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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

À la bonne fortune du pot.

Concours de circonstance

 

Ce qu'il advint en cet avant au-delà d'auparavant a de quoi nous laisser pantois. Nous sommes au bord d'une rivière riche en sable dont les variations de niveau sont si soudaines qu'elles peuvent expliquer l'incroyable aventure dont je vais vous narrer les différentes étapes. Mais avant d'aller plus loin dans le récit, il convient de vous préciser qu'en cette époque incertaine, les humains disposaient encore de cette faculté de toujours rechercher plus avant le sens des mystères qui les entourent. Cette curiosité qui fit jadis les grands progrès de l'humanité est devenue au fil du temps un vilain défaut et même une encombrante manière d'épier les autres.

Françoise était la femme d'un tireur de sable. Elle aimait se rendre auprès de son époux pour lui porter son repas du midi. Qu'importe le temps ou le lieu, c'était devenu pour elle un rituel, une manière de couper la journée, d'apporter à son homme du réconfort dans l'exercice d'un métier si pénible. De son côté, Michel se faisait un plaisir d'aller vers elle dès qu'il l'apercevait sur la berge qu'importe s'il n'avait pas rempli sa toue de ces précieux grains si friables.

Ce jour-là, le hasard conduisit les pas de Françoise sur une berge riche d'une veine d'argile. Le sol était humide, la rivière haute. À l'appel de la femme, le tireur de sable attrapa sa bourde, ce long bâton de bois, pour se diriger vers celle qui lui apportait sa pitance. La toue était chargée, il devait appuyer lourdement sur la bourde qui s'enfonçait profondément dans le sol.

Les jours suivants, Michel changea de secteur, la rivière baissait, le soleil dardait ses chauds rayons sur le pays. L'habitude n'en fut pas moins maintenue entre ses deux-là même si la chaleur était de plus en plus accablante. C'était une époque où les travailleurs ne disposaient pas du confort d'un repos estival.

 

Puis, après quelques jours sur un autre banc de sable, Michel revint là où nous avions rencontré nos deux amis. Le niveau d'eau avait considérablement baissé. Françoise, en s'approchant sur une berge largement découverte remarqua que là où son compagnon avait enfoncé sa bourde, il y avait de l'argile que le soleil avait durcie. .

Elle découvrit une forme en creux, une sorte de panse minérale, fragile certes mais qui lui mit la puce à l'oreille. Peut-on expliquer une intuition ? Je ne m'aventurerai pas dans les mystères de l'imagination. Françoise pensa que cette forme incertaine qui se présentait à elle méritait qu'elle y apporte des améliorations pour éventuellement lui servir de contenant.

Son homme avait rempli son bateau de mignonnette, ce sable si fin qui est souvent réclamé par les jardiniers pour alléger leurs terres. Elle en prit quelques poignées qu'elle mêla à de l'argile encore humide. Longtemps, très longtemps, elle malaxa ce mélange afin qu'il soit parfaitement homogène. Elle le rangea alors dans un linge humide, sans vraiment savoir ce qu'elle en ferait.

Par étourderie ou poussée par une inspiration divine, elle laissa ce chiffon contenant un mélange d'argile et de sable près de sa cheminée qui en dépit de la chaleur de cet été, brûlait pour les besoins de la cuisine. Après plusieurs jours durant lesquels elle avait trop à faire pour revenir vers son expérience, elle retrouva un bloc bien plus dur que la pâte qu'elle avait laissée là.

Forte de ce constat, elle reprit son idée depuis le début allant quérir de l'argile, y mêlant du sable très fin avant que d'humidifier ce mélange. Puis, au lieu de le laisser reposer près de la cheminée, elle tenta, maladroitement certes, de lui donner une forme en creux avant que de poser le fruit de son travail près de la flamme.

Deux jours plus tard, le premier pot était né. Elle vérifia immédiatement son étanchéité. Françoise avait non seulement de la suite dans les idées mais plus encore, une forme de prémonition qui ne peut que nous laisser admiratifs. Satisfaite de son œuvre, elle mit du vin dans cette première cruche de notre histoire, ce qui enchanta son époux, au retour de son labeur.

Par la suite, elle peaufina sa technique, cherchant sans cesse un mélange plus satisfaisant, changeant son approvisionnement en argile, ajoutant de la marne à son mélange. Elle se pencha surtout sur la cuisson de ces pots, recherchant une solidité et par la suite une esthétique toujours plus satisfaisante.

Elle confia sa découverte à une voisine. L'institut national de la propriété industrielle n'existait pas encore, chaque progrès était partagé afin de permettre aux autres de poursuivre plus avant ce grand chemin vers ce qu'on pensait être alors un progrès pour l'ensemble de l'humanité. Elle eut d'ailleurs bien raison car sa commère était une femme, elle aussi, pleine de ressource.

Femme d'un meunier, c'est en voyant tourner la lourde meule du moulin qu'elle se dit que la rotation était une piste intéressante dans l'élaboration de formes plus régulières. Elle demanda à son meunier de lui concevoir le premier tour. L'homme qui n'avait pas les deux pieds dans le même sabot, se mit en demeure de lui être agréable.

La suite, vous la connaissez tout aussi bien que moi. La poterie allait naître pour le plus grand usage de tous. Les pots se diversifièrent, trouvant une multitude d'usages tout en prenant toutes les formes possibles. Voilà comment naissent les grandes découvertes loin des laboratoires des apprentis sorciers, chimistes se plaisant à jouer avec la matière pour mettre sur pied des produits qui bien après notre disparition, continueront de souiller la planète.

Il serait grand temps de revenir à des matières naturelles comme l'argile, le lin, le chanvre, l'osier, le bois, la boue, le bambou et bien d'autres encore pour bouter à jamais les matières plastiques de notre quotidien. C'est pour le moins le mieux que l'on peut offrir à nos petits-enfants si nous voulons que l'histoire des humains se prolonge encore un peu.

Potièrement leur.

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