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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Au mage National

Rien que de la poudre aux yeux…

 

 

 

Disposer d'un pouvoir magique c'est faire passer un gentil crapaud qui ne demande rien à personne pour un Prince charmant capable de transformer le monde. Le grand mage moderne ne se prive pas d'user de tout son arsenal pour parvenir à ses fins. Prestidigitateur, illusionniste, gourou ou envoûteur, il prend la parole et subjugue une foule béate d'admiration pour laquelle l'échelle des valeurs devient soudainement une corde lisse.

Le rouleau compresseur des médias lui donne un joli coup de main, jouant de l'émotion dans l'abrutissement pour transformer un canard sauvage en phénix de la pensée humaine, le mage d'y aller de son discours en jouant à plaisir de l'hyperbole, en forçant le trait, en dépassant les limites de la raison pour faire d'une icône de pacotille, une référence absolue du génie national.

Les preuves ne manquent plus. Elles sont le fruit d'une hyper exposition de personnages certes au talent incontestable dans leur domaine, au charisme manifestement puissant validé par une notoriété indéniable mais de bien peu de rôle dans ce qui autrefois exprimait l'esprit des lumières. Ce ne sera jamais un philosophe, un poète, un chercheur que le bon peuple en larmes portera aux nues. Le temps est désormais révolu d'honorer ceux qui contribuent à l'élévation de l'humanité.

L'hommage national n'est plus qu'une affaire de sondage, un moment qui doit nécessairement rejaillir sur le grand mage en exercice qui fera un discours à la hauteur du commémoré pour se faire comprendre de tous et surtout du dernier abruti venu. Point n'est besoin de grande référence ni de citation ronflante, il s'agit de se mettre au niveau, de poursuivre le grand œuvre de la fabrique du crétin.

Tout le monde y va de son couplet, les réseaux sociaux deviennent la chambre d'enregistrement des évocations personnelles, le réceptacle de l'information en boucle, le royaume du copié-collé. Il s'agit d'être du nombre des idoles prosternées, de faire écho au vacarme ambiant pour dresser un piédestal au malheureux défunt tout juste passé de vie à trépas. Il est honoré, encensé, déifié, simplement parce qu'il fut excellent dans un domaine qui ne porte pas à réflexion.

Ce qui est absolument scandaleux dans cette farce c'est qu'en conscience le Grand mage en exercice se livre à la pantomime. N'oublions jamais que pour des sujets graves, lui et ses adorateurs prétendent parfois à regret que les citoyens sont trop stupides pour comprendre véritablement les enjeux d'un monde de plus en plus complexe. Et pourtant, les mêmes se vautrent dans l'hystérie collective à propos d'un chanteur yéyé, d'une vedette de cinéma ou d'un grand sportif.

Les superlatifs sont de sortie pour ce qui est au final dérisoire, provisoire et factuel. Ces dieux vivants seront vite oubliés, n'ayant en rien contribué à la marche des idées, aux progrès décisifs de l'humanité ou à la compréhension de la complexité des idées. Ils ont été amuseurs, ont permis de passer d'agréables moments, en faisant simplement un métier pour lequel ils ont eu la chance d'être largement récompensés.

L'hommage national est devenu la kermesse des vanités. La trace de ces géants de pacotille est aussi dérisoire que sont peu louables les intentions de l'ordonnateur de l'émotion collective. Elles sont loin les obsèques nationales d'un Victor Hugo, véritable phare de la pensée et gloire des lettres. Aujourd'hui, pour enfoncer le clou de la fabrique du crétin, le peuple s'incline de lui-même sur des belles images sur papier aussi glacé que glaçant, de sympathiques produits de la futilité ambiante. Les hommages tournent en boucle pour interdire toute prise de distance à ce qu'on nous fait passer pour un événement d'ampleur nationale.

Le temps des magiciens est advenu. Esbroufe, illusion, futilité, éloges funambulesques sont au programme pour faire de vous des moutons bêlants. Il n'est pas de raison de changer de programme, vous vous précipitez la tête la première et le cerveau débranché dans cette farce honteuse. C'est à désespérer.

Iconoclastement vôtre.

 

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K
Je vous rejoins entièrement. Belmendo fut un immense acteur, l'incarnation du panache à la française, de l'élégance mêlée de virilité, de cette époque sacrée d'un septième art hexagonal porté aux nues grâce à son originalité, ses innovations... Audiard, Truffaut, Verneuil etc...
Mais, malgré son talent indiscutable, son charisme universel, son enterrement ne méritait aucun hommage national, parce qu'il n'aura révolutionné aucun domaine de la culture, de la pensé etc... Mais peut-être, peut-on voir à travers cet hommge la nostalgie d'une certaine idée de la France, consciente ou inconsciente ?
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C
Mon ami

Nous allons tout droit dans le mur et la cascade n'est pas de Remi Julienne mais du Guignolot qui nous gouverne
merci