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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Bien plus qu'une confirmation…

Un véritable enchantement.

 

 

 

Il est bien plus de vingt-trois heures, les privilégiés qui ont assisté au spectacle d'Angeline à la Tête Noire de Saran ne veulent pas se séparer. Ils sont autour des héros de la soirée ou bien dans la rue pour prolonger encore et encore le moment de grâce qu'ils ont partagé. À la fin d'un tour de chant qui restera longtemps dans leurs mémoires comme un moment d'exception, la révélation d'une grande artiste, ils se sont tous levés pour applaudir longuement afin d'exprimer leur admiration, leurs remerciements, leur émerveillement.

Puis, simplement, pour revenir sur terre sans doute, celle qui avait côtoyé les étoiles, entourée qu'elle était de huit musiciens, a offert une ultime chanson avec pour seul accompagnateur son pianiste de toujours. Il convenait sans doute de faire retomber le soufflet, d'organiser en bonne maîtresse d'école qu'elle est, un retour au calme afin que les enfants que nous étions tous devenus, puissent retrouver le monde ordinaire.

C'est bien là le seul moment où la diablesse d'Angeline n'est pas parvenue à ses fins. Malgré la douceur de la mélodie, malgré le dépouillement de cette ultime chanson, rien ne pouvait calmer l'enthousiasme de spectateurs épris de reconnaissance pour ce moment d'éternité auquel ils venaient d'assister. Aurai-je les mots pour évoquer ce qui ne peut se transmettre véritablement ?

Elle est arrivée toute menue, fragile, timide quoique mutine sur cette scène qui lui avait été offerte par une municipalité qui a su lui donner sa chance pour qu'un soir, elle soit prophétesse en son pays. Elle serait issue de la grande et prétentieuse cité voisine, que rien de tout cela n'eut été possible. Alors, consciente de sa chance, elle a pris tous les risques pour réussir pleinement dans sa folle entreprise.

Elle n'a pas hésité à se mettre en disponibilité professionnelle, se donnant du temps pour créer ce tour de chant qui ne peut, qui ne doit pas être qu'une éphémère illumination. Elle a travaillé, pris des risques, suivi des formations, s'entourant de conseils et d'amitié, travaillé encore et encore les textes ciselés qui sont tous nés sous sa plume. Elle est passée durant cette parenthèse, de la prometteuse chanteuse à une grande dame de la chanson, capable d’ensorceler une salle en tenant la scène deux heures durant, sur le fil ténu de l'émotion.

 

Le pari fut réussi au-delà de ce que nous, qui avions assisté à plusieurs de ses prestations, ne pouvions croire. Pourtant, elle n'a pas changé. Elle est arrivée, fragile, fluette, timide tout autant que déterminée à prendre à bras le corps ce défi qui se présentait à elle. Elle fut tour à tour mutine et coquine, grave et sérieuse, tendre et émouvante, drôle et friponne. Elle n'eut de cesse de nous inviter à la suivre dans son univers de mots et d'émotions, quand la chanson n'est pas qu'un simple divertissement mais qu'elle entend transmettre avec élégance et grâce des messages qui se glissent dans les interstices de la poésie.

Je n'entends nullement vous priver du plaisir de la découvrir en divulguant ici les thèmes qu'elle a traité avec maîtrise, subtilité et finesse. Elle a su, ce soir-là adresser un merveilleux message à sa copine Coco qui, lorsqu'elle avait vingt ans, lui avait offert une cassette audio d'Anne Sylvestre. Elle est entrée ce jour-là en chanson comme d'autres se consacrent à une vocation. Elle a pris son temps de faire son chemin professionnel, d'avoir des enfants dont l'un partagea la scène avec elle durant une confession musicale qui bouleversa le public, de se constituer un trésor personnel de textes qui ne demandent qu'à devenir d'autres chansons. Elle a travaillé sa voix, trouver sa voie pareillement avec ses copines du merveilleux groupe Envol, dont le répertoire féminin et parfois féministe n'est pas sans rappeler ses créations.

Elle a fait son miel de tout ce parcours pour se présenter à nous, ce samedi soir merveilleux, avec un spectacle qui ne devrait pas n'être que le miracle d'un soir. Mais comment faire quand on vit dans une métropole où il faut être d'une coterie pour avoir droit de scène à moins de venir d'ailleurs après être passé à la télévision, pour bénéficier des grandes salles qui ne se remplissent que de spectateurs sans curiosité ? Curieusement, pour les grands événements sportifs : que ce soit le basket, enfant chéri de la place ou bien l'open de tennis, les travées sont pleines de gens bénéficiant de cartons d'invitation. Pourquoi n'en serait-il pas de même pour lancer cette servir de tremplin à cette fabuleuse artiste ?

Tout simplement parce que la culture est subversive et que nous sommes ici, dans un territoire qui se voue depuis toujours au plus forcené conservatisme de province. Tout est fait pour y figer dans une représentation de classe et de caste les temps forts de la vie culturelle. Angeline risque fort de n'être pas conforme à l'idée archaïque et désuète que nos notables et barons locaux ont de ce qui convient de donner en pitance au bon peuple.

Faites donc en sorte de bouger les lignes, de faire pression pour qu'elle dispose de sa chance dans la région tandis que d'autres, ailleurs, sauront lui ouvrir leurs bras et leurs scènes pour que nous ne soyons pas les seuls privilégiés à avoir assisté à cet enchantement. Merci à vous !

Subjuguément sien.

 

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