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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Des œillades sous les valises.

Se mettre les femmes dans sa poche.

 

 

 

Il était une fois un drôle de paroissien qui n'avait guère de corde à son arc. Il était né sous le signe du lézard ascendant paresseux sans que jamais il n'en eut à souffrir. Tout le monde lui passait tout, il suffit d'un sourire, d'un signe entendu du visage, d'une délicieuse grimace pour qu'on lui passe ses manquements, ses absences et ses maladresses.

Gaspard avait ce don unique de passer pour un type formidable d'une simple œillade qui faisait fondre les plus prompts à dénoncer habituellement les errements de leurs semblables. Une fée avait dû se pencher sur son berceau et il est presque certain qu'elle se nommait Nomène. Il pouvait ainsi tirer à profit ce don du ciel qui lui ouvrait toutes les portes sans qu'il n’eût le moindre effort à consentir.

Il en abusait au grand dam des rares personnes qui n'étaient pas dupes du pouvoir ensorceleur dont il usait pour se mettre les crédules et les naïfs dans sa poche. L'expression d'ailleurs vient sans doute de ce garçon qui à force de ne jamais ôter ses mains de là, avaient des poches qui baillaient aussi souvent que ce grand courageux.

Il avait le plus souvent la tête dans les étoiles, souriait aux anges qu'il parvenait là encore à se concilier par un rictus béat. Mais ne nous y trompons pas, ce n'était pas eux sa cible préférée car comme chacun sait, ils n'ont pas de sexe. Notre gentil fripon avait un penchant tout particulier pour la gente féminine pourvu qu'elle soit plus jeune que lui.

Il avait sans doute remarqué que l'inexpérience de ces dames en matière de cajoleries visuelles, d’œillades brûlantes et de regards complices lui permettait de briser la glace au premier coup d'œil. Il séduisait sans effort, hypnotisait la belle qui ne pouvait que succomber à des charmes que les autres hommes, forcément jaloux, trouvaient parfaitement injustifiés.

Gaspard n'en avait cure. Sa réputation auprès des autres mâles était le cadet de ses soucis. Il plaisait aux dames, surtout aux jeunes filles qui comprenaient qu'il fallait venir en aide à ce malheureux incapable d'utiliser ses membres supérieurs. Certaines même tentèrent vainement de lui sortir les mains de ses poches. Rien à faire, elles devaient se résoudre à venir en cet endroit si elles voulaient le prendre par la main.

Un jour pourtant, il lui fallut se résoudre à sortir de cette impasse. On l'appelait sous les drapeaux, le salut nécessitait l'usage de la main droite à hauteur de front. L'effort lui fut d'autant plus considérable que face à lui, l'adjudant n'avait rien de féminin. Pire encore, le méchant homme, remarquant la facilité avec laquelle cet appelé lui jouait du pipeau se dit qu'il trouverait sa place dans l'harmonie militaire.

Gaspard hérita d'un instrument qui nécessitait l'usage des deux mains, une exigence de l'adjudant qui voulait ainsi en faire un homme, selon son code très personnel de la masculinité. Il lui confia le violon, instrument à cordes fort inhabituel parmi la soldatesque. Il est vrai que les artilleurs ont remplacé depuis fort longtemps les archers.

Gaspard tira profit de ce qui était au début une pénitence. Il se dit que revenu à la vie civile, il saurait amadouer les belles avec cette nouvelle corde à son arc. Il a ajouté à son répertoire enjôleur l'usage de l'instrument. Non seulement il tente toujours d'hypnotiser les belles en roulant les yeux mais qui plus est, il leur joue du violon. Seules ses poches ont cessé de bailler quoiqu'il ait toujours une corneille posée sur son épaule.

Le stakhanoviste de la séduction a perdu de sa superbe. Ce mode de vie fatigue bien plus son homme que le travail. Il a de grosses valises sous les yeux tandis que les mauvais esprits prétendent que paradoxalement, il n'emmène jamais ses proies en voyage. J'avoue ne pas savoir à quoi ils font allusion !

Moqueusement sien.

 

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