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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Compteurs ou Conteur

Alternative ligérienne

 

 

 

J'ai été très injuste avec les organisateurs du Festival de Loire, n'ayant, comme souvent du reste, pas compris véritablement leur démarche. C'est à l'heure du bilan chiffré de la fête que j'ouvre enfin les yeux sur ce qui a motivé leur comportement, expliqué une ligne de conduite qu'ils ont suivi sans retenue. Il faut savoir admettre ses erreurs quand comme moi, on fait un mauvais calcul.

L'essentiel ne résidait pas dans le mot mais dans le nombre, une préoccupation qui renvoie indubitablement à la logique historique de la confrérie des marchands de la rivière Loire et des fleuves allant à icelle. Il convenait de compter le chaland, qui par un curieux renversement sémantique n'est plus ce gros bateau capable de transporter le fret mais ce curieux qui déambule sur le quai.

La bataille des chiffres n'était pas navale mais sans doute plus politique. Il s'agissait de ne laisser personne hors des mailles du filet en organisant sur les voies d'accès une série de filets de barrage dignes des pêcheries d'antan. Le gros poisson comme le menu fretin devait montrer nageoire blanche et sanitaire pour passer dans la nasse.

C'est ainsi que par un merveilleux souci de précision, sans friture sur la ligne, grâce au QR-code, le visiteur n'était cette fois, compté qu'une seule fois, ramenant le décompte final à de plus justes proportions. L'alose qui les éditions précédentes bouchait le port d'Orléans avec plus de 600 000 pucelles (le nom du bébé alose) se dégonfla comme une baudruche pour n'atteindre qu'un fort honorable et acceptable 351 649 alevins total dont il convenait d'extraire la racine carrée pour découvrir un nombre premier qu'il vous appartiendra de découvrir dans ce « mic-math ».

Remarquons au passage que ces alevins ont consommé plus de bière que de vin, ce qui n'est pas surprenant tant la Loire était pour cette édition limoneuse et mousseuse. Le temps des belles barriques en bois semble révolu au profit des fûts métalliques sous pression. C'est sans doute pourquoi le conteur était invité à ne pas rester sur le quai pour ne pas évoquer une profession aujourd'hui en net recul : le tonnelier.

Il eut été plus simple d'expliquer le changement de paradigme. J'aurais aisément changé mon registre d'épaule pour cesser d'évoquer les tailleurs de douzilles, les fûts de mélasse ou d'huile d'olive. Les marchandises ne viennent plus d'Atlantique ou de Marseille, mais des brasseries artisanales qui fleurissent un peu partout.

Le brasseur a supplanté le bateleur, la chope a aboli la chopine, le demi n'est jamais de quart, la loi de pureté a été oubliée et chacun peut ici montrer bière blanche pour franchir le cordon du gosier. Le conteur n'ayant pas la capacité de s'adapter au nouvel environnement, il était donc légitime de le laisser divaguer sur les flots, racontant des sornettes d'un autre temps.

La frite a bouté la friture de goujon, il serait du reste question de faire de la Belgique la prochaine nation invitée en profitant de la mise en eau et en état du canal d'Orléans. Tous les rêves sont permis puisque dans l'euphorie d'un discours, la Loire navigable, tel un vieux serpent de terre, est revenue sur une langue qui n'était pas de bois.

Le « raconteux » aurait alors sorti de son chapeau l'épisode du Fram et de cette vaste campagne de communication des Loiristes au début du vingtième siècle, participant avec enthousiasme au XIVème congrès de la Loire navigable à Saumur en octobre 1909. Au menu : grands banquets, discours pompeux pour évacuer les doutes de la soute et en point d'orgue une excursion jusqu'à Chinon à bord du vapeur de la société Poulain.

Cette fois, le vapeur a fait long feu, il est resté inexploitable et à quai pour ne pas apporter d'eau au moulin de la polémique. Le banquet s'est fort bien passé de celui qui n'a pas été convié à la grande cène, les personnalités échappant au lot commun ne mangeant pas de ce pain-là, même dans l'ancienne Cenabum. Les bons comptes seuls étaient de mise, il convient de ne pas mélanger les gueux et les seigneurs, les torchons et les serviettes, les gros poissons et le menu fretin.

Naufragement leur.

 

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