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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

L'humour broie du noir.

Jongler avec les mots et les situations : exercice plus que périlleux.

 

 

 

La langue qui fourche ou bien s'égare, change de sens ou s'offre même d'aller à contre-emploi, le mot qui se prend pour un autre, se confond à moins qu'il ne se joue d'une sonorité voisine, le double langage qui prend la tangente, l'ellipse qui creuse un nid de poule, la métaphore qui se prend les pieds dans le plat, toutes ces pratiques et bien d'autres encore deviennent de plus en plus sujettes à incompréhension.

Le locuteur, adepte d'une relative virtuosité langagière a perdu de vue que nombre de lecteurs ont désormais perdu pied avec les subtilités de la langue. Ils ont besoin d'un panneau indicateur annonçant le dos d'âne, la facétie, la subtilité. Les rires enregistrés sur les plateaux télé ont nécessairement engendré leurs petits cousins par écrit, les fameux émoticônes.

Il convient de baliser le terrain, de préciser qu'il est nécessaire de prendre de la distance, d'user de sa capacité d'analyse, de chercher la petite bête qui doit vous chatouiller les zygomatiques. La pratique mérite qu'on s'y penche avant que de sombrer dans le ridicule. N'y a-t-il pas d'autres moyens d'aiguiser sa compréhension que ces dessins idiots dont la couleur pousse simplement à rire jaune ?

Faut-il être tombé bien bas pour précéder, comme nos merveilleux humoristes de l'ego et de la zone située en dessous du nombril, leurs saillies (c'est du reste le terme le plus adéquat pour désigner leurs traits d'esprit) d'un roulement de tambour ou de leur propre rire forcé ? Tout désormais doit être balisé, soigneusement calibré et parfaitement encadré.

Il est encore permis de rire mais certes pas de tout et surtout jamais en dehors des clous. La braguette est à ce titre fort commode, elle sert de porte-drapeau de la blague qui ne fait pas de vague, qui ne remet pas en cause les certitudes, les situations acquises et l'ordre de ce monde si morose. Ne rions que de nos travers, pas de ceux des puissants, semblent dire les humoristes en vogue qui s'empressent de faire allégeance à tous ceux qui peuvent servir leur unique ambition : réussir !

N'essayez pas de dépeindre les princes sans rire, repoussez la tentation de l'absurde, fuyez l'ironie douce-amère. Seule la dérision, la farce grossière, les jeux de maux de la sexualité dépoitraillée sont de mise pour emporter l'adhésion de tous les adorateurs du premier degré. Au-delà vous prenez le risque de la chute qui tombe à plat en s'écrasant dans un océan de sottises. La culture a cessé d'être un outil comique, il s'agit de rester au ras des pâquerettes pour satisfaire le public des séries.

Autre conseil essentiel pour être certain de faire votre chemin ; contractez le temps, allez au plus vite, enchaînez les répliques à un rythme digne de la société du zapping. Ne vous étendez pas sur la situation, n'installez pas un décor ou une ambiance. La mitraillette doit être votre référence, il s'agit de parler très vite au risque de laisser une partie de l'auditoire en cours de route, d'articuler le moins possible et de déclencher vos gags à une fréquence effrénée.

Le mieux du reste est de laisser les mots tranquilles. Contentez-vous des situations, scabreuses, salaces, cochonnes, douteuses, vulgaires. Ne faites pas dans la dentelle, ce ne serait pas pour vous servir. Au contraire, mettez-vous à nu, usez sans retenue du grivois, du grossier, du bien gras et vous connaîtrez le succès.

Notre époque a les comiques qu'elle mérite. J'allais sottement écrire « Humoristes » avant que de me raviser. L'humour a déserté cet univers. Sa subtilité n'est plus de saison, il convient de mettre désormais de gros nez rouges sur les « i » et un petit rectangle blanc en bas de l'écran. La scène du reste est avantageusement remplacée par YouTube et consorts. Tout va bien, ceux-là ne remettront jamais en question cette société absurde. C'est à pleurer de rire !

Dérisoirement leur.

 

 

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