tant entendu arrive enfin.

Le public arrive, l'ouverture officielle est un moment de grande émotion pour les artistes. Les premiers commentaires sont guettés avec angoisse, ceux qui ne disent rien sont plus redoutables encore. Il n'est plus temps de changer quoi que ce soit, les dés sont jetés et le verdict du public tombera. C'est du moins ce qu'espèrent les artistes. Mais auparavant, un petit rituel s'impose. Les petits plats ont été mis dans les grands, les discours vont ouvrir la séance avant que le buffet marque l'apothéose de ce prélude à une semaine en pleine lumière. Le public a répondu présent. On peut espérer que c'est la curiosité qui les a poussés à venir.

Il est vrai que nombre d'entre ces visiteurs arpentent les différentes salles, s'arrêtent tout particulièrement devant telle œuvre ou telle autre. Certains consultent le catalogue, envisageant un achat. On devine ici ou là des connaisseurs, des amis venus par sympathie, des curieux et des esthètes, des collègues qui suivent le travail de leurs amies.

C'est alors que surgissent les rois de la fête. Ils savent avec une incroyable précision à quelle heure il convient d'arriver pour éviter les discours et se dispenser du tour des salles. Le buffet est leur préoccupation ultime, ils se sont déplacés pour ce moment qui ne les laisse jamais sur leur faim ni sur leur soif d'ailleurs.

Ils sont au premier rang, ne perdant pas une miette de ce qui remplira leur curiosité d'aise. Ils sont capables malgré tout de faire conversation la bouche pleine, l'art n'est pas aisé, il faut bien le reconnaître tout en disant deux ou trois banalités sur des œuvres qu'ils ont tout juste entrevues en arrivant.

Il convient de trouver des gens de connaissance pour justifier une station prolongée devant la divine table. Ils sont habiles dans l'art de glisser dans les cercles bavards tout en se trouvant au plus près des petits fours. Plus la conversation dure, plus ils vont et viennent pour se remplir la panse.

Un vernissage réussi leur évitera de souper. Ils n'ont ni pudeur ni gêne. Ils dévorent à pleines dents une culture qui si elle ne nourrit pas l'artiste, entretient les spécialistes du vernissage. Je les regarde avec amusement d'abord puis exaspération au fil du temps. J'étais venu pour dire des contes illustrant quelques œuvres exposées. Jamais ceux-là n'ont tendu l'oreille ni se sont déplacés pour venir à ma rencontre. Il est vrai que des maxillaires largement sollicités font obstacle à une audition attentive.

La soirée tire à sa fin, le public après une visite complète et attentive des différentes salles s'en va. Nos amis seront les derniers, toujours proches de la sainte table qui ne leur propose plus que quelques reliquats toujours bons à prendre. Ils n'ont rien vu mais qu'à cela ne tienne, ils reviendront au prochain vernissage. D'ailleurs ils ont avoué, la mine satisfaite, qu'ils n'en manquaient aucun en ce lieu.

Parasites sans honte, ils pensent ne pas être reconnus pour ce qu'ils sont. Pourtant, leur présence avait été évoquée, chacun se demandant quand ils allaient surgir pour se goinfrer. Une telle réputation a de quoi les combler d'aise. Ils font désormais partie d'un décor auquel ils n'accordent jamais la moindre attention. Il n'est pas un vernissage qui se respecte sans eux. Ce sont nos esthètes à la bouche pleine et aux propos vaseux.

Artistiquement leur.

Seront-ils présents à 11 heures ce samedi 16 octobre ?

 

 

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