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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Ces gens-là !

 

À bon compte …

 

 

 

Madame Duquesnoy est à l'abri de tout, surtout du ridicule. Elle dispose de tout le confort et de la tranquillité que lui confèrent les revenus opulents d'un mari qui lui assure de quoi pouvoir juger les autres de son piédestal social. Elle dispose ainsi d'une hauteur de vue en rapport avec un compte en banque qui la met autant à l'écart des fins de mois délicats que des jugements fondés sur l'expérience. Elle aime par-dessus tout juger tous les miséreux qui, selon elle, méritent amplement leur situation. Elle sait de quoi elle parle, elle qui n'a jamais travaillé de sa vie.

Madame Duquesnoy ne supporte absolument pas de voir ces familles nombreuses où les enfants grouillent et se marchent sur les pieds dans des appartements bien trop étroits pour avoir encore l'envie de faire des gamins. Elle s''arrache les cheveux quand ses amies, bonnes dames patronnesses, lui demandent de mettre la main à la poche pour aider une tribu en difficulté. Elle répond, outragée, que lorsqu'on n'a pas d'argent, on prend ses précautions pour ne pas mettre au monde des miséreux qui vivront de la charité publique. Il faut lui reconnaître une certaine logique dans ce qu'elle fit, elle qui n'a eu qu'un héritier pour ne pas disperser le domaine familial tandis que son mari pratique l'optimisation fiscale pour ne pas encourager de telles pratiques.

Notre bonne dame s'étrangle d'indignation quand elle voit ces gens sans le sou disposer tous d'un téléphone portable, souvent dernier cri. Elle ne peut s’empêcher de penser qu'ils auraient certes bien d'autres dépenses plus utiles que cet objet de pur confort qui ne devrait être l'apanage que de ceux qui ont mérité de vivre pleinement la marche du progrès à laquelle ils contribuent largement. Elle oublie que sa contribution est purement fictive, profitant des larges émoluments d'un époux d'une société qui non seulement lui octroie un salaire considérable mais moults avantages en nature dont tout ce qui convient pour communiquer.

La chère patronnesse pousse des cris d’orfraie quand elle voit ces gens faire la queue devant les différents organismes d'aide qui se chargent de redistribuer les surplus de la grande consommation. Elle ne comprend pas comment ils peuvent ainsi si mal se nourrir elle qui ne fréquente que les épiceries fines et les traiteurs les plus réputés de la Capitale. Elle se désole de voir des gamins ayant déjà tous les signes de l’embonpoint, promis d'après elle, aux maladies cardio-vasculaires. Le jeûne et la modération seraient profitables à cette population si prompte à tendre la main sans jamais bouger le petit doigt. Elle en était là de ses réflexions alors qu'elle triait du linge en compagnie de quelques-unes de ses amies pour les déshérités du tiers-monde.

Dame Duquesnoy, entre deux achats lors des journées privées pour les soldes d'été dans les plus belles enseignes de la Capitale a eu l'horreur de se trouver harcelée par un mendiant, un être ignoble, sale et d'une vulgarité sans nom. Ce personnage lui a fait des remarques scandaleuses sur son train de vie, la priant de ne pas penser qu'à elle. Il aurait voulu de l'argent, sans doute pour s'enivrer. Elle confia son exaspération à ses amies, prétendant qu'il serait grand temps qu'on débarrasse la ville de tous ces parasites.

Sa dernière exaspération se passa à Roissy alors qu'elle s’apprêtait à partir pour un séjour paradisiaque sur une île lointaine et ensoleillée. Elle vit des étrangers débarquant d'on ne sait où avec manifestement l'intention de profiter de la trop grande mansuétude d'un État qui encourage ces gens-là à venir se soigner et vivre de prestations sociales. Elle se dit que bientôt il ne sera plus possible de sortir ou de voyager sans être importuné par ce spectacle désolant de la misère du monde qui s'agglutine à nos portes.

Madame Duquesnoy oubliera tout ça durant son séjour, profitant d'un personnel particulièrement dévoué et disponible à toute heure du jour comme de la nuit. Décidément ce n'est pas chez nous qu'on verrait ça, se dit la bonne dame, indifférente à la réalité de ces gens, tout juste bons à la servir, sans existence en dehors de cette si noble activité. En rentrant en France, elle citera en exemple ce petit pays, si bien géré par un pouvoir autoritaire. Si elle se laissait aller, cette chère femme au foyer se lancerait dans la politique. Mais elle a tant à faire, qu'elle n'en trouverait pas le temps…

 

Caricaturalement sien.

Billet sur mesure pour répondre à une requête de JFC

 

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