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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Petite pluie abat les tourments

Ils en étaient venus aux mains

 

 

Une oie, un escargot et une grenouille se querellaient sans trêve ni repos à propos du mauvais temps. Chacun avait la prétention de prévoir la pluie mieux que son voisin. Il en va pour les animaux comme pour les humains, il leur apporte d'être prophète en leur prairie tout en s'octroyant la primauté de la chose. L'orage grondait entre ces trois-là et bien malin celui ou celle qui se serait mis en demeure de les départager sans se mouiller un tant soit peu !

Le point de départ de cette lamentable querelle prit ses racines dans l'engagement par un journal local de notre ami l'escargot. L'organe de presse, soucieux de redorer son blason, dans un contexte où il convient de faire place à toutes les minorités, venait de s'associer les services d'un hermaphrodite. Naturellement c'est la rubrique Météo qui lui fut attribuée.

Au début, l'escargot s'en tira de fort belle manière même s’il ne parvenait pas toujours à temps à l'heure du tirage. Qu'à cela ne tienne, les prévisions d'un jour peuvent tout aussi faire l'affaire le lendemain. Les lecteurs ne sont pas si regardants. Cependant, bien vite, ce fut un raz de marée dans le courrier des lecteurs, les uns se plaignant des nombreuses coquilles de ce nouveau collaborateur tandis que d'autres affirmaient qu'il bavait à longueur de colonne et ils en firent toute une salade.

L'escargot fut congédié et c'est tout naturellement la grenouille qui prit sa place. En ce domaine, elle avait depuis belle lurette une réputation qui ne souffrait aucune contestation. Les ventes du quotidien connurent une embellie tandis que les prévisions de précipitations pleuvaient comme à Gravelotte. Un arc en ciel dans le paysage morose de la Presse quotidienne régionale jusqu'à ce qu'un orage éclate.

Des mauvais esprits, il en existe toujours, prétendirent qu'en faisant place à une grenouille dans leur canard préféré, la direction avait déclenché une tempête dans un bénitier. Le batracien avait réputation sulfureuse, pour les uns, la grenouille avait la cuisse trop légère tandis que pour d'autres, elle symbolisait la calotte et le goupillon. Des communautés s'élevèrent contre cette préférence accordée à une confession et c'est avec la bénédiction du rédacteur en chef que la pauvrette fut excommuniée.

L'oie qui jusqu'alors rongeait son frein, se dit que son heure était venue. Elle se voyait déjà en haut de l'affiche, annonçant fièrement, d'une plume alerte, la pluie ou le beau temps. Elle était véritablement déchaînée. Au début, tout nouveau, tout beau, elle montra patte blanche, ses prévisions allaient toujours dans le sens du vent. Elle se vengeait ainsi du coq qui depuis longtemps lui damait le pion.

Mais, il n'y a pas que les girouettes qui changent de direction. L'oie emboîta le pas d'une faction vindicative de la rédaction. Elle émit des alertes météorologiques qui mirent toute la région sur le gril tandis que ses billets étaient farcis de truismes et de marronniers. La presse n'est pas exempte de ce travers ce qui n’empêcha pas que l'oie soit mise à pied après qu'un comité de rédaction lui ait volé dans les plumes.

Du côté du périodique, on se dit qu'il était plus judicieux de confier la rubrique à un mammifère. C'est un âne qui remplaça au débotté ses trois malheureux devanciers. On prétend que lorsqu'il brait, c'est signe de pluie, cela suffisait amplement pour rédiger un bulletin sommaire. De nos jours, les lecteurs ne sont guère exigeants.

C'est ainsi que l'escargot, la grenouille et l'oie se retrouvèrent comme deux ronds de flan à pointer tous trois à pôle emploi. C'est justement lors de l'une de ces queues interminables qui fait le charme de cette institution que débuta la querelle évoquée en préambule. L’esclandre se fit algarade, les protagonistes allaient en venir aux mains quand ils se rendirent comptent qu'ils n'en avaient pas.

Une petite pluie qui les surprit en pleine querelle, vint calmer les esprits. Malheureusement pour eux, cette histoire ternit durablement leurs réputations respectives. Aucun des trois n'avait vu venir cette ondée. Ils allaient partir la queue basse quand ils s'aperçurent une fois encore que cet attribut leur faisait tout autant défaut. Pour ne pas perdre la tête, ils décidèrent d'un commun accord de retourner dans leurs pénates et de ne plus se soucier du temps qu'il fait. Je ne peux que les en féliciter.

Pluvieusement leur.

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