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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Un grimoire pour l'espoir

Changer le monde …

 

 

 

Depuis toujours il a passé son temps à dire du mal de son prochain ; une forme de ligne de conduite qui le conduit droit dans le mur. Mais qu'importe, c'est sa façon d'être, de se mettre à dos des cibles qui de toute manière se fichent éperdument de ce qu'il peut dire d'eux. C'est en somme une attitude totalement inutile, un désespoir qui a besoin de dérivatif.

L'âge aidant, il se rend compte de la vacuité de son comportement. Il passe pour un atrabilaire chronique et totalement incurable, une mauvaise langue vipérine dont le venin n'indispose plus personne. Fort de cette prise de conscience, il a pris une décision : il va changer de cap, modifier radicalement sa stratégie qui s'avère totalement inopérante …

Il rêvait de changer le monde, d'éclairer les braves gens en leur mettant les points sur les « i ». Ses reportages sur les puissants, ses documentaires sur les dysfonctionnements majeurs de la société ont fini par lasser. La grande majorité des téléspectateurs préfère se divertir, se griser de paillettes, d'illusions et de facilité plutôt que de remettre en cause un système qui les laissera systématiquement sur la touche.

Il n'est plus temps d'éclairer les lanternes des exclus de la galette. Le rouleau compresseur médiatique a réussi dans sa mission. L'abrutissement général est la règle tandis que les lanceurs d'alerte ne servent qu'à agiter des épouvantails qui n'effraient plus personne. Ces productions ne sont devenues au fil du temps que des piqures de rappel parfaitement inopérantes, de vains pavés dans la marre qui ne font pas la moindre vague.

Alors, il passe à la vitesse supérieure. Il va changer d'arme pour frapper plus fort, viser ceux qui sont les véritables maîtres de cette farce. Mais comment faire ? La violence est un créneau très encombré : terroristes, agitateurs, anarchistes et autres désespérés à la petite semaine font feu de tout bois pour au bout du compte ne s'en prendre qu'à ceux qui n'y sont pour rien.

Lui veut frapper les chefs, les vrais responsables. Seul, il n'a aucune chance en empruntant les voies classiques de la contestation virulente. Il a un temps caressé l'idée de se lancer en politique, une pensée saugrenue car il sait très bien que les dés sont pipés, que seul l'argent décide du combat supposé des idées. Que tout ou presque est décidé à l'avance quand au final des presque jumeaux se retrouvent pour le sprint final.

Non, vraiment, il doit donner une forme radicale à son combat. Il sera sans pitié. Il va frapper un grand coup. Son action restera silencieuse, inodore, d'une telle discrétion que les services de renseignements, les organismes de contrôle et de surveillance n'y verront que du feu. À lui seul, il va inverser la donne, rétablir la justice, l'équité et la probité.

Il a eu l'incroyable opportunité de fouiller les réserves du défunt musée de la sorcellerie que des dirigeants ineptes et incapables de comprendre que ce musée qu'ils ont laissé mourir relevait véritablement de la culture régionale. Il est tombé sur un grimoire poussiéreux, oublié dans un coin. Il l'a ouvert et fut immédiatement saisi par son contenu.

Il avait sous les yeux, dans un vieux français certes qui demandait bien des efforts de décryptage, toutes les formules et les procédures pour jeter des sorts à ceux qu'on entend envoyer au diable. Il se convainc dans l'instant que c'est ainsi qu'il faut agir pour le bien de l'humanité. Il se confectionne des petites poupées pour personnaliser ses sortilèges. Il leur accole la photographie de sa cible pour piquer la chose d'aiguilles empoisonnées tout en récitant des formules en latin. Il est certain du cataclysme qu'il va déclencher dans l'olympe des grands de ce monde.

Après avoir voué au diable tous les dirigeants de la planète sans qu'il ne se passe rien de notable à leur niveau, il décida de passer à la vitesse supérieure. Il prit une aiguille rouillée pour reprendre la procédure. Il avait du pain sur la planche avec toutes ces formules à dire à chaque nouvelle future victime.

À un moment, épuisé de réitérer toujours le même geste, il perdit de sa concentration, il se piqua le doigts. Il y vit la confirmation du bien fondé de son geste, quelques gouttes de sang maculèrent la photographie d'un dirigeant de haut vol. Il reprit sa tournée des poupées vaudou en se piquant le doigt sur chacune d'elles.

Peu de temps après, il fut emporté par le tétanos dans des souffrances atroces. Il avait toujours négligé ses vaccins et ses piqures de rappel. Le grimoire ne disait rien de cet aspect de la pharmacopée. En rendant son dernier souffle, il se persuada que son sacrifice était les prémisses de la grande hécatombe qui ne manquerait pas de suivre.

Il fut mis en terre dans la plus grande indifférence. Ne sachant que faire de ce vieux livre patiné qu'il avait entre les mains, on le glissa dans son cercueil. Aux dernières nouvelles, tout ceux qui devaient l'accompagner se portent comme des charmes. Ne cherchez pas à exhumer ce grimoire, il n'est plus rien à faire pour sauver le Monde.

Cassandrement sien.

Totalement inoffensif celui-ci

à Paraître ...

 

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