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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Mission à haut risque.

Les soldats du coup de feu.

 

 

 

Ils viennent d'apprendre quelle sera leur mission du jour. La nouvelle les a laissés totalement silencieux. Ils n'échangent pas un mot. Les regards sont lourds, ils se recroquevillent dans des pensées qui vont vers les leurs. L'un d'eux, bien que ce soit rigoureusement interdit par sa hiérarchie, prend discrètement son portable pour envoyer ce qui sera peut-être un message d'adieu. Les autres n'ont guère envie de signaler ce manquement à leur supérieur, ils aimeraient pourvoir le faire, eux aussi !

Ils vont se préparer, fourbir leurs armes selon la formule consacrée. Ils avaient embrassé ce beau métier en se rêvant gardien de la paix. Les voilà qui vont monter au feu, affronter ce qui se fait de pire depuis quelque temps. Le monde a basculé dans l'effroi. Il leur faut se caparaçonner de pied en cap, se prémunir contre toute agression en espérant que ces protections dérisoires suffiront à les préserver du pire.

On devine chez eux une angoisse sourde. Cette mission est la plus risquée de leur carrière, elle sera peut-être la dernière. Malgré tout, ils ont conscience de l'importance de ce qu'ils ont à faire. Le maintien de l'ordre, la sécurité du public exigent parfois des sacrifices. Ils acceptent en conscience cette dimension du métier qui en fait la grandeur.

Il est temps de recevoir les dernières consignes. Leur chef qui, il le regrette, ne les accompagnera pas, leur expose une situation véritablement à haut risque. Le gradé évoque des canons, des coups de feu, des cocktails explosifs, des petits blancs ou des petits noirs, des couteaux et des pains qui pourraient bien être de dynamite.

Il se refuse à établir par le menu la liste exhaustive des risques qu'ils vont affronter. Il évoque un traitement à la carte du danger, une capacité incroyable de la menace à se grimer de mille et une manières. Ils devront se montrer d'une extrême vigilance, garder la main sur leur pistolet car à tout moment peut surgir la menace.

Les hommes sont livides. Ils découvrent à quel point, ils vont mettre en danger leur vie. Les gorges se serrent, les visages se ferment. C'est l'heure ! Ils montent dans un véhicule de service pour se rendre dans la zone ciblée. Il y a là une multitude d'espaces disséminés sur cette grande place piétonne. C'est justement parce qu'il y a foule que la menace est la plus redoutable…

Comment percevoir le danger ? Comment repérer le mal absolu ? Comment s'en prémunir ? Ils ont compris qu'il faut voir en chaque personne un potentiel ennemi. Ils seront professionnels, rigoureux, impitoyables s'il le faut. Le métier a certes basculé dans une nouvelle dimension mais c'est avec enthousiasme qu'ils montent au combat

Ils ont constitué une escouade qui intervient dans une opération coup de poing. L'effet de surprise doit être de leur côté. Ils surgissent, non pas au débotté car ils sont bien équipés de ce côté là, mais par surprise, encerclant une première cible suspecte. Des jeunes gens sont assis autour d'une table sur laquelle des fioles de couleurs incertaines peuvent indiquer qu'ils préparent un mauvais coup.

Ils fondent sur eux, menaçants, froids et inquiétants. Ils exigent dans l'instant de voir leur QR-code. Ils scrutent, vérifient, doutent systématiquement de la sincérité du document. Ils demandent les papiers également. La mort est peut-être derrière chacun de ces clients en terrasse. Il n'est plus question de sourire ou de se montrer aimable. Le Président l'a dit : « Le pays est en guerre et le peuple est l'ennemi de l'intérieur ! »

La mission est terminée. Ils vont rentrer au commissariat, se débarrasser de leur panoplie belliqueuse, passer à la désinfection, subir des tests médicaux. Quel beau métier que celui du maintien de l'ordre sanitaire !

Passablement leur.

 

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