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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Chronique sans chaussettes

Les paroles s'effilochent…

 

 

 

Comme le suggèrent nos amis québecois, il est temps pour vous de manger vos chaussettes. Quant à moi je repousse l'idée de devoir prochainement me couvrir les pieds d'un peu de laine pour affronter les morsures du froid. Si la chose vous semble naturelle, elle provoque chez moi une peur panique, une peur bleue pour chaussettes noires, redoutant le trou de mémoire au milieu d'un conte.

C'est donc tout naturellement que devant cette perspective saisonnière, j'ai le moral dans les chaussettes. Rejetant alors à l'heure de me couvrir, non pas le visage mais bel et bien les pieds, je garde le cap de la parole qui se démasque. L'inspiration me vient du contact avec le sol pour des propos, certes bien trop terre à terre pour mes détracteurs qui me cherchent des poux dans la tête alors qu'il leur serait plus aisé de me trouver des mycoses entre les orteils. Est-ce à penser que s'ils n'ont rien entre les oreilles, ils ne sont pas non plus bien pourvu un peu plus haut ? N'ergotons pas et laissons les me juger ainsi au pied levé et à la langue bien pendue.

Pour que les mots me viennent en bouche, ils doivent prendre naissance à la racine. La terre est non seulement nourricière mais plus encore conseillère. Avec elle, le récit prend corps, s'enracine dans une tradition qui a longtemps fait souche. Des vibrations du sol naissent les trémolos de la voix, la sève est la plus belle source d'inspiration pour peu qu'on sache lui faciliter le travail.

S'il est délicat de trouver chaussure à son pied, il l'est plus encore de mettre ses pas dans les traces des anciens. La semelle, en vous donnant de la hauteur, vous coupe de ce lien ancestral tandis que le talon aiguille veut tout naturellement crever cette mince couche de terre qui nous relie à notre tradition. Quand, qui plus est, vous faites obstacle en vous calfeutrant par le truchement de bas, chaussettes, soquettes et plus rarement avec des chaussons de sabots, vous perdez tout contact avec le passé et le plus souvent avec la réalité tangible.

Comment tirer le fil d'une histoire si entre elle et vous, se dresse un réseau de fibres naturelles ou synthétiques solidement imbriquées, une sorte de côte de maille pour éviter le contact le plus archaïque qui soit avec nos racines ? Même les trous dans la chaussette ne laisse pas filtrer le message transmis par ceux qui nous ont précédé. Ils autorisent seulement les railleries des moqueurs, ravis de cacher les leurs, dans une chaussure fermée à l'humanité et ses traditions.

Les propos des orateurs, engoncés dans des mocassins payés aux frais de la princesse, ne sont d'aucune sincérité. Se montrer ainsi en public, ajouter un nœud au niveau de la gorge, c'est se cacher derrière son petit doigt pour mentir à tous propos. Le pied nu, la vérité peut sortir du puits, aller à sa guise, portée par le vent de la sincérité.

Les cordonniers, s'ils sont les plus mal chaussés, savent par expérience que dans les contes et les légendes, ils ont toujours le premier rôle, car ils sont les seuls à découvrir le pied des puissants dans toute sa nudité. Le pied ne trompe pas, il se livre sans retenue, s'offre sans faux-semblant. Rien d'étonnant alors que les Princesses donnent souvent leur cœur, à ce petit ouvrier agenouillé devant leurs petons dépouillés des ornements fallacieux du pouvoir.

Laissons donc tomber comme une vieille chaussette ceux qui se présentent à vous, le pied aussi rigide que le verbe. Remontez leur les bretelles pour enfin de découvrir de quelles fibres ils sont constitués et chaussés. Ne vous laissez plus retourner comme de vieilles chaussettes avec leurs tirades illusoires, ils vont grand train pour vous promettre la Lune et finissent toujours par retomber sur leurs pieds tandis que c'est sur votre tête que retombent leurs paroles en l'air.

Le discours politique c'est du jus de chaussette, rien de plus, amer et chargé d'un marc dans lequel il est impossible de lire l'avenir. Faites donc confiance à celui qui parle à pied découvert, qui expose ses arpions au risque qu'on les lui écrase sans ménagement ni respect. C'est le pied nu qu'on avance la tête haute quand on parle à visage découvert.

Rondejambement leur

 

 

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